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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-1900969

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-1900969

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-1900969
TypeDécision
RecoursInterprétation
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOURNAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2019, la société Smac, représentée par Me Tournaire, demande au tribunal d'interpréter le dispositif du jugement n° 1600340 du 26 avril 2018, en ce qui concerne la répartition des condamnations prononcées, in solidum, à son encontre et à celle de M. C D, de la société Dugué Michel, de la Sarl Société Aquitaine d'études et de la société Socotec au bénéfice du centre communal d'action sociale de Dax, en réparation des désordres affectant la crèche communale des bords de l'Adour et du préjudice causé par ces désordres.

Elle soutient que :

- les articles 12 à 14 du dispositif du jugement, fixant les proportions dans lesquelles les parties condamnées à indemniser le centre communal d'action sociale doivent se garantir mutuellement, ont été interprétés de deux manières différentes ; l'obscurité et l'ambiguïté qui en résultent méritent d'être levées ;

- selon sa propre interprétation, les condamnations, dont les montant s'élèvent à 37 852,44 euros au principal, en réparation des désordres et du préjudice en résultant, 764,85 euros en intérêts et 6 252,78 euros au titre des frais d'expertise et 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, soit la somme totale de 46 370,07 euros, doit être répartie à hauteur respectivement de 17 756,23 euros, 9 685,22 euros, 3 459 euros, 3 459 euros, 11 760,61 euros et 250 euros à la charge de la société Smac, de la société Socotec, de M. C D, de la société Dugué Michel, de la Sarl société Aquitaine d'études et de la société Bertière ;

- selon M. C D, la société Dugué Michel et la société Socotec, le montant des condamnations, d'un total de 46 427,94 euros, doit être réparti à hauteur respectivement de 37 142,35 euros à la charge de la société Smac, 4 642,79 euros à la charge de la société Socotec et 4 642,79 euros à charge des maîtres d'œuvre, soit 1 547,60 euros chacun pour M. C D, la société Dugué Michel et la société Aquitaine d'études.

Par un mémoire, enregistré le 23 septembre 2020, le centre communal d'action sociale de Dax informe le tribunal qu'au vu des titres exécutoires qu'il a émis, la société Smac s'est acquittée de l'intégralité des sommes que les parties perdantes ont été condamnées, in solidum, à lui verser, soit les sommes de 37 852,44 euros au principal, 764,85 euros en intérêts, 6 252,78 euros au titre des frais d'expertise et 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2020, M. C D, M. E D et la société Dugué Michel, représentés par Me Charbonnier, concluent :

- au non-lieu à statuer sur la demande d'interprétation ;

- à titre subsidiaire, à ce que la phrase de l'article 14 du dispositif du jugement soit remplacée par " M C D, la société Dugué Michel, la société Aquitaine d'études et la société Socotec garantiront in solidum la société Smac à hauteur de 10 % des condamnations prononcées sur le fondement des articles précédents. " ;

- au rejet des prétentions de la société Smac ;

- à ce que les dépens de la procédure en rectification d'erreur matérielle soient laissés à la charge du Trésor public ;

- à ce que la société Smac et toute partie perdante soient condamnées à leur verser une somme de 3 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux éventuels dépens.

Ils soutiennent que :

- il n'y a pas lieu d'interpréter le jugement du 26 avril 2018, qui impute in fine 80 % de la charge définitive des condamnations à la société Smac, 10 % à la société Socotec et 10 % à M. C D, la société Dugué Michel et la Sarlu Société Aquitaine d'études ;

- le jugement est entaché d'une erreur matérielle à l'article 14 de son dispositif, qui condamne M. C D, la société Dugué Michel, la société Aquitaine d'Etudes et la société Socotec à garantir in solidum la société Smac à hauteur de 20 % des condamnations prononcées, tandis que l'article 12 du dispositif condamne la société Smac et la société Socotec à garantir in solidum M. C D et la société Dugué Michel à hauteur de 90 % des mêmes condamnations ; l'article 14 aurait donc dû fixer un taux de 10 % ;

- le jugement met sans ambiguïté un tiers de 10 % des condamnations à la charge respective de M. C D et de la société Dugué Michel, soit 1 547,60 euros chacun ; la société Smac ne peut obtenir, en dehors de la voie de l'appel dont le délai est expiré, une décision qui lui serait plus favorable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2020, la société par actions simplifiée (Sas) Socotec Construction, représentée par Me Léridon, conclut :

- au non-lieu à statuer sur la demande d'interprétation ;

- au rejet des prétentions de la société Smac ;

- à la confirmation des quotes-parts de responsabilité fixées par le jugement à hauteur de 10 % pour la Sas Socotec Construction, soit la somme de 4 642,79 euros et 80 % pour la société Smac ;

- à ce que la société Smac soit condamnée à lui verser une somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- il n'y a pas lieu d'interpréter le jugement, dont il résulte que la quote-part de responsabilité de la Sas Socotec Construction est limitée à 10 % du montant des condamnations, soit la somme de 4 642,79 euros, intérêts inclus ;

- le jugement fixe clairement la quote-part de responsabilité de la société Smac à 80 % du montant des condamnations.

Par une ordonnance du 30 mars 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 avril 2021.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande en rectification d'erreur matérielle, présentée tardivement.

Vu :

- le jugement n° 1600340 du 26 avril 2018 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,

- et les observations de Me Charbonnier, représentant M. C D, M. E D et la société Dugué Michel.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 3 septembre 2009, le centre communal d'action sociale de Dax a confié au groupement d'entreprises composé de M. C D, M. E D, la Sarl société Dugué Michel, la Sarl Société Aquitaine d'études, la Sarl Berti et la société Synesthésie acoustique, dont le mandataire commun était M. C D, la conception d'une crèche communale dénommée " crèche des Bords de l'Adour ". Par un acte d'engagement du 6 octobre 2010, le lot n° 5 " étanchéité " a été attribué à la société Smac, qui en a sous-traité une partie à la société Bertière. Par un acte d'engagement du 8 janvier 2010, la mission de contrôle technique a été confiée à la société Socotec. La réception des travaux a été prononcée avec réserves le 4 janvier 2012, avec effet au 14 décembre 2011. Des désordres sont apparus au cours du mois de juin de l'année 2012, au niveau des dalles amortissantes installées sur les terrasses extérieures de la crèche. Au vu des conclusions du rapport de l'expertise ordonnée le 5 mai 2014 par le juge des référés du présent tribunal, le centre communal d'action sociale de Dax a demandé au tribunal de condamner les constructeurs à la réparation des désordres, sur le fondement notamment de la garantie décennale.

2. Par un jugement n° 1600340 du 26 avril 2018, le présent tribunal a condamné, in solidum, la société Smac, M. C D, la société Dugué Michel, la Sarl Société Aquitaine d'études et la société Socotec à verser au centre communal d'action sociale de Dax les sommes de 37 852,44 euros, en réparation des désordres affectant la crèche communale des bords de l'Adour et du préjudice causé par ces désordres, assortie des intérêts au taux légal, et de 6 252,78 euros, au titre des frais d'expertise. Il a condamné les mêmes parties ainsi que la société Bertière à verser, in solidum, une somme de 1 500 euros au centre communal d'action sociale, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par la présente requête, la société Smac demande au tribunal d'interpréter ce jugement.

Sur la demande d'interprétation :

3. Aux termes de l'article R 312-4 du code de justice administrative : " Les recours en interprétation et les recours en appréciation de légalité relèvent de la compétence du tribunal administratif territorialement compétent pour connaître de l'acte litigieux. ".

4. Un recours en interprétation d'une décision juridictionnelle n'est recevable que s'il émane d'une partie à l'instance ayant abouti au prononcé de la décision dont l'interprétation est sollicitée et dans la seule mesure où il peut être valablement argué que cette décision est obscure ou ambiguë.

5. Il résulte de l'instruction que la société Smac, d'une part, et M. C D, la société Dugué Michel et la société Socotec, d'autre part, ont des lectures différentes du jugement n° 1600340 du 26 avril 2018. Pour des raisons de bonne administration de la justice et d'intelligibilité du droit, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, il y a lieu d'accueillir la demande en interprétation du jugement du 26 avril 2018.

6. La condamnation solidaire prononcée par ce jugement permettait au centre communal d'action sociale de Dax d'obtenir le paiement des condamnations de la part de n'importe lequel des défendeurs condamnés in solidum, comme il l'a fait auprès de la société Smac. Statuant sur les appels en garantie formés par les parties, le tribunal a dit, à l'article 12 du dispositif, que la société Smac et la société Socotec garantiront in solidum M. C D et la société Dugué Michel à hauteur de 90 % des condamnations prononcées au profit du centre communal d'action sociale de Dax, à l'article 13, que la société Smac, M. C D, la société Dugué Michel et la Sarl Société Aquitaine d'études garantiront in solidum la société Socotec à hauteur de 90 %, et à l'article 14, que M. C D, la société Dugué Michel, la Sarl Société Aquitaine d'études et la société Socotec garantiront in solidum la société Smac à hauteur de 20 % des mêmes condamnations.

7. Les termes de ce jugement s'interprètent en ce sens que la quote-part de responsabilité de la société Smac est fixée à 80 % du montant total des condamnations, celle de M. C D, la société Dugué Michel et la Sarl Société Aquitaine d'études, en leur qualité de membres du groupement de maître d'œuvre, à hauteur de 10 % du montant total des condamnations, dont un tiers chacun, et celle de la société Socotec, à hauteur de 10 % du même montant total des condamnations. Il appartient ainsi aux parties condamnées de garantir leurs co-débiteurs dans ces proportions. La société Bertière, en revanche, a été condamnée, in solidum, au seul paiement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans être tenue de garantir les autres parties du paiement de ladite somme.

8. En exécution du jugement précité, le centre communal d'action sociale de Dax a émis le 4 juin 2018 quatre titres exécutoires, pour une somme globale de 46 370,07 euros, dont 764,85 euros d'intérêts, sur le montant desquels il n'appartient pas au tribunal de se prononcer dans le cadre de la présente instance. Au vu de ces titres et des garanties prononcées, la société Smac doit ainsi être garantie dans la limite de 37 096,06 euros restant à sa charge, M. C D, la société Dugué Michel et la Sarl Société Aquitaine d'études, dans la limite de 4 637,01 euros restant à leur charge, soit 1 545,67 euros chacun, et la société Socotec dans la limite de 4 637,01 euros restant à sa charge.

Sur la demande en rectification d'erreur matérielle :

9. Aux termes de l'article R. 741-11 du code de justice administrative : " Lorsque le président du tribunal administratif () constate que la minute d'une décision est entachée d'une erreur ou d'une omission matérielle non susceptible d'avoir exercé une influence sur le jugement de l'affaire, il peut y apporter, par ordonnance rendue dans le délai d'un mois à compter de la notification aux parties, les corrections que la raison commande. / La notification de l'ordonnance rectificative rouvre, le cas échéant, le délai d'appel ou de recours en cassation contre la décision ainsi corrigée. / Lorsqu'une partie signale au président du tribunal administratif () l'existence d'une erreur ou d'une omission matérielle entachant une décision, et lui demande d'user des pouvoirs définis au premier alinéa, cette demande est, sauf dans le cas mentionné au deuxième alinéa, sans influence sur le cours du délai d'appel ou de recours en cassation ouvert contre cette décision. ".

10. Le délai d'un mois prévu pas les dispositions précitées de l'article R. 741-11 du code de justice administrative était expiré à la date à laquelle M. C D, M. E D et la société Dugué Michel ont présenté des conclusions tendant à la rectification d'une erreur matérielle entachant, selon eux, l'article 14 du dispositif du jugement du 26 avril 2018, qui dit que M. C D, la société Dugué Michel, la Sarl Société Aquitaine d'études et la société Socotec doivent garantir in solidum la société Smac à hauteur de 20 % des condamnations prononcées. Par suite, et alors au demeurant que cet article tient compte des quotes-parts de responsabilité, d'une part, de 10 % de M. C D, la société Dugué Michel et la Sarl Société Aquitaine d'études, et d'autre part, de 10 % de la société Socotec, la demande en rectification d'erreur matérielle, tardive, est irrecevable et doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la société Smac une somme globale de 1 000 euros à verser à M. C D et à la société Dugué Michel au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

12. Il y a lieu, en outre, en application des mêmes dispositions, de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de la société Smac, au titre des frais exposés par la société Socotec et non compris dans les dépens.

13. La présente instance n'a, par ailleurs, donné lieu à aucun dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement n° 1600340 du 26 avril 2018 doit être interprété dans le sens figurant au point 7 du présent jugement.

Article 2 : La demande en rectification d'erreur matérielle présentée par M. C D, M. E D et la société Dugué Michel est rejetée.

Article 3 : La société Smac versera une somme globale de 1 000 (mille) euros à M. C D et à la société Dugué Michel, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La société Smac versera une somme de 1 000 (mille) euros à la société Socotec, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Smac, au centre communal d'action sociale de Dax, à M. C D, à M. E D, à la société Dugué Michel, à la Sarl Société Aquitaine d'études et à la société Socotec construction.

Copie en sera adressée à Me Jean-Pierre d'Abbadie, liquidateur judiciaire de la société Bertière, à la Scp Amauger Texier, mandataire liquidateur de la société Berti Ingéniérie, à la société Synacoustique et à la société Europan Insurance Service Limited.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Schor, première conseillère,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

V. A

La présidente,

signé

M. B

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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