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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2300998

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2300998

mercredi 12 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2300998
TypeDécision
FormationCHAMBRE 1
Avocat requérantSCP CASADEBAIG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril 2023 et 30 septembre 2024, Mme C F, représentée par la Selarl Casadebaig et associés, demande au tribunal :

- de prononcer la décharge de l'impôt sur le revenu, des prélèvements sociaux et des droits et pénalités afférentes, mis à sa charge au titre de l'année 2017 pour un montant de 67 942 euros, des pénalités et intérêts de retard correspondants ;

- de lui accorder le bénéfice, au titre de l'année 2016, de la réduction d'impôts pour souscription au capital des petites et moyennes entreprises.

Elle soutient que :

- la procédure afférente à la vérification de comptabilité de la société HPA est irrégulière, car elle contrevient aux dispositions des articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales ;

- la réintégration de la somme de 109 200 euros dans les résultats de la société Haute Provence Aromatiques (HPA) correspond à l'annulation d'une facture émise le 9 mai 2016 ;

- les frais de déplacements engagés pour son activité professionnelle sont supérieurs aux 300 euros que l'administration fiscale refuse de déduire ;

- ayant souscrit à deux augmentations de 10 000 euros de capital de sa société, en 2016 et en 2017, elle a droit à la réduction d'impôt pour ces deux opérations et non pas seulement pour celle de 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce qui concerne le bénéfice, au titre de 2016, de la réduction d'impôt pour souscription au capital des PME ;

- en vertu du principe de l'indépendance des procédures d'imposition, l'annulation des rectifications apportées aux bénéfices d'une société, au motif de l'irrégularité de la vérification de comptabilité de cette société, n'a aucune incidence sur la validité des suppléments d'imposition mis à la charge des associés ;

- les propositions de rectification adressées à la société HPA ont été régulièrement motivées au sens de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- Mme F n'ayant donc présenté aucune observation à la proposition de rectification, il lui incombe de démontrer le caractère exagéré des impositions litigieuses ;

- la somme de 109 200 euros, crédités sur le compte courant de Mme F, constitue un revenu imposable, et les documents présentés ne prouvent pas que cette somme correspond à l'annulation de la facture de vente du 9 mai 2016 ;

- les frais de déplacements pour un montant de 300 euros ne sont pas justifiés ;

- la souscription au capital des PME s'élève à la somme de 10 000 euros en 2017 et non pas 20 000 euros, la précédente souscription de 10 000 euros au titre de 2016 n'étant plus contestable dans le cadre de la présente instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rivière ;

- et les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Mme F a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017, suite à la vérification de comptabilité de la société Haute Provence Aromatiques (HPA), au sein de laquelle elle détient un compte courant d'associé. Une proposition de rectification du 16 décembre 2019 a été adressée à Mme F, aux termes de laquelle lui ont été notifiés des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, et la base de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 terdecies-0 A du CGI, au titre de souscriptions en numéraire au capital des PME, a été ramenée de 20 000 euros à 10 000 euros. Les droits découlant des rehaussements ont été assortis de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du CGI et de la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du même code. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2020, par le service des impôts des particuliers de Bayonne. Par une première réclamation du 20 octobre 2020, Mme F a contesté ces impositions supplémentaires. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision d'admission partielle en date du 22 janvier 2021. Par une seconde réclamation du 18 novembre 2022, Mme F a contesté les sommes laissées à sa charge suite aux dégrèvements prononcés dans le cadre de la décision d'admission partielle. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision d'admission partielle. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial () ". Aux termes de l'article R. 200-2 du même livre : " () Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable ne peut introduire valablement une réclamation dans le délai spécial de reprise qu'en ce qui concerne l'imposition à l'occasion de laquelle l'administration a engagé la procédure de reprise ou de rectification, ou toute imposition qui n'en est pas distincte, établies au titre de la même période que celle ayant fait l'objet de cette procédure.

3. En l'espèce, Mme F indique dans sa réclamation préalable faire suite à une décision d'acceptation partielle de sa première réclamation par le service en date du 22 janvier 2021 qui faisait elle-même suite à la réclamation formée par la requérante à la suite d'une procédure de rectification du 16 décembre 2019, laquelle ne portait que sur l'année 2017. Dès lors, la réclamation préalable du 18 novembre 2022 doit être regardée comme portant sur les mêmes impositions, à savoir celle de l'année 2017. Dans ces conditions, la requérante n'est pas recevable à contester, sur le fondement des dispositions précitées, le rejet par les services fiscaux d'une réduction d'impôt pour une souscription de capital opérée au titre de l'exercice 2016.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix () ". Aux termes de l'article L. 76 de ce livre : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription () ".

5. Les moyens contestant la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'encontre d'une société sont inopérants à l'égard des impositions personnelles mises à la charge des bénéficiaires des revenus réputés distribués par cette société en application des dispositions des articles 109-1 et 117 du code général des impôts. Mme F fait valoir que la procédure suivie à l'encontre de la société Haute Provence Aromatiques serait irrégulière. Toutefois, compte-tenu de l'indépendance des procédures d'imposition, l'irrégularité de la vérification de la comptabilité menée à l'égard de la société Haute Provence Aromatiques est sans incidence sur les suppléments d'impositions mis à la charge de Mme F.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne les frais de déplacement :

6. Mme F soutient avoir engagé des frais pour son activité professionnelle aux Etats-Unis pour un montant supérieur aux 300 euros que l'administration fiscale refuse de déduire. Elle soutient également que les justificatifs ont été remis au juge d'instruction et à M. G. Elle produit à l'appui de ses allégations des relevés de compte courant datant de décembre 2016. L'administration fiscale fait valoir, sans être contestée, que les documents fournis sont les mêmes que ceux joints à la réclamation du 20 octobre 2020 concernant les " autres voyages autofinancés ". En l'espèce, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir la fréquence, la durée et les modalités précises de ces déplacements, ainsi que l'identité des interlocuteurs rencontrés, et le programme des entrevues. Dans ces conditions, le caractère professionnel desdites dépenses ne peut être regardé comme établi.

En ce qui concerne le passif injustifié :

7. Aux termes du 2° du 1 de l'article 109 de ce code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ".

8. Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

9. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de la société HPA, le vérificateur a constaté qu'une somme de 109 200 euros avait été portée au crédit du compte courant d'associé de Mme F, au titre de l'exercice 2017. Estimant que cette écriture n'était pas justifiée, le service l'a regardée comme un passif injustifié et l'a réintégré dans le bénéfice imposable de la société HPA. Mme F soutient que cette écriture comptabilisée le 30 septembre 2017 trouvait sa contrepartie dans l'annulation d'un produit constaté le 30 septembre 2017 au débit du compte n° 701002, et produit à cet effet une facture d'un montant de 109 200 euros, concernant Mme D A, fille et mandataire de la requérante. Mme F soutient qu'elle a procédé à un virement de 114 000 euros le 15 juin 2016, pour un projet d'exportation d'un stock de CBD aux Etats-Unis, et que cette opération a donné lieu à une préfacture de 109 200 euros le 9 mai 2016, mais que faute d'accord définitif, cette transaction n'a finalement pas eu lieu. Elle soutient également que suite à l'annulation de cette facture du 9 mai 2016, cette somme a été inscrite au crédit de son compte-courant d'associé.

10. Mme F établit avoir effectué un virement de 114 000 euros, le 15 juin 2016, depuis son compte personnel vers le compte courant professionnel de la société HPA, et qu'une facture de 109 200 euros a été émise le 9 mai 2016. Il n'est pas contesté par l'administration fiscale qu'une facture émise le 30 septembre 2017, pour le montant de 109 200 euros, a annulé la précédente facture du même montant, entre la société HPA et Mme D A. Toutefois, la nullité de la vente ne fait pas obstacle à ce que Mme F soit regardée comme ayant eu la disposition de la somme en litige au titre de l'année 2017, dès lors qu'elle n'établissait ni qu'elle n'avait pas pu en avoir la disposition, ni que cette somme ne correspondait pas à la mise à disposition d'un revenu. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a procédé à la réintégration de cette somme dans ses revenus imposables.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander la décharge des impositions litigieuses au titre de l'année 2017.

D E C I D E :

Article 1er : La requête Mme F est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C F et à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 21 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

M. Rivière, premier conseiller,

Mme Crassus, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.

Le rapporteur,

E. RIVIERE

La présidente,

M. SELLESLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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