mercredi 9 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2301151 |
| Type | Décision |
| Formation | CHAMBRE 1 |
| Avocat requérant | SELARL DALEAS-HAMTAT-GABET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 avril 2023 et le 29 décembre 2023, la société par actions simplifiée Cance Développement, représentée par Me Daleas, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'impôt sur les sociétés auquel elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018, des pénalités, majorations et intérêts de retard correspondants, assortis des intérêts moratoires ;
2°) de procéder au remboursement de l'impôt sur les sociétés au titre des années 2017 et 2018, des pénalités, des majorations et des intérêts de retard, assortis des intérêts moratoires ;
3°) de procéder à la reconstitution de son déficit au titre de l'année 2018 à hauteur de 69 300 euros ;
4°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée et méconnaît l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- l'abandon de créance à caractère commercial est justifié et déductible fiscalement, ces abandons relèvent d'un intérêt de groupe et ont permis de la préservation de l'implantation commerciale et stratégique sur le bassin économique de l'Île de la Réunion, de la société Cancé Réunion ;
- le déficit au titre de l'année 2018 est reportable et les conditions sont remplies pour qu'il lui soit transféré.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 octobre 2023 et le 27 février 2024, le directeur de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour la société Cancé Développement a été enregistré le 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crassus,
- les conclusions de Mme Neumaier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Daleas représentant la société Cancé Développement et s'en remet à ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. La société Cancé Développement est une société holding animatrice qui effectue pour la société Cancé Réunion des prestations administratives et financières comme pour ses autres filiales. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui a porté sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. Par une proposition de rectifications en date du 23 septembre 2020 remise en main propre, l'administration fiscale a rectifié le résultat fiscal de la société au motif que les abandons de créances consentis à la société Cancé Réunion constituaient des aides à caractère financier et non commercial et ne pouvaient donc être déduits. Les impositions ont été mises en recouvrement le 13 août 2021. Par courrier du 15 mars 2023, l'administration fiscale a rejeté la réclamation présentée par la société en date du 6 octobre 2021. Par sa requête, la société Cancé Développement demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2017 et 2018.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 23 septembre 2020 mentionne l'impôt concerné, les exercices d'imposition, la base d'imposition retenue ainsi que le fondement légal de la rectification opérée. Elle précise également les motifs qui ont amené l'administration fiscale à considérer que les abandons de créance litigieux revêtaient un caractère financier, ces éléments ayant mis à même la redevable de présenter utilement ses observations, ce qu'elle a d'ailleurs fait le 13 novembre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code, et selon lequel : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net (). / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt (). L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () ". Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () / 13. Sont exclues des charges déductibles pour l'établissement de l'impôt les aides de toute nature consenties à une autre entreprise, à l'exception des aides à caractère commercial. / Le premier alinéa du présent 13 ne s'applique pas aux aides consenties en application d'un accord homologué dans les conditions prévues au II de l'article L. 611-8 du code de commerce ni aux aides consenties aux entreprises pour lesquelles une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire est ouverte. / Les aides mentionnées au deuxième alinéa du présent 13 qui ne revêtent pas un caractère commercial sont déductibles à hauteur de la situation nette négative de l'entreprise qui en bénéficie et, pour le montant excédant cette situation nette négative, à proportion des participations détenues par d'autres personnes que l'entreprise qui consent les aides ".
5. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, la SAS Cancé Développement a comptabilisé en charges des abandons de créances au bénéfice de sa filiale, la société Cancé Réunion, pour un montant de 750 000 euros au titre de l'année 2017 et 435 000 euros au titre de l'année 2018, lesquels étaient assortis d'une clause de retour à meilleure fortune. La société Cancé Développement a comptabilisé ces abandons de créances en charges déductibles au titre des exercices en litige. Bien qu'une société puisse, sans commettre d'acte anormal de gestion, prévenir les conséquences de difficultés financières d'une filiale pour laquelle une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire est ouverte, en lui consentant une aide, alors même qu'elle n'entretiendrait avec elle aucune relation commerciale, la société requérante n'établit pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, que la société Cancé Réunion aurait fait l'objet d'une procédure collective. Elle n'établit pas davantage que la société Cancé Réunion aurait rencontré des difficultés économiques ni, en tout état de cause, que ces difficultés seraient préjudiciables, à terme, au développement de sa propre activité ou de nature à compromettre la poursuite de l'exploitation, alors que les prestations facturées à la société Cancé Réunion ne constituaient pas une part prépondérante de son chiffre d'affaires, en l'espèce moins de 5 %.
6. En outre, il résulte des mentions non contestées de la proposition de rectification du 23 septembre 2020 que les abandons de créances litigieux ont été consentis " compte tenu de la situation actuelle financière " de la société Cancé Réunion, de sorte que le caractère financier de ces abandons de créances apparaît prépondérant sur d'éventuelles motivations commerciales.
7. Enfin, si la société Cancé Développement fait valoir que les aides apportées à la société Cancé Réunion permettent de limiter les répercussions négatives sur les autres filiales du groupe, et de préserver les relations commerciales intra-groupe, c'est au regard du seul intérêt propre de l'entreprise aidée que doit être apprécié si des charges assumées par une société en vue d'assurer certains avantages à d'autres sociétés correspondent à des actes de gestion commerciale anormale et non d'un intérêt de groupe. Par suite, les abandons de créance en litige ne constituant pas une aide commerciale déductible au sens et pour l'application des dispositions du 13 de l'article 39 du code général des impôts, l'administration fiscale est fondée à les réintégrer aux résultats imposables de la société Cancé Développement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la décharge des impositions litigieuses ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à la restitution des sommes dont la société Cancé Développement s'est acquittée en paiement des impositions en litige, à la reconstitution de son bénéfice reportable et à l'octroi d'intérêts moratoires ne peuvent qu'être rejetées.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Cancé Développement doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Cancé Développement est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Cancé Développement et au directeur de la direction de contrôle fiscal Nouvelle-Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Crassus, conseillère,
Mme Aché, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 avril 2025.
La rapporteure,
L. CRASSUS
La présidente,
M. SELLES
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2302952
Le Tribunal Administratif de Pau a annulé un avis de sommes à payer (2 051,23 €) émis par le centre hospitalier à l'encontre d'une agent. Le juge a retenu un vice de forme, constatant que l'avis méconnaissait l'article L. 1617-5-4 du code général des collectivités territoriales en ne mentionnant pas l'identité et la qualité de son auteur. La juridiction n'a pas examiné le bien-fondé de la créance, l'annulation pour irrégularité formelle n'emportant pas décharge automatique de la dette.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2303228
Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de l'association Défense des milieux aquatiques, qui demandait l'annulation du refus implicite du préfet de réviser le mode d'instruction des licences de pêche professionnelle fluviale dans l'Adour. Le tribunal a jugé irrecevable le recours, considérant que la fixation de ces modalités d'instruction constitue une mesure d'organisation interne de l'administration, insusceptible de recours pour excès de pouvoir. La décision s'appuie sur les principes généraux du droit administratif relatifs à la nature des actes faisant grief.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2303227
Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de l'association Défense des milieux aquatiques, qui demandait l'annulation du refus implicite de la préfète des Landes de réviser le mode d'instruction des licences de pêche professionnelle fluviale dans l'Adour. Le tribunal a jugé irrecevable le recours contre cette décision, considérant que la fixation des modalités d'instruction constitue une mesure d'organisation interne de l'administration, insusceptible de recours. Les textes applicables étaient le code de l'environnement et le code de justice administrative.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2301413
Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête d'une aide-soignante contestant un courrier et une décision relatifs à la fin de son congé pour invalidité temporaire. Le tribunal a jugé irrecevable le recours contre le courrier du 13 avril 2023, estimant qu'il ne constituait pas une décision faisant grief. Concernant la décision du 18 avril 2023, le tribunal a considéré qu'elle était régulière, notamment au regard des dispositions de l'article 35-10 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988.
26/03/2026