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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2500533

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2500533

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2500533
TypeDécision
FormationURGENCES ETRANGERS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de M. C, ressortissant algérien, contestant l’arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques du 19 février 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans et assignation à résidence. Le tribunal a jugé inopérant le moyen tiré de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, la mesure d’éloignement ne fixant pas le pays de renvoi, et a constaté l’absence d’éléments probants sur les risques allégués en Algérie. Les autres moyens, fondés sur l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire, ont été écartés par voie de conséquence. La décision s’appuie notamment sur le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’accord franco-algérien de 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2025, M. A C, représenté par Me Kirimov, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 19 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que, d'autre part, la décision du même jour portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département des Pyrénées-Atlantiques ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme au motif qu'il a indiqué, à l'agent qui l'a interrogé, être en danger en Algérie en raison de ses problèmes avec l'Etat algérien et qu'il semble donc exposé à des risques de torture ou de traitement dégradants en étant obligé de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire étant illégale, la décision lui refusant un délai volontaire doit être annulée ;

En ce qui concerne le pays de renvoi :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire étant illégale, la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale et doit donc être annulée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire étant illégale, la décision d'interdiction de retour est dépourvue de base légale et doit être annulée ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ et de la décision lui interdisant le retour sur le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 5 mars 2025, en présence de la greffière, le rapport de Mme Madelaigue, aucune des parties n'étant présente ou représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, se déclarant A Chrifet lors de son audition par les services de police le 19 février 2025, né le 26 avril 1991 à Tenes (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être arrivé en France en 2022. Par un arrêté du 19 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination d'une éventuelle exécution d'office, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée de deux ans. Par une décision du même jour, cette même autorité a assigné M. C à résidence, dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. M. C soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des risques de traitement inhumains ou dégradants. Toutefois, une telle circonstance, à la supposée même établie, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement qui ne fixe pas, par elle-même, le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, le requérant n'apporte en l'espèce aucun élément nouveau de nature à établir la réalité et l'actualité des risques allégués.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

4. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

5. Il résulte de ce qui précède que la décision l'obligeant à quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité, de sorte que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. Il résulte également de ce qui précède que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité, de sorte qu'en tout état de cause, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour serait, en conséquence, dépourvue de base légale, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

7. Il résulte encore de ce qui précède que la décision refusant d'accorder à M. C un délai de départ volontaire et la décision lui interdisant le retour sur le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité, de sorte qu'en tout état de cause, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence serait, en conséquence, dépourvue de base légale, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, l'ensemble des conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. C demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2025.

La magistrate désignée,

F. MADELAIGUELa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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