mardi 11 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2500621 |
| Type | Ordonnance |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2025, M. B A, représenté par Me Biehler, avocat, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet des Pyrénées-Atlantiques, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer tout document de nature à régulariser sa situation sur le territoire français dans l'attente de l'instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai de 24 heures, et ce, sous astreinte de 150 € par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1200 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée par les circonstances que le document de circulation pour étranger mineur dont il était titulaire n'est plus valide, que le contrat d'apprentissage avec lequel il est lié avec une entreprise est suspendu, que la poursuite de l'exécution de ce contrat constitue une des conditions de son maintien dans la formation préparatoire au certificat d'apprentissage professionnel et de l'obtention de ce diplôme, et qu'il n'est pas certain qu'il pourra passer les épreuves du contrôle continu organisées dans la semaine du 10 mars 2025 compte tenu de la suspension de son contrat d'apprentissage ;
- le défaut de remise d'un document justifiant de la régularité de sa situation sur le territoire national constitue une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail et au droit à l'instruction ;
- il aurait dû se voir délivrer le document prévu par l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la demande de titre de séjour présentée par M. A est incomplète ;
- le droit à l'instruction ne constitue pas une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 mars 2025 en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu Me Biehler, représentant M. A qui soutient en outre que le défaut de remise d'un document justifiant de la régularité de sa situation sur le territoire national constitue une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la liberté d'aller et venir, qu'il s'est présenté ce jour à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques en vue d'y effectuer une prise d'empreintes, et qu'il a été informé que sa demande de titre de séjour est complète.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité guinéenne, est entré en France en 2022 alors qu'il était mineur. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département des Pyrénées-Atlantiques jusqu'au 5 mars 2025, date de sa majorité. Il a déposé le 20 janvier 2025 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande qu'il soit ordonné au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer un document attestant de la réception de sa demande par les services de la préfecture justifiant la régularité de sa situation sur le territoire français et l'autorisant à exercer une activité professionnelle.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A est inscrit dans une formation préparatoire au certificat d'aptitude professionnelle de monteur d'installations sanitaires, et qu'il a conclu le 16 mai 2023 avec une entreprise de plomberie un contrat d'apprentissage qui prendra fin le 31 août 2025. Par lettre du 4 mars 2025, le responsable de cette entreprise a suspendu ce contrat, faute pour M. A de justifier de la régularité de sa situation sur le territoire national. Par ailleurs, le document de circulation pour étranger mineur qui a été délivré à M. A le 8 juillet 2024 a expiré le 5 mars 2025, date de sa majorité. Enfin, il n'est pas contesté que la reprise du contrat d'apprentissage est une condition du maintien du requérant dans sa formation préparatoire et de l'obtention du diplôme sanctionnant cette formation. Par suite, M. A justifie de l'existence d'une situation d'urgence.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des droits d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles () L. 423-22 () ; ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. () Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-15-2 du même code : " L'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de première délivrance d'une carte de séjour prévue aux articles () L. 423-22, () autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur. () ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a déposé sa demande de titre de séjour le 20 janvier 2025, soit antérieurement à la veille de son dix-huitième anniversaire. Il résulte de l'instruction que l'intéressé s'est vu délivrer le même jour l'attestation dématérialisée de dépôt en ligne de cette demande. Si le préfet des Pyrénées-Atlantiques soutient que cette dernière n'est pas complète au motif qu'elle n'est pas accompagnée d'un justificatif de domicile datant de moins de six mois, d'un justificatif d'acquittement du droit de timbre, d'une déclaration sur l'honneur de non-polygamie en France, des justificatifs relatifs à son activité professionnelle salariée ou à sa formation professionnelle, des justificatifs du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, d'un document établissant la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine, et d'un document attestant de son insertion dans la société française, l'acquittement du droit de timbre ne doit être justifié qu'au moment de la remise du titre de séjour. Par ailleurs, M. A a été invité le 7 mars 2025 à se présenter aux services de la préfecture pour effectuer un relevé de ses empreintes, ce qu'il soutient sans être contesté avoir fait le 10 mars 2025 au matin. Enfin, le requérant indique également qu'il a déjà remis aux services de la préfecture l'intégralité des pièces réclamées, et qu'il a été informé à l'occasion de sa dernière présentation au guichet de la préfecture que sa demande de titre de séjour était complète, tandis que le document produit par le préfet, issu du site de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) sur l'état de l'instruction de la demande de M. A, n'est pas de nature à contredire les allégations de ce dernier. L'absence de délivrance d'une attestation de prolongation de l'instruction de cette demande constitue donc une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la liberté d'aller et venir et de travailler de M. A.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il doit être enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques de délivrer à M. A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai de 24 heures suivant la date de notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ".
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'avocat du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Biehler.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques de délivrer à M. A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai de vingt-quatre heures suivant la date de notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Biehler, avocat de M. A, une somme de 800 (huit cents) euros sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Fait à Pau, le 11 mars 2025.
Le juge des référés,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition :
La greffière :