vendredi 21 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2500624 |
| Type | Décision |
| Formation | URGENCES ETRANGERS |
| Avocat requérant | BARREIRO LÉOPOLDINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 et 17 mars 2025, M. B A, représenté par Me Barreiro demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2025 par lequel la préfète des Landes l'a maintenu en rétention ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et qu'il n'a pu être entendu ;
-elle est entachée d'erreur de fait quant à l'absence de garantie de représentation alors qu'il a remis son passeport valide aux autorités avant l'édiction de l'arrêté attaqué ;
- en estimant nécessaire son maintien en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile, la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, laquelle n'a pas fait l'objet d'un nouvel examen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2025, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 414-5 du code de justice administrative ;
- aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 922-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, tenue le 18 mars 2025 à 14h en présence de Mme Strzalkowska, greffière, présenté son rapport et entendu :
- et les observations de Me Barreiro, représentant M. A, présent, qui confirme ses écritures et ajoute que la requête n'est pas irrecevable, l'article R. 414-5 du code de justice administrative ne s'applique pas puisque la requête n'a pas été adressée par télérecours, et que les pièces font l'objet de fichier séparé ; par ailleurs, la délégation de signature est trop imprécise, le préfet précise limitativement les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels l'auteur de la décision a reçu a délégation et n'inclut pas celui relatif au maintien en rétention ; son droit d'être entendu a été méconnu dans la mesure où la seule audition dont il a fait l'objet a eu lieu lorsque la mesure d'éloignement lui a été notifiée en avril 2024, plus d'un an auparavant de sorte qu'il n'a pas pu présenter d'observations sur la décision en litige ; celle-ci est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite, et qu'il ressort de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention de Bayonne qu'il a remis son document d'identité en avril 2024 ; de plus sa demande d'asile ne vise pas à faire échec à son éloignement, il a été en situation régulière pendant sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et a été en possession de deux titres de séjour ensuite, dont il a demandé le renouvellement, avant d'être placé en garde-à-vue, de se voir refuser son admission au séjour et notifier une obligation de quitter le territoire français ; lors de son placement en détention provisoire il n'a pu déposer une demande d'asile et n'a pris connaissance de ses droits qu'en 2025 ; qu'il présente des garanties de représentation , il peut être hébergé et aurait dû être assigné à résidence.
La préfète des Landes n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 2000, est entré irrégulièrement en France le 7 décembre 2016 alors qu'il était mineur. Il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance et, à sa majorité, il a bénéficié d'un titre de séjour renouvelé jusqu'au 6 février 2024. Condamné pénalement à plusieurs reprises, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 4 avril 2024, refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 5 ans. A sa levée d'écrou le 28 février 2025, la préfète des Landes l'a placé en rétention administrative. Par une ordonnance du 3 mars 2025, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne, a confirmé la régularité de cette décision et ordonné une première prolongation pour une durée de 26 jours. Le 5 mars 2025, M. A a déposé un dossier de demande d'asile auprès du greffe du centre de rétention administrative d'Hendaye. Par un arrêté du 5 mars 2025, la préfète des Landes l'a maintenu en rétention. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 3 mai 2024, publié le 6 mai 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Landes, la préfète de ce département a donné délégation à Mme Monteuil, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas la décision attaquée. Contrairement à ce qui est soutenu, cette délégation n'est pas imprécise et ne limite pas son champ à certaines mesures énumérées, alors qu'en tout état de cause, le secrétaire général de la préfecture exerce de droit la suppléance du préfet en cas d'absence ou d'empêchement, en vertu de l'article 45 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements, et qu'il n'est allégué ni établi que la préfète des Landes n'aurait été ni absente ni empêchée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente manque en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du magistrat du siège du tribunal judiciaire exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".
6. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde et rappelle que le requérant a été à plusieurs reprises condamné pénalement, que son comportement représente un grave trouble menaçant l'ordre public, qu'il a fait l'objet d'une décision d'éloignement prise par le préfet de la Gironde le 4 avril 2024, que ses droits en matière d'asile lui ont été notifié le 28 février 2025 lors de son placement en rétention, et qu'il a déposé une demande d'asile le 5 mars 2025 alors qu'il aurait pu le faire antérieurement de sorte que sa demande a été regardée comme ayant été présentée dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la mesure d'éloignement. La décision attaquée relève en outre que l'intéressé n'a pas de document de voyage, ne peut justifier d'une adresse et ne présente aucune garantie de représentation effective propre à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement. Elle en conclut que sa demande d'asile doit faire l'objet d'un examen en procédure accélérée en application de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il y a lieu de le maintenir en rétention. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées.
7. En troisième lieu, le droit d'être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme le droit de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. S'agissant plus particulièrement d'une décision de maintien d'un étranger en rétention administrative pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA et, en cas de décision de rejet de celle-ci, dans l'attente de son départ, ce principe n'implique toutefois pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur une telle décision dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou sur la perspective de l'éloignement. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. M. A n'établit, ni même n'allègue, avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté en litige. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis 2016 et qu'il n'a déposé une demande d'asile en France que le 5 mars 2025, soit le dernier jour du délai mentionné à l'article L. 754-1 précité et après son placement en rétention le 28 février 2025, date à laquelle il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile. Dans ces conditions, alors que l'intéressé ne fournit au dossier aucun élément sérieux de nature à établir les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, la préfète des Landes a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir que cette demande a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement et décider du maintien en rétention de M. A.
10. En dernier lieu, pour contester l'affirmation selon laquelle il ne pouvait justifier d'une adresse propre, il se borne à produire à l'audience deux quittances de loyer pour les mois d'octobre et novembre 2019. Par ailleurs, la circonstance selon laquelle la décision attaquée indique que le requérant ne serait pas en mesure de présenter un document d'identité serait erronée alors qu'il ressort de l'ordonnance du juge des libertés et de la décision qu'il a remis son passeport à un service de police ou à une unité de gendarmerie, est sans incidence, le motif mentionné au point précédent suffisant à lui seul à fonder légalement la décision attaquée.
11. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M A doivent être rejetées, de même que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète des Landes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2025.
La magistrate désignée,
M. CLa greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2600984
Le Tribunal Administratif de Pau a annulé l'arrêté du 12 mars 2026 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées avait assigné M. A... B... à résidence dans ce département. Le juge a retenu que le choix du lieu d'assignation, qui ne correspondait pas au lieu de résidence habituel de l'intéressé dans le Morbihan, constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire a été rejeté.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2601149
Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en urgence, a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement de M. C... et l'interdiction de retour. Le juge a estimé que le préfet des Landes avait commis une erreur manifeste d'appréciation en caractérisant une menace à l'ordre public, notamment en s'appuyant sur une garde à vue classée sans suite, et n'avait pas correctement pris en compte les liens personnels et familiaux stables de l'intéressé en France au regard des articles 8 de la CEDH et 3-1 de la CIDE. Les autres mesures (fixation du pays de destination, refus de délai de départ) sont tombées avec l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2601075
Le Tribunal Administratif de Pau a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de renouvellement de titre de séjour et prononçant une OQTF, une fixation du pays de destination et une interdiction de retour. Le tribunal constate que la préfète a retiré en cours d'instance les décisions de rejet et d'OQTF. Il en déduit que la décision fixant un délai de départ volontaire, qui ne peut exister sans OQTF, est entachée d'illégalité et l'annule. Les textes appliqués sont l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Pau — N° TA64-2601077
Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. C... visant à annuler l'arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour et lui imposant une obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. Le tribunal a jugé que la requête était irrecevable, car le mémoire complémentaire exposant les moyens a été déposé après l'expiration du délai de recours, en méconnaissance des articles R. 411-1 du code de justice administrative et L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Seule la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle a été accordée.
02/04/2026