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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2500688

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2500688

lundi 31 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2500688
TypeDécision

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a été saisi en référé suspension par M. A B, ressortissant étranger incarcéré, pour contester un arrêté du préfet de la Gironde du 29 janvier 2025 ordonnant son expulsion et fixant le pays de destination. Le requérant invoquait notamment l'incompétence territoriale de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation, et une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, étant père de sept enfants français. Le juge des référés a rejeté les demandes de suspension, estimant que la condition d'urgence n'était pas établie et qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées. Cette solution s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés sous le n° 2500688 les 12 et 24 mars 2025, M. A B, représenté par Me Debril, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de transmettre la requête au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 janvier 2025 par laquelle le préfet de la Gironde décidé son expulsion ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a saisi le tribunal administratif de Bordeaux d'un recours en annulation et d'un référé suspension contre la décision implicite de rejet initiale à laquelle s'est substituée la décision du 29 janvier 2025 du préfet de la Gironde seulement en ce qu'elle porte refus de délivrance d'un titre de séjour ; il a également formé une contestation au fond et en référé contre la décision du 29 janvier 2025 fixant le pays de destination par arrêté distinct devant le tribunal administratif de Pau et des mêmes procédures devant la même juridiction paloise contre l'arrêté du 29 janvier 2025 seulement en ce qu'il porte expulsion du requérant ; dans la mesure où deux tribunaux administratifs sont simultanément saisis de demandes distinctes mais connexes, il sollicite la transmission de la requête au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est éligible à une procédure de libération conditionnelle prévue à l'article 729-2 du code de procédure pénale, que le juge d'application des peines est susceptible de prononcer à tout moment ; compte tenu de sa situation familiale, une mesure d'expulsion porterait une atteinte grave à son droit à une vie privée et familiale ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée : la décision émane d'une autorité incompétente ; au moment où il reçoit le bulletin de notification d'une procédure expulsion, il est incarcéré au centre pénitentiaire de Mont de Marsan ; seule la préfète des Landes était donc compétente pour prendre l'arrêté d'expulsion ; or la préfecture de la Gironde a persisté dans son incompétence en prenant l'arrêté du 29 janvier 2025 attaqué ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ni en droit ni en fait et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ; il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Gironde aurait complété ses obligations concernant la procédure préalable obligatoire de l'article 40-29 du code de procédure pénale de sorte qu'il l'a nécessairement privé d'une garantie dans la mesure où le préfet a édicté son arrêté sans connaître les suites données à ses antécédents judiciaires ; l'ensemble des éléments relatifs à son fichier TAJ ne pouvait donc être retenu pour considérer que ce dernier constituerait une menace à l'ordre public ;

- l'arrêté attaqué a méconnu les articles L. 621-1 et suivants du Ceseda et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public ; les seules condamnations ne sauraient constituer à elle seule la caractérisation d'une menace " grave " à l'ordre public, eu égard aux circonstances des faits ayant donné lieu à condamnation et à son comportement en détention, et compte tenu de sa situation privée et familiale puisqu'il est père de sept enfants français avec lesquels il n'a jamais rompu les liens, et qu'il vit en France depuis plus de vingt ans ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- par ordonnance en date du 13 mars 2025, le juge des référés près le tribunal administratif de Bordeaux s'est déclaré incompétent considérant que le tribunal territorialement compétent était la juridiction de Pau ; il entend donc contester l'arrêté portant refus de délivrance de titre de séjour en toutes ses dispositions aux fins de suspension de ce dernier pour les mêmes motifs.

Par un mémoire enregistré le 21 mars 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2500689 le 12 mars 2025, M. A B, représenté par Me Debril, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de transmettre la requête au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 janvier 2025 par laquelle le préfet de la Gironde a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- dans la mesure où deux tribunaux administratifs sont simultanément saisis de demandes distinctes mais connexes, il sollicite la transmission de la requête au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est éligible à une procédure de libération conditionnelle prévue à l'article 729-2 du code de procédure pénale, que le juge d'application des peines est susceptible de prononcer à tout moment ; compte tenu de sa situation familiale, une mesure d'expulsion porterait une atteinte grave à son droit à une vie privée et familiale ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure au regard de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ; il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Gironde aurait complété ses obligations concernant la procédure préalable obligatoire de l'article 40-29 du code de procédure pénale de sorte qu'il l'a nécessairement privé d'une garantie dans la mesure où le préfet a édicté son arrêté sans connaître les suites données à ses antécédents judiciaires ; l'ensemble des éléments relatifs à son fichier TAJ ne pouvait donc être retenu pour considérer que ce dernier constituerait une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire enregistré le 21 mars 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu

- les requêtes enregistrées le 12 mars 2025 sous les n° 2500686 et 2500687 par lesquelles M. B demande l'annulation des décisions en litige ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique tenue le 25 mars 2025 à 10h00, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- Mme Madelaigue, juge des référés, en son rapport ;

- Me Debril, pour M. B, qui confirme se désister de ses conclusions tendant à ce que soient transmises les requêtes au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat et qu'il demande par voie d'exception la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 janvier 2025 en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour ; il insiste sur l'incompétence du préfet de la Gironde pour prendre l'arrêté d'expulsion dès lors qu'il appartenait au préfet des Landes de prendre cette décision dès lors qu'il est incarcéré dans le département des Landes ; il conteste par voie d'exception d'illégalité le refus de titre en méconnaissance de l'article L. 423-23 du Ceseda, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle dès lors qu'il est père de sept enfants avec lesquels il n'a jamais rompu les liens, et qu'il vit en France depuis plus de vingt ans .

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2500688 et 2500689 concernent la situation du même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin qu'il y soit statué par une seule ordonnance.

2. M. B, né le 31 juillet 1984, de nationalité tunisienne, est entré irrégulièrement en France en 2009, et a obtenu, le 3 septembre 2013, une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français valable jusqu'au 21 mai 2014 puis, le 26 mars 2014, une carte de résident sur le même fondement valable du 22 mai 2014 au 21 mai 2024. Le 11 mars 2024, il a demandé le renouvellement de sa carte de résident. Par une requête enregistrée le 12 mars 2025, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 29 janvier 2025, par lequel le préfet de la Gironde a prononcé son expulsion du territoire français et a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que de l'arrêté du même jour par lequel le préfet a fixé le pays de destination. M. B qui indique se désister de ses conclusions tendant à ce que soient transmises les requêtes au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat précise qu'il demande par voie d'exception la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 janvier 2025 en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " L'article L. 631-2 du même code dispose : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; ()".

5. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 631-1 est le préfet de département () ". Aux termes de l'article R. 632-5 du même code : " La notification du bulletin mentionné à l'article R. 632-3 est effectuée par le préfet du département où est située la résidence de l'étranger ou, si ce dernier est détenu dans un établissement pénitentiaire, du préfet du département où est situé cet établissement () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le bulletin de convocation à la commission d'expulsion du 18 décembre 2024 a été transmis par le préfet de la Gironde au préfet des Landes, département où est incarcéré M. B afin qu'il le lui notifie. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'incompétence du préfet de la Gironde pour prendre l'arrêté d'expulsion en litige n'est pas de nature, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B, a été condamné à douze reprises et, notamment, entre 2017 et 2023, à des peines d'emprisonnement fermes de un à douze mois pour des faits de violence, violence aggravée et violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, notamment par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ainsi que outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et violence aggravée, avec usage ou menace d'une arme.

8. En l'état de l'instruction, compte tenu de la nature et du nombre des infractions commises par M. B, ni les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'absence de menace grave pour l'ordre public, ni les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, les enfants de l'intéressé étant placés et ce dernier n'ayant que des liens épisodiques avec eux, n'apparaissent de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des arrêtés attaqués. Il en est de même des autres moyens tirés du défaut de motivation ou des vices de procédure. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition de l'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des arrêtés attaqués du 29 janvier 2025 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes présentées par M. B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Gironde.

Fait à Pau, le 31 mars 2025.

La juge des référés, La greffière,

F. MADELAIGUE M. CALOONE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 ; 2500689

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