lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2205204 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ALEXANDRE - LÉVY - KAHN - BRAUN & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 août 2022 et le 12 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Levy, demande au tribunal :
1°) de condamner l'établissement public de santé Alsace Nord (EPSAN) à lui verser la somme de 10 485,31 euros en réparation de son préjudice matériel et de son préjudice moral, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 mai 2022, date de réception de sa demande indemnitaire ;
2°) de mettre à la charge de l'EPSAN une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'EPSAN a illégalement interrompu le versement de son traitement du 30 août 2021 au 31 décembre 2021 dès lors qu'elle était en congé de maladie durant cette période et que, pour le même motif, la suspension de ses fonctions avec suspension de sa rémunération décidée le 15 septembre 2021 ne pouvait entrer en vigueur avant l'expiration de son congé ;
- elle est fondée à obtenir, compte tenu de cette illégalité fautive, la réparation de son préjudice matériel à hauteur de 5 485,31 euros ainsi que la réparation de son préjudice moral à hauteur de 5 000 euros ;
- si l'EPSAN fait valoir que son traitement a été régularisé et qu'elle a perçu la somme de 4 982,49 euros, cette somme est insuffisante au regard de l'indemnité réclamée ;
Par deux mémoires en défense enregistrés le 6 mars 2024 et le 18 avril 2024, l'établissement public de santé Alsace Nord, représenté par Me Clamer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu partiel à statuer sur les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice financier subi, compte tenu de la régularisation sur la paie de février 2024 des traitements non perçus de septembre 2021 à décembre 2021.
Par un mémoire enregistré le 10 mai 2024, Mme B a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public soulevé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public,
- et les observations de Me Le Tily, pour l'EPSAN.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, agent des services hospitaliers titulaire à l'établissement public de santé Alsace Nord (EPSAN), a été arrêtée du 30 août 2021 au 31 décembre 2021, en vertu de six arrêts de travail. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur de l'EPSAN a prononcé la suspension de ses fonctions à compter de cette même date, jusqu'à la production par l'intéressée d'un justificatif de vaccination. Mme B demande au tribunal de condamner l'EPSAN à l'indemniser des préjudices subis, résultant de l'interruption de versement de sa rémunération du 30 août 2021 au 31 décembre 2021.
Sur le non-lieu partiel à statuer :
2. Il résulte de l'instruction que l'EPSAN a procédé en février 2024 au versement à hauteur de 4 982,49 euros de traitements non perçus par Mme B pour les mois de septembre 2021 à décembre 2021. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la réparation du préjudice matériel à hauteur de cette somme seulement.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière applicable au litige et désormais repris aux articles L. 822-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ". Aux termes de l'article 14 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Sous réserve des dispositions de l'article 15 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, le fonctionnaire hospitalier est de droit placé en congé de maladie ". Et aux termes de son article 15 dans sa rédaction alors applicable : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. / () / Les fonctionnaires bénéficiaires d'un congé de maladie doivent se soumettre au contrôle exercé par l'autorité investie du pouvoir de nomination. Cette dernière peut faire procéder à tout moment à la contre-visite de l'intéressé par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption de sa rémunération, à cette contre-visite. / Le comité médical compétent peut être saisi par l'administration ou par l'intéressé des conclusions du médecin agréé ".
4. Il résulte des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 que le congé de maladie est un droit pour le fonctionnaire qui fait parvenir à l'autorité administrative le certificat prévu par les dispositions du premier alinéa de l'article 15 du décret du 19 avril 1988, sous réserve des possibilités de contrôle prévues par le deuxième alinéa de ce dernier article. Lorsque le médecin agréé qui a procédé à la contre-visite du fonctionnaire conclut à l'aptitude de celui-ci à reprendre l'exercice de ses fonctions, il appartient à l'intéressé de saisir le comité médical compétent s'il conteste ces conclusions. Si, sans contester ces conclusions, une aggravation de son état ou une nouvelle affection, survenue l'une ou l'autre postérieurement à la contre-visite, le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il lui appartient de faire parvenir à l'autorité administrative un nouveau certificat médical attestant l'existence de ces circonstances nouvelles.
5. D'autre part, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () " et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
6. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme B a produit un premier arrêt de travail du 30 août 2021 au 3 septembre 2021. L'EPSAN a diligenté une contre-visite médicale le 3 septembre 2021 dont il est résulté que, si la maladie de Mme B était persistante à la date du contrôle, il n'y avait pas lieu de prévoir une prolongation de son arrêt de travail. Par suite, l'EPSAN a informé Mme B, par deux courriers des 7 et 28 septembre 2021, qu'elle était placée en congé sans traitement à compter du 4 septembre 2021, l'intéressée ayant continué à s'absenter du service au-delà de cette dernière date, en se prévalant de nouveaux arrêts de travail.
8. Il est constant qu'à la suite de l'avis du médecin agréé du 3 septembre 2021, Mme B n'a pas saisi le comité médical compétent pour en contester les conclusions. Par ailleurs, les nouveaux arrêts de travail adressés à son employeur pour les périodes courant du 3 septembre 2021 au 31 décembre 2021 ne faisaient état d'aucune aggravation de son état ou d'une nouvelle affection survenue postérieurement à la contre-visite médicale réalisée le 3 septembre 2021. Dans ces conditions, en dépit de l'avis favorable du médecin agréé sollicité pour une nouvelle contre-visite médicale le 19 octobre 2021, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle devait être regardée comme étant en congé de maladie depuis le 30 août 2021 y compris pour la période postérieure au 3 septembre 2021 et qu'elle pouvait prétendre au maintien de sa rémunération au-delà de cette dernière date.
9. De plus, dès lors que Mme B n'était plus en congé de maladie depuis le 4 septembre 2021, il en résulte que le 15 septembre 2021, le directeur de l'EPSAN a pu, sans commettre d'illégalité, décider de prononcer avec effet immédiat la suspension de ses fonctions, sans traitement, au motif qu'elle n'avait pas satisfait à l'obligation vaccinale contre la covid-19.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, en ayant cessé de verser à Mme B sa rémunération du 4 septembre 2021 au 31 décembre 2021, l'EPSAN n'a commis aucune illégalité fautive. Par suite, le surplus de la requête de Mme B ne peut qu'être rejeté, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par l'EPSAN au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de la somme de 4 982,49 euros.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de l'EPSAN tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement public de santé Alsace Nord.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mai 2024.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026