jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206011 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2022 et 13 janvier 2025, M. B A, représenté par Mes Montrichard et Ciaudo, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 594,98 euros assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- suite à sa demande, le garde des sceaux, ministre de la justice a accepté par décision du 2 août 2022 de lui verser une partie des sommes qu'il réclamait à titre de reliquat de salaire, sans toutefois que ces sommes lui aient ensuite été versées ;
- les détenus ont le droit de percevoir une rémunération brute alors qu'il n'a perçu qu'une rémunération nette ;
- il doit se voir verser un reliquat de salaire d'un montant de 594,98 euros au titre du travail effectué dans le cadre de sa détention en mai, juillet, août et novembre 2018 et en janvier 2019.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la somme de 517,98 euros a été versée à M. A le 17 octobre 2022.
L'instruction a été close trois jours francs avant la date d'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dobry,
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, détenu à la maison d'arrêt de Strasbourg, a travaillé aux ateliers de l'établissement durant les mois de mai, juillet, août et novembre 2018 ainsi qu'au mois de janvier 2019. Il demande le versement d'un reliquat de salaire non versé d'un montant total de 594,98 euros pour l'ensemble des rémunérations dues pendant cette période. Par décision du 2 août 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, a donné son accord pour le versement d'un reliquat de salaire d'un montant de 517,98 euros, que le requérant conteste. Par la présente requête, M. A demande le versement de l'intégralité de la somme qu'il estime due au titre du reliquat de son salaire.
Sur les conclusions pécuniaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 717-3 du code de procédure pénale, alors applicable : " () Les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l'objet d'un contrat de travail. () / La rémunération du travail des personnes détenues ne peut être inférieure à un taux horaire fixé par décret et indexé sur le salaire minimum de croissance défini à l'article L. 3231-2 du code du travail. Ce taux peut varier en fonction du régime sous lequel les personnes détenues sont employées ". Aux termes de l'article D. 432-1 du même code, alors applicable : " Hors les cas visés à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article 717-3, la rémunération du travail effectué au sein des établissements pénitentiaires par les personnes détenues ne peut être inférieure au taux horaire suivant : / () 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance pour les activités de production () ".
3. Par ailleurs, aux termes de l'article D. 433-4 du code de procédure pénale, alors applicable : " Les rémunérations pour tout travail effectué par une personne détenue sont versées, sous réserve des dispositions de l'article D. 121, à l'administration qui opère le reversement des cotisations sociales aux organismes de recouvrement et procède ensuite à l'inscription et à la répartition de la rémunération nette sur le compte nominatif des personnes détenues, conformément aux dispositions de l'article D. 434. / Ces rémunérations sont soumises à cotisations patronales et ouvrières selon les modalités fixées, pour les assurances maladie, maternité et vieillesse, par les articles R. 381-97 à R. 381-109 du code de la sécurité sociale. () ". S'agissant de l'assurance vieillesse, l'article R. 381-104 du code de la sécurité sociale dispose que : " Les cotisations, salariale et patronale, sont fixées au taux de droit commun du régime général. Elles sont assises sur le total des rémunérations brutes des détenus ". L'article R. 381-105 du même code dispose que " Lorsque le travail est effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux, les cotisations, salariale et patronale, sont intégralement prises en charge par l'administration () ".
4. Enfin, en vertu de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale, il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement, dite contribution sociale généralisée (CSG), à laquelle sont notamment assujetties " 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie ; / () ". Dans leurs versions applicables jusqu'au 30 septembre 2018, le I de l'article L. 136-2 du même code disposait que " La contribution est assise sur le montant brut des traitements, indemnités, émoluments, salaires (). / Pour l'application du présent article, les traitements, salaires et toutes sommes versées en contrepartie ou à l'occasion du travail sont évalués selon les règles fixées à l'article L. 242-1. () ", et l'article L. 242-1 prévoyait que, pour le calcul des cotisations de sécurité sociale dues pour les périodes au titre desquelles les revenus d'activité sont attribués, " sont considérées comme rémunérations toutes les sommes versées aux travailleurs en contrepartie ou à l'occasion du travail, notamment les salaires ou gains, les indemnités de congés payés, le montant des retenues pour cotisations ouvrières, les indemnités, primes, gratifications et tous autres avantages en argent, les avantages en nature, ainsi que les sommes perçues directement ou par l'entremise d'un tiers à titre de pourboire ". L'article L. 136-1-1 du même code dans sa version en vigueur à compter du 1er septembre 2018 dispose que : " La contribution prévue à l'article L. 136-1 est due sur toutes les sommes, ainsi que les avantages et accessoires en nature ou en argent qui y sont associés, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail, d'une activité ou de l'exercice d'un mandat ou d'une fonction élective, quelles qu'en soient la dénomination ainsi que la qualité de celui qui les attribue, que cette attribution soit directe ou indirecte ". Le I de l'article 14 de l'ordonnance du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale institue " une contribution sur les revenus d'activité et de remplacement mentionnés aux articles L. 136-2 à L. 136-4 du code de la sécurité sociale ", dite contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), et prévoit que " Cette contribution est assise sur les revenus visés et dans les conditions prévues aux articles L. 136-2 à L. 136-4 et au III de l'article L. 136-8 du code de la sécurité sociale ".
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que la cotisation salariale pour l'assurance vieillesse reste en principe à la charge de la personne détenue, sauf dans le cas où celle-ci effectue un travail pour le compte des services généraux de l'administration pénitentiaire. Par ailleurs, quelle que soit la nature de leur activité, toutes les personnes détenues sont assujetties à la CSG et à la CRDS.
6. Il résulte de l'instruction que M. A, affecté à l'atelier de la maison d'arrêt de Strasbourg pendant quatre mois en 2018 et un mois en 2019, y a exercé ainsi un travail relevant des activités de production au sens de la classification prévue par l'article D. 432-1 du code de procédure pénale précité, dont il n'est pas soutenu qu'il aurait été effectué pour le compte de l'administration et rémunéré sur les crédits affectés au fonctionnement des services généraux.
7. En application des dispositions de l'article D. 432-1 du code de procédure pénale, la rémunération de ce travail ne pouvait être inférieure au taux horaire de 45 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance. Le taux minimum de rémunération horaire applicable à l'intéressé était ainsi de 4,45 euros pour 2018 et de 4,52 euros pour 2019. Il résulte de l'instruction que M. A a travaillé 365 heures en 2018 et 89 heures en 2019. Il y a lieu d'établir la rémunération brute de M. A en multipliant le nombre d'heures de travail de chacune des années concernées par le taux horaire de rémunération correspondant, soit 1 624,25 euros pour 2018 et 402,28 euros pour 2019, et un total de 2 026,53 euros pour l'ensemble de la période concernée.
8. La rémunération nette due à M. A s'établit en retranchant de ce montant brut les sommes correspondant à la CSG, à la CRDS et à la cotisation salariale à l'assurance vieillesse. Il résulte de l'instruction que les taux applicables sont, pour les deux années concernées, de 7,3 % pour la part salariale de l'assurance vieillesse, de 5,7 % s'appliquant à 98,25 % de la rémunération brute pour la CGS et de 0,5 % s'appliquant à cette même assiette pour la CRDS.
9. Dès lors, le montant des charges salariales s'établit pour l'ensemble de la période concernée à 271,39 euros et le montant de la rémunération nette que M. A aurait dû percevoir à 1 755,14 euros.
10. A la date d'introduction de sa requête, M. A avait perçu pour la période litigieuse une rémunération nette de 1 235,90 euros, soit une différence de 519,24 euros avec la somme mentionnée au point précédent, due par l'Etat au requérant.
11. Il résulte toutefois de l'instruction que l'Etat a versé au requérant, par virement du 17 octobre 2022, une somme de 517,98 euros au titre du reliquat de salaire litigieux. La requête a ainsi perdu son objet à hauteur de cette somme et il n'y a plus lieu d'y statuer.
12. Pour le surplus, il résulte de ce qui a été exposé au point 10 que M. A est seulement fondé à demander le versement d'une somme de 1,26 euros au titre de son reliquat de salaire pour les années 2018 et 2019.
Sur les intérêts :
13. En l'absence de précision quant au point de départ des intérêts demandés, M. A a droit aux intérêts au taux légal à compter de la date de notification du présent jugement.
14. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière Les intérêts mentionnés au point précédent n'étant pas, à la date du présent jugement, dus pour une année entière, la demande tendant à leur capitalisation est sans objet et doit, par suite, être rejetée.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes que M. A demande au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à M. A la somme de 1,26 euros (un euro et vingt-six centimes), augmentée des intérêts au taux légal à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Ciaudo.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Dobry, première conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
P. REES La greffière,
V. IMMELÉ
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026