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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206545

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206545

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206545
TypeDécision
RecoursInterprétation
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 octobre 2022 et le 9 janvier 2023, M. C D, représenté par Me Hentz, demande au Tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le président de la collectivité européenne d'Alsace confirmait son refus de procéder au renouvellement de son contrat de jeune majeur ;

3) d'enjoindre à la collectivité européenne d'Alsace de renouveler son contrat de jeune majeur ou subsidiairement de réexaminer sa situation personnelle dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de la collectivité européenne d'Alsace une somme de 1500 HT à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 .

5) en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle provisoire, de mettre à la charge de la collectivité européenne d'Alsace une somme de 1500 HT euros à lui verser au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision du président de la collectivité européenne d'Alsace est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 05 janvier 2023, la collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hentz, représentant M. D ;

- les observations de Mmes B et Megat, mandatées par la collectivité européenne d'Alsace.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 15 février 2004, de nationalité pakistanaise, est entré en France en 2009. Il a été placé à l'aide sociale à l'enfance en février 2020 et a été accueilli à l'EEP du château d'Angleterre. Le 15 février 2022, à sa majorité, le président de la collectivité européenne d'Alsace lui a accordé le bénéfice d'une prise en charge au titre du contrat jeune majeur insertion pour une première période de trois mois lui offrant ainsi la possibilité de poursuivre sa formation malgré ses difficultés scolaires. A l'issue de la prise en charge le requérant a demandé le renouvellement de son contrat jeune majeur ce que le président de la collectivité a refusé par décision du 23 juin 2022, décision confirmée le 21 septembre 2022 sur recours gracieux. M D demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président."

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article L 221-1 code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ; " Au termes de l'article L 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : [] 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. "

5. Il résulte de l'instruction que M. D touche une rémunération de 721,96 euros perçue dans le cadre d'un contrat d'apprentissage au sein du restaurant " La Potence " pour sa formation pratique et au sein du " Centre Européen De Formation et de Promotion Professionnelle Par Alternance Pour L'industrie Hôtelière " (CEFPA) pour sa formation théorique. Il n'est pas contesté que le requérant est assidu à cette formation et que cette rémunération est insuffisante pour qu'il puisse trouver un logement pérenne et que, ne disposant pas encore de titre de séjour, il ne peut bénéficier des aides sociales. De plus, depuis le 24 octobre 2022, date de l'ordonnance de référé du tribunal de céans, il résulte des écrits de la collectivité européenne d'Alsace que M. D a répondu positivement à toutes les sollicitations de la collectivité pour assurer son accompagnement. Dans ces conditions, alors que le requérant a été placé à l'aide sociale à l'enfance pendant sa minorité, qu'il est isolé sur le plan familial et qu'il dispose de ressources insuffisantes, au sens des dispositions de l'article L 222-5 du code de l'action sociale et des familles, tant qu'il ne sera pas titulaire d'un titre de séjour lui ouvrant droit aux aides sociales, la décision du président de la collectivité européenne d'Alsace du 21 septembre 2022, prise sur recours gracieux, est entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite elle est illégale et doit être annulée sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Au vu du moyen d'annulation, il est enjoint au président de la collectivité européenne d'Alsace d'accompagner M. D, jusqu'à la date d'obtention d'un titre de séjour lui ouvrant doit aux aides sociales ou jusqu'à ses 21 ans, dans le cadre d'un contrat jeune majeur dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. D a été admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Hentz, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la collectivité européenne d'Alsace le versement à Me Hentz de la somme de 1500 euros.

D E C I D E :

Article 1. La décision du 21 septembre 2022 du président de la collectivité européenne d'Alsace est annulée.

Article 2. Il est enjoint à la collectivité européenne d'Alsace d'accompagner M. D, jusqu'à la date d'obtention d'un titre de séjour lui ouvrant droit aux aides sociales ou jusqu'à ses 21 ans, dans le cadre d'un contrat jeune majeur dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3. La Collectivité Européenne d'Alsace versera à Me Hentz, avocat de M. D, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hentz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4. Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5. Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Hentz et à la collectivité européenne d'Alsace

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

Le magistrat désigné,

H. A La greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE

STRASBOURG

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