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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303110

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303110

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (2)
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la demande d'indemnisation de M. A, détenu, qui sollicitait 200 euros pour le préjudice moral résultant de deux fouilles corporelles intégrales. La première fouille (15 décembre 2021) était justifiée par un risque d'automutilation, et la seconde (9 juin 2022) par la suspicion de détention d'objets prohibés suite à une fouille de cellule. Le tribunal a jugé que ces fouilles étaient fondées sur les dispositions des articles L. 225-1 et suivants du code pénitentiaire et de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009, et qu'aucune faute de l'administration n'était établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, M. B A, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 200 euros en réparation du préjudice moral subi du fait des fouilles corporelles intégrales intervenues les 15 décembre 2021 et 9 juin 2022, augmentée des intérêts et de la capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que ces fouilles n'étaient pas justifiées, que son comportement ne soulève pas de difficultés particulières et qu'aucune suspicion sérieuse d'introduction d'objets interdits en détention ne pèse sur lui.

Le garde des Sceaux, ministre de la justice, n'a pas produit d'observations en dépit d'une mise en demeure adressée par le tribunal le 9 juillet 2024 dans les conditions des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 199 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme Merri pour statuer sur les litiges visés par cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 décembre 2024 :

- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;

- et les conclusions de M. Biget, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, incarcéré à la maison centrale d'Ensisheim, demande de condamner l'Etat à lui verser une somme de 200 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de deux fouilles corporelles intégrales effectuées les 15 décembre 2021 et 9 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire dans sa rédaction applicable du 25 mars 2019 au 1er mai 2022, et repris aux articles L. 225-1 et suivants du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Elles peuvent être réalisées de façon systématique lorsque les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire l'imposent. Dans ce cas, le chef d'établissement doit prendre une décision pour une durée maximale de trois mois renouvelable après un nouvel examen de la situation de la personne détenue. / Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles de personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire. / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. ".

3. Il résulte de l'instruction que les fouilles alléguées des 15 décembre 2021 et 9 juin 2022 étaient fondées, pour la première, sur une décision du 15 décembre 2021 de fouille individuelle motivée par le risque d'automutilation que présentait le requérant, et pour la seconde, sur une décision de fouille individuelle datée du 9 juin 2022 et faisant suite à la fouille de cellule de M. A, en raison de la suspicion de détention d'objets prohibés.

En ce qui concerne la fouille du 15 décembre 2021 :

4. Il résulte de l'instruction que cette fouille, dont l'existence n'est pas contestée par le ministre de la justice, était fondée sur le comportement de l'intéressé, et les antécédents d'automutilation pris en compte par l'administration pénitentiaire. La circonstance que les motifs d'incarcération de M. A ne justifiaient pas qu'il soit procédé à cette fouille intégrale est indifférente, dès lors que les antécédents d'automutilation et le risque de répétition ne sont pas contestés par le requérant.

5. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette fouille était fautive ni à en solliciter l'indemnisation.

En ce qui concerne la fouille du 9 juin 2022 :

6. M. A n'est pas fondé à se prévaloir de son comportement et de ses fréquentations, dès lors qu'il est établi que cette fouille, concomitante à la fouille de la cellule qu'il occupait, était justifiée par le comportement de l'intéressé, lequel a déclaré avoir enregistré le personnel pénitentiaire grâce à du matériel informatique en sa possession.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'indemnisation doivent être rejetées ainsi que, par conséquent, ses conclusions relatives aux frais irrépétibles.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des Sceaux, ministre de la justice, et à l'AARPI Thémis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La magistrate désignée,

D. MERRI

La greffière,

L. RIVALAN

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2303110

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