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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305054

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305054

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305054
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Sabatakakis, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans portant la mention " résident de longue durée UE " et de renouveler sa carte de séjour pluri annuelle portant la mention " salarié " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- celle-ci est présumée satisfaite dès lors que sa demande de renouvellement de titre de séjour a été refusée, et que le refus de carte de résident vaut également refus de renouvellement ;

- la carte de séjour qui lui a été délivrée ne l'autorise pas à travailler en qualité de salariée, alors qu'elle est titulaire d'un CDI en qualité de guide conférencière pour un salaire de 1 623 euros par mois.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision contestée est entachée du vice d'incompétence ;

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;

- elle n'est pas motivée malgré les demandes de communication des motifs effectuées le 23 mai 2023 et le 2 juin 2023 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de la demande d'avis adressé au maire de sa commune de résidence, en application des dispositions de l'article L. 413-7 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de délivrance d'une carte de résident méconnaît les dispositions des articles L. 433-7 , L. 426-17 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de délivrance de la carte de résident vaut refus de renouvellement de la carte pluriannuelle, en application de l'article R. 426-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, dès lors, entaché d'erreur de droit ;

- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors, d'une part, qu'elle n'avait pas été informée de la qualité de salariée de Mme B, qui s'est prévalue uniquement de son activité de micro entrepreneuse lors de sa demande de carte de résident, d'autre part qu'elle dispose d'un titre de séjour en qualité d'entrepreneuse correspondant à sa situation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le recours au fond enregistré sous le numéro 2304951.

Vu :

-

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dulmet pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2023, tenue en présence de Mme Soltani, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Dulmet, juge des référés ;

- les observations de Me Sabatakakis pour Mme B, présente à l'audience, qui reprend les moyens et conclusions développés dans la requête ; elle soutient en outre que la préfète du Bas-Rhin disposait, contrairement à ses affirmations, de tous les éléments utiles relatifs à sa situation professionnelle, et que le refus de renouvellement est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la procédure contradictoire prévues aux articles L. 432-2 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été respectée.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née en 1987, est entrée en France 2010 dans le cadre de ses études. Elle a obtenu en 2012 une première carte de séjour " salarié " renouvelée jusqu'en 2017. En 2018, le préfet du Bas-Rhin lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié ", valable du 27 décembre 2018 au 26 décembre 2022. Mme B expose avoir sollicité, le 31 octobre 2022, la délivrance d'une carte de résident à l'occasion du renouvellement de sa carte pluriannuelle de séjour. Elle s'est vu délivrer, le 20 mars 2023, une carte de séjour temporaire " entrepreneur/profession libérale " " exercice d'une activité non salariée " d'une durée d'un an. Mme B considère que la délivrance de ce titre de séjour révèle une décision implicite de refuser de lui attribuer la carte de résident et le renouvellement de la carte pluriannuelle sollicité. Elle demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision implicite.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 426-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 vaut demande de renouvellement du titre de séjour précédemment acquis. "

4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui bénéficiait jusqu'alors d'une carte de séjour multi-annuelle en qualité de salariée, a sollicité, le 23 novembre 2022, la délivrance d'une carte de résident de 10 ans en se prévalant de sa création d'entreprise et de son travail à son compte depuis 2018, et en produisant, au soutien de sa demande, des attestations fiscales en qualité de micro-entrepreneur. Considérant qu'elle avait changé de statut, la préfète du Bas-Rhin lui a délivré le 20 mars 2023 une carte de séjour temporaire en qualité d'entrepreneuse. Il ressort ainsi des pièces du dossier que Mme B dispose, à la date de saisine du juge des référés, d'un droit au séjour l'autorisant à travailler. Si la requérante fait valoir que le non renouvellement de sa carte de séjour multi annuelle en qualité de salariée la privera de la possibilité d'honorer son contrat. Il ressort cependant des pièces du dossier que le contrat en question est un contrat de portage salarial et que les revenus déclarés par Mme B au titre des années 2021 et 2022 sont des revenus résultant de son activité de micro entrepreneuse, et non des revenus salariaux, alors même que l'intéressée produit un CDI datant de 2018. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur " aurait une incidence notable sur les revenus de l'intéressée, ou sur sa situation administrative. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait urgence à suspendre l'exécution de la décision implicite dont la requérante. L'une des conditions prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme B, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2: La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Strasbourg, le 27 juillet 2023.

La juge des référés,

A. Dulmet

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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