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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305440

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305440

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305440
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantALEXANDRE - LÉVY - KAHN - BRAUN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, la commune de Wolfgantzen, représentée par Me Bloch, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner une mesure d'expertise en vue de déterminer l'étendue et les causes des désordres affectant le centre périscolaire de la commune, déterminer les responsabilités et chiffrer, le cas échéant, les travaux pour y remédier ;

2°) d'enjoindre à l'expert de déposer son rapport dans un délai imparti ;

3°) de prendre acte que la commune est disposée à prendre à sa charge les frais d'expertise ;

4°) mettre à la charge des défendeurs les frais et dépens.

Elle soutient qu'après réception des travaux du nouveau centre périscolaire, le 1er juin 2022, des désordres sont apparus sur les murs intérieurs du bâtiment.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, la Sarl Unipersonnelle A F Architecte, représentée par Me André :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés ;

2°) demande que soit mises en cause les sociétés Maaf, Cambtp, Mma Iard et Mma Iard assurances mutuelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2023, la société Qualiconsult, représentée par Me Raffin :

1°) déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, sous les protestations et réserves d'usage ;

2°) demande que les consignations sur les frais d'expertise soient mises à la charge de la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2023, les sociétés Mma Iard Sa et Mma Iard Assurances Mutuelles, représentées par Me Rivera, déclarent ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous toutes réserves quant à la responsabilité de leur assuré, la société Burger Bernard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, la Sarl Mck Plâtrerie, représentée par Me Rivera, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la Caisse d'assurance mutuelle du bâtiment et des travaux publics, représentée par Me Hager, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la société Bilz Couverture, représentée par Me Hager, déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la société Arkedia, représentée par Me Hager :

1°) déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés ;

2°) sollicite la mise en cause de M. B D, exploitant sous l'enseigne " Excellence façades ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la Sa Maaf Assurances, représentée par Me Gsell :

1°) déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés ;

2°) demande que les consignations sur les frais d'expertise soient mises à la charge de la Commune de Wolfgantzen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, la Sas Jose Neves, représentée par Me Gerard :

1°) déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens réservés ;

2°) demande la mise en cause de la SA MAAF Assurances.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Wolfgantzen a fait construire un centre périscolaire sur le ban de la commune, dont les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 1er juin 2022. Quelques mois après la réception des travaux, la commune aurait constaté des fissures sur les murs intérieurs du bâtiment. Une première expertise en présence de la commune et de M. F, le maître d'œuvre des travaux, aurait été réalisée, révélant divers dommages affectant le centre périscolaire. C'est dans ces conditions que la commune de Wolfgantzen demande à la juge des référés de désigner un expert aux fins de déterminer l'étendue et les causes des désordres, déterminer les responsabilités et, le cas échéant, chiffrer le coût des travaux pour y remédier.

Sur la mesure d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Il ne résulte pas de l'instruction que la première expertise réalisée aurait été faite au contradictoire de l'ensemble des parties susceptibles d'intervenir en cas de litige au fond. La mesure d'expertise demandée par la commune de Wolfgantzen présente donc un caractère d'utilité et, par suite, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les demandes de mise en cause :

4. Le juge des référés peut être saisi de conclusions tendant à ce que l'expertise qu'il lui est demandé de prescrire soit réalisée au contradictoire de toute partie dont la participation est susceptible d'être utile, dès lors que le litige relève au moins partiellement de la juridiction administrative.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Arkedia a conclu un contrat de sous-traitance avec la société " Excellence Façades ", concernant les travaux d'isolation thermique par l'extérieur des façades du centre périscolaire. Par conséquent, sa participation aux opérations d'expertise s'avère utile et il y a lieu de faire droit à la demande de la société Arkedia tendant à la mise en cause de la société " Excellence Façades ", prise en la personne de son représentant légal, M. D.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que la Sas Jose Neves était assurée auprès de la Maaf durant la période d'exécution des travaux, tout comme la société Bet Dmi Structure était assurée après de la Cambtp et la société Burger par la Mma Iard et Mma Iard assurances mutuelles, qui a produit un mémoire en défense à la présente instance. Par conséquent, leur participation aux opérations d'expertise est utile et il y a lieu de faire droit aux demandes de la société A F Architecte et de la Sas Jose Neves.

Sur les conclusions tendant à enjoindre à l'expert de produire un rapport dans un délai imparti :

7. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert de produire son rapport dans un délai imparti. Il en résulte que les conclusions de la requérante tendant à ce que l'expert dresse son rapport et l'adresse dans un délai de trois mois sont dépourvues de fondement juridique et doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives à la consignation des frais d'expertise :

8. L'expertise demandée par la commune de Wolfgantzen sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative n'est pas soumise à la procédure de consignation préalable d'une provision prévue par l'article 269 du code de procédure civile. Ainsi, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés, dans le cadre de la présente instance, de déterminer une telle provision, les conclusions présentées à cette fin par la société Qualiconsult et la Sa Maaf Assurances doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives à la prise en charge des frais d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans les cas mentionnés au premier alinéa, il peut être fait application des dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-12-1 ".

10. Les demandes de la commune et tendant à ce que les frais d'expertise soient mis à sa charge sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des défendeurs les sommes que réclament la requérante, la commune de Wolfgantzen, au titre des frais exposés et non-compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1 : Mme E C, architecte, exerçant au 1 rue de la Division Leclerc, à Strasbourg (67), est désignée en qualité d'experte. Elle aura pour mission :

1° d'informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° de se rendre sur les lieux, entendre les parties et retracer les faits connus de la conclusion du contrat à l'apparition des malfaçons et/ou désordres. Détailler la chronologie des faits. Se faire communiquer tous documents utiles ;

3° de décrire avec précision les malfaçons et/ou désordres affectant le centre périscolaire situé sur la commune de Wolfgantzen ;

4° de dire si les malfaçons et/ou désordres constatés :

- affectent des éléments d'équipement, dissociables ou non, de l'ouvrage, ou le gros œuvre ;

- sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, ou s'ils sont susceptibles de le faire dans un délai prévisible, dans l'hypothèse où l'évolution des désordres en cause, qui n'auraient pas encore manifesté toute leur ampleur, apparaitrait inéluctable.

5° de donner un avis motivé sur chaque cause/origine des malfaçons et/ou désordres dont s'agit, puis sur la part incombant à chaque partie, en précisant si elle est imputable aux travaux de réfection, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution, ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ; fournir tous éléments de fait et techniques sur les éventuelles responsabilités encourues ;

6° de préciser les liens contractuels unissant les parties, rassembler les documents contractuels du marché, dire si les malfaçons et/ou désordres constatés résultent de/ou sont constitutifs d'une non-conformité aux clauses contractuelles ;

7° de déterminer si, compte-tenu des circonstances de l'espèce, des données techniques disponibles et de ses compétences propres, chaque partie a accompli les tâches et diligences qui lui étaient dévolues, conformément aux règles de l'art ;

8° d'indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des personnels ou des usagers ;

9° d'estimer le coût des travaux de reprise des désordres/malfaçons, incluant si nécessaire les frais de maîtrise d'œuvre, en recueillant le cas échéant les propositions des parties ; préciser la plus-value éventuelle apportée à l'ouvrage par ces travaux ;

10° d'annexer au rapport les photographies des constatations et tout schéma utile ;

11° d'une façon générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 2 : Les sociétés " Excellence Façades ", Maaf, Cambtp, Mma Iard et Mma Iard assurances mutuels sont mises à la cause.

Article 3 : L'experte accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Elle pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, elle vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Elle pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 5 : Les frais et honoraires dus à l'experte seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'experte peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 6 : L'experte pourra, si elle l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 7 : À tout moment au cours de sa mission, l'experte pourra proposer au juge des référés une médiation entre les parties.

Article 8 : L'experte déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 31 août 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Elle en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle elle joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Wolfgantzen, M. B D, Mma Iard assurances mutuelles, Mma Iard, Cambtp, Maaf assurance Sa, Sarl Menuiserie Spindler, Sarl Mck Plâtrerie, Sas Arkedia, Sarl Burger Bernard, Sarl Bilz Couverture, Sas Jose Neves, Qualiconsult, Bet Structure, Dmi Structure, M. A F, et à Mme E C, experte.

Fait à Strasbourg, le 2 février 2024.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305440

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