Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 août 2023, le 16 mai 2025 et le 13 juin 2025, la commune de Haguenau, représentée par Me Zimmerer, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la société Generali IARD à lui verser la somme de 144 516 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts au double du taux légal à compter du 12 novembre 2021, ou, à défaut, au taux légal à compter du 11 août 2023 ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement, ou à défaut in solidum, les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Socotec à lui verser la somme de 40 854 euros TTC d’une part, et les sociétés Ixo Architecture, Schindler et Socotec à lui verser la somme de 92 663 euros TTC d’autre part, et d’assortir ces sommes des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner la société Ixo Architecture à lui verser la somme de 29 957 euros TTC, la société Demathieu Bard à lui verser la somme de 12 256 euros TTC, la société Riess à lui verser la somme de 4 085 euros TTC, la société Schindler à lui verser la somme de 73 867 euros TTC et la société Socotec à lui verser la somme de 13 352 euros TTC ;
4°) de condamner la société Generali IARD à lui verser la somme de 11 000 euros au titre des frais d’expertise judiciaire, ou, subsidiairement, de condamner les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Socotec à lui verser une somme de 3 300 euros à ce titre et les sociétés Ixo Architecture, Schindler et Socotec à lui verser les 7 700 euros restants, plus subsidiairement encore, de condamner la société Ixo Architecture à lui verser 23% de cette somme, la société Demathieu Bard 9 %, la société Riess 3 %, la société Socotec 10 % et la société Schindler 55 % ;
5°) de mettre à la charge de la société Generali IARD la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, subsidiairement, de mettre la somme de 2 000 euros à la charge des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Socotec et la somme de 3 000 euros à la charge des sociétés Ixo Architecture, Schindler et Socotec à ce titre, ou, à défaut, de mettre à la charge de ces cinq dernières sociétés la somme de 1 000 euros chacune au même titre.
Elle soutient que :
- l’intervention de la société Generali Vie est irrecevable, en l’absence de tout intérêt de sa part à intervenir dans le litige ;
- le parc de stationnement en silo de la « halle aux houblons » est affecté de désordres, qui tiennent à la corrosion des cornières supports des paliers de l’ascenseur (désordre n° 1) et à des dysfonctionnements électriques de cet ascenseur (désordre n° 2) ;
- la société Generali IARD, auprès de laquelle elle a souscrit un contrat d’assurance dommages-ouvrage, ne lui a pas notifié de décision dans le délai de soixante jours qui lui était imparti à compter de la réception de la déclaration de sinistre du 10 novembre 2021 ; la garantie réclamée lui est donc due, en application des dispositions de l’article L. 242-1 du code des assurances ;
- en tout état de cause, les désordres en litige, qui présentent un caractère décennal, dès lors qu’ils portent atteinte à la solidité de l’ouvrage et le rendent impropre à sa destination, relèvent de la garantie souscrite auprès de la société Generali IARD ;
- le montant des travaux de reprise se chiffre à 133 516 euros ;
- les frais d’expertise se chiffrent à 11 000 euros ;
- subsidiairement, la responsabilité décennale des sociétés Ixo Architecture, mandataire du groupement de maîtrise d’œuvre, Demathieu Bard, titulaire du lot n° 4 « gros œuvre », Riess, titulaire du lot n° 11 « passerelles – structures métalliques », Schindler, titulaire du lot n° 15 « ascenseur », et Socotec, contrôleur technique, doit être engagée ;
- les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Socotec doivent être condamnées solidairement, ou à défaut in solidum, à lui verser la somme de 40 854 euros TTC au titre de la réparation du désordre n° 1 ;
- les sociétés Ixo Architecture, Schindler et Socotec doivent être condamnées solidairement, ou à défaut in solidum, à lui verser la somme de 92 363 euros TTC au titre de la réparation du désordre n° 2.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2025, la société anonyme (SA) Generali IARD, représentée par Me Zanati, conclut :
1°) à ce que les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Socotec soient condamnées solidairement, ou à défaut in solidum, à lui verser la somme de 128 220,66 euros ;
2°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de ces mêmes sociétés sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle justifie d’une subrogation légale dans les droits de la commune de Haguenau, son assurée, sur le fondement des dispositions de l’article L. 121-12 du code des assurances ;
- les désordres affectant le parc de stationnement de la « halle aux houblons » revêtent un caractère décennal, dès lors qu’ils portent atteinte à la solidité de l’ouvrage et le rendent impropre à sa destination ;
- la responsabilité décennale des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec, auxquelles les désordres sont imputables, doit être engagée ;
- ces sociétés doivent être condamnées à lui verser, solidairement ou à défaut in solidum, la somme totale de 128 220,66 euros, correspondant aux sommes qu’elle a versées à la commune de Haguenau au titre de la garantie dommages-ouvrage.
Par des mémoires en défense enregistrés le 4 octobre 2023 et les 14 et 26 mai 2025, la société à responsabilité limitée (SARL) Ixo Architecture, représentée par Me André, conclut, dans l’état récapitulé de ses écritures :
1°) au rejet de la requête et des conclusions présentées à son encontre ;
2°) à ce que les sociétés Demathieu Bard, Riess et Socotec d’une part, et les sociétés Schindler et Socotec d’autre part, soient condamnées solidairement ou in solidum à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre du désordre n° 1 pour les premières, et au titre du désordre n° 2 pour les secondes, et que l’ensemble de ces sociétés soit condamné solidairement ou in solidum à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre en ce qui concerne les frais d’expertise ;
3°) à ce que la commune de Haguenau et tout demandeur ou appelant en garantie soit condamné aux dépens ;
4°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Haguenau, ou, subsidiairement, des sociétés Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec, solidairement ou in solidum, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société Generali Vie n’est pas concernée par la procédure ;
- les conclusions présentées par la société Generali IARD sont irrecevables, en l’absence de subrogation dans les droits de la commune de Haguenau avant l’expiration du délai de garantie décennale ;
- les désordres résultent d’une cause qui lui est étrangère, à savoir la faute du maître d’ouvrage, qui a, d’une part, utilisé pendant des années des produits extrêmement corrosifs pour entretenir l’ouvrage, contenant notamment du sel, et, d’autre part, n’a pas procédé à la réfection de la couche de peinture anti-corrosion de façon régulière ;
- ils ne lui sont pas imputables ;
- elle n’est pas à l’origine des désordres, dès lors qu’au sein du groupement de maîtrise d’œuvre, seul le BET ICAT était chargé de l’élaboration des plans et de la rédaction des documents contractuels des différents lots, notamment des cahiers des clauses techniques particulières (CCTP) correspondants ;
- dans l’hypothèse où elle se verrait condamnée, il conviendrait de limiter le montant de sa condamnation à 16 467 euros TTC pour le désordre n° 1 et à 8 450 euros TTC pour le désordre n° 2 ;
- il convient de déduire du montant des condamnations la somme de 123 587,20 euros TTC, dès lors que la société Generali IARD a été condamnée par le juge des référés provision à verser ce montant à la commune ;
- les sociétés Demathieu Bard, qui a aggravé les pentes et contre-pentes dirigées vers l’ascenseur et ne l’a pas conseillée à ce sujet, Riess, qui n’a pas mis en place de cornière support de palier en acier galvanisé et ne l’a pas conseillée à ce titre, Schindler, qui n’a pas respecté les pièces du marché ni les normes en vigueur et a réalisé du « bricolage », et Socotec, qui n’a pas suffisamment contrôlé les pièces ni surveillé le chantier, doivent être condamnées à la garantir intégralement de toute condamnation prononcée à son encontre ;
- l’appel en garantie présenté par la société Generali Vie est prescrit.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2025, la société anonyme (SA) Schindler, représentée par Me Sevino, conclut :
1°) au rejet de la requête et des conclusions présentées à son encontre ;
2°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Haguenau et des sociétés Generali IARD et Ixo Architecture, solidairement ou in solidum, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l’ensemble des moyens présentés par la société Generali IARD à son encontre n’est pas assorti des précisions nécessaires qui permettraient d’en apprécier le bien-fondé ;
- il ne saurait lui être reproché d’avoir respecté les pièces du marché, qui prescrivaient la pose d’une porte avec un indice de protection IP 51 ; l’installation de l’ascenseur devait se trouver intégrée dans une gaine extérieure close qui devait en garantir l’étanchéité ;
- les dysfonctionnements de l’ascenseur résultent des infiltrations d’eaux pluviales entre les paliers et la cage d’ascenseur :
- elle n’est pas responsable du désordre ;
- les éléments retenus par l’expert ne sont pas assez précis pour justifier d’une quelconque malfaçon dont elle serait à l’origine.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2025, les sociétés par actions simplifiées (SAS) Demathieu Bard Construction et Riess, représentées par Me Deleau, concluent :
1°) au rejet de la requête et des conclusions présentées à leur encontre ;
2°) à ce que les sociétés Socotec Construction et Ixo Architecture soient condamnées in solidum à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Haguenau en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la corrosion résulte d’une cause qui leur est étrangère, à savoir la faute du maître d’ouvrage, qui a, d’une part, utilisé des produits de nettoyage et de salage corrosifs, qui sont venus agresser les éléments métalliques inoxydables de la structure de l’ascenseur, et, d’autre part, n’a pas correctement entretenu les peintures de ces éléments métalliques ;
- ce désordre ne leur est pas imputable ;
- alors que le devoir de conseil qui pèse sur l’entrepreneur est strictement limité à l’objet de la mission qui lui a été confiée, la société Demathieu Bard ne s’est vue confier aucune mission relative à la conception de l’ouvrage et n’est pas responsable de la mauvaise conception des pentes ;
- aucune prestation de galvanisation à chaud des éléments de structure métallique n’était prévue dans le lot confié à la société Riess ;
- le montant de 40 854 euros TTC retenu pour la réfection du désordre n° 1 est excessif dès lors que ces travaux comprennent des prestations qui apportent à l’ouvrage une plus-value ;
- les sociétés Ixo Architecture, responsable d’un défaut de conception, et Socotec, qui n’a pas attiré l’attention du maître d’ouvrage sur le risque induit par l’absence de pente des ouvrages, doivent être condamnées à les garantir intégralement des condamnations prononcées à leur encontre.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2025, les sociétés Socotec Construction et Axa France IARD, représentées par Me Menguy, concluent :
1°) au rejet de la requête et des conclusions présentées à l’encontre de la société Socotec ;
2°) subsidiairement, à ce que les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Schindler soit condamnées à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Haguenau ou de toute partie succombante en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et à ce que ces dernières soient condamnées aux dépens.
Elles font valoir que :
- les désordres ne revêtent pas de caractère décennal, dès lors qu’il n’est pas prouvé que le parking ne pourrait pas être normalement utilisé ;
- ils ne sont pas imputables à la société Socotec ;
- cette dernière n’est pas responsable de leur survenance ;
- l’appel en garantie présenté par la société Generali Vie est prescrit ;
- les sociétés Ixo Architecture, mandataire du groupement de maître d’œuvre, Demathieu Bard, responsable d’un défaut de conseil et d’un défaut d’exécution en ce qui concerne les pentes et contre-pentes, Riess et Schindler doivent être condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Par une intervention, enregistrée le 24 octobre 2023, la société Generali Vie, représentée par Me Zanati, demande :
1°) à titre principal, que le tribunal rejette la requête ;
2°) à titre subsidiaire, que les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Socotec d’une part, et les sociétés Ixo Architecture, Schindler et Socotec d’autre part, soient condamnées solidairement, ou à défaut in solidum, à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre du désordre n° 1 pour les premières, et au titre du désordre n° 2 pour les secondes, et que l’ensemble de ces sociétés soit condamné solidairement, ou à défaut in solidum, à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre en ce qui concerne les frais d’expertise ;
3°) que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Haguenau en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l’action de la commune de Haguenau à l’encontre de son assureur est présentée devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
- la requête est irrecevable car mal dirigée ;
- l’action de la commune à l’encontre de son assureur est prescrite, en vertu de l’article 2.2.1 des conditions générales du contrat d’assurance ;
- les sociétés Ixo Architecture, qui a mal conçu les conditions d’évacuation des eaux de ruissellement et prescrit une protection insuffisante de la cornière corrodée, Demathieu Bard, du fait d’un défaut de conseil de sa part sur l’absence de pentes et de contre-pentes et d’un défaut d’exécution dans la mise en œuvre de ces pentes et contre-pentes, Riess, qui n’a pas mis en place de cornière en acier galvanisé ni tenu compte de l’environnement de l’ascenseur agressif et soumis aux intempéries, et Socotec, qui a mal contrôlé les plans et n’a pas fait de remarque sur les défauts de conception dans son rapport final, doivent être condamnées à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
La clôture de l’instruction a été fixée au 10 juillet 2025, par une ordonnance du même jour, en application des dispositions combinées des articles L. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- l’ordonnance n° 2305773 du 28 décembre 2023 du juge des référés provision du tribunal administratif de Strasbourg ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Poittevin ;
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique ;
- les observations de Me Zimmerer, avocate de la commune de Haguenau ;
- les observations de Me Papin, avocate des sociétés Demathieu Bard et Riess ;
- les observations de Me Buhaj, substituant Me Sevino, avocat de la société Schindler ;
- les observations de Me Margossian, substituant Me Zanetti, avocate de la société Generali IARD ;
- et les observations de Me Menguy, avocate des sociétés Socotec et Axa France IARD.
La société Ixo Architecture n’était pas représentée.
Considérant ce qui suit :
Par un acte d’engagement du 23 mai 2005, la commune de Haguenau a confié la maîtrise d’œuvre d’une opération de construction d’un parc de stationnement en silo comprenant 270 places, dans le secteur « Barberousse », à un groupement dont le mandataire était la société d’architecture Ixo. Le lot n° 4 « gros œuvre » du marché public de travaux a été confié à la société Demathieu Bard, le lot n° 11 « passerelles – structures métalliques » à la société Riess et le lot n° 15 « ascenseur » à la société Schindler. La société Socotec était le contrôleur technique de l’opération. La réception a été prononcée avec effet le 25 septembre 2007. A compter de 2010, ont été constatés, d’une part, la corrosion de la cornière et de l’ossature métallique de l’ascenseur, et d’autre part, de nombreux dysfonctionnements de cet ascenseur. La commune de Haguenau a déclaré ces désordres auprès de son assureur, la société Generali IARD, en 2013, puis à nouveau le 31 août 2017. Par un courrier du 27 octobre 2017, la société Generali IARD a refusé de garantir ces désordres. A la demande de la commune de Haguenau, le juge des référés du tribunal a ordonné une expertise par une ordonnance n° 1704336 du 24 novembre 2017. L’expert a déposé son rapport le 21 septembre 2021. Par la présente requête, la commune de Haguenau demande au tribunal, à titre principal, la condamnation de la société Generali IARD à lui verser la somme de 144 516 euros TTC sur le fondement du contrat d’assurance dommages-ouvrage qui les lie, ou, à titre subsidiaire, la condamnation des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Schindler à lui verser la somme totale de 133 517 euros TTC (40 854 + 92 663) sur le fondement de leur responsabilité décennale.
Sur l’intervention de la société Generali Vie :
Le mémoire de la société Generali Vie, qui n’était pas mise en cause par la commune de Haguenau, ne peut s’analyser que comme un mémoire en intervention au sens de l’article R. 631-2 du code de justice administrative.
Est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d’un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l’objet du litige. S’agissant, comme en l’espèce, d’un litige indemnitaire, l’intervention n’est recevable que si l’issue du contentieux indemnitaire lèse de façon suffisamment directe les intérêts de l’intervenant.
La société Generali Vie est, comme elle le soutient elle-même, étrangère au contrat conclu entre la commune de Haguenau et la société Generali IARD. Elle ne justifie pas que l’issue du litige lèserait de façon suffisamment directe ses propres intérêts. Dans ces conditions, la société Generali Vie ne justifie pas d’un intérêt suffisant à intervenir dans la présente instance. Par suite, et ainsi que le fait valoir la commune de Haguenau, son intervention est irrecevable.
Sur les conclusions de la commune de Haguenau fondées sur le contrat d’assurance :
Aux termes des dispositions de l’article L. 242-1 du code des assurances : « « Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l’ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l’ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l’ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs, une assurance garantissant, en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l’article 1792-1, les fabricants et importateurs ou le contrôleur technique sur le fondement de l’article 1792 du code civil. (…) L’assureur a un délai maximal de soixante jours, courant à compter de la réception de la déclaration du sinistre, pour notifier à l’assuré sa décision quant au principe de la mise en jeu des garanties prévues au contrat. (…) Lorsque l’assureur ne respecte pas l’un des délais prévus aux deux alinéas ci-dessus ou propose une offre d’indemnité manifestement insuffisante, l’assuré peut, après l’avoir notifié à l’assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée par l'assureur est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal. (…) ». Aux termes de l’article 15.3.1 des conditions générales du contrat : « Lorsque l’Assureur ne respecte pas l’un des délais prévus aux paragraphes 15.1.1 et 15.2.1 ci-dessus ou propose une offre d’indemnité manifestement insuffisante, l’Assuré peut, après l’avoir notifié à l’Assureur par écrit, soit contre récépissé, soit par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L’indemnité versée par l’Assureur est alors majorée de plein droit d’un intérêt égal au double du taux de l’intérêt légal. (…) ».
En ce qui concerne la garantie dommages-ouvrage :
Aux termes de l’article 13.1 des conditions générales du contrat : « (…) La déclaration de sinistre est réputée constituée dès qu’elle comporte au moins les renseignements suivants : (…) - la date d’apparition des dommages ainsi que leur description et localisation. (…) »
D’une part, la commune de Haguenau soutient que la société Generali IARD n’a pas donné suite à sa déclaration de sinistre du 10 novembre 2021, de sorte qu’en application des dispositions précitées, elle est fondée à obtenir l’indemnité sollicitée. Il résulte toutefois de l'instruction que le courrier du 10 novembre 2021, qui a fait suite au dépôt du rapport d’expertise judiciaire du 21 septembre 2021, consiste dans une demande de préfinancement des désordres ayant fait l’objet de l’expertise. Or, ces désordres avaient déjà fait l’objet, le 31 août 2017, d’une déclaration de sinistre, pour laquelle la société Generali IARD avait refusé sa garantie dans les délais prescrits. Le courrier du 10 novembre 2021, qui ne signale aucun nouveau désordre, mais se limite à demander une indemnisation pour les désordres déjà signalés en 2017, ne peut dès lors être regardé comme une déclaration de sinistre. Par suite, la commune n’est pas fondée à se prévaloir de l’absence de réponse de son assureur à ce courrier pour soutenir que la garantie lui serait acquise.
D’autre part, il n’est pas contesté par la société Generali IARD que les désordres dont la commune de Haguenau demande l’indemnisation sont, comme le soutient cette dernière, couverts par le contrat d’assurance qui les lie. Le montant demandé à ce titre par la commune, laquelle reprend le chiffrage de 133 516 euros TTC retenu par l’expert, n’est pas davantage remis en cause par l’assureur. En revanche, la commune de Haguenau n’apporte aucune explication sur l’écart de 11 000 euros qui sépare le chiffrage des réparations dont elle se prévaut et la somme de 144 516 euros qu’elle mentionne dans ses conclusions. Dans ces conditions, elle est seulement fondée à demander la condamnation de la société Generali IARD à lui verser la somme de 133 516 euros TTC sur le fondement du contrat d’assurance.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
Dès lors que, compte tenu de ce qui a été exposé au point 7, l’assureur n’a méconnu aucun délai, la commune de Haguenau n’est pas fondée à demander qu’en application des dispositions précitées de l’article L. 242-1 du code des assurances, la somme indiquée au point 8 soit assortie d’intérêts égaux au double du taux de l’intérêt légal. En revanche, et dès lors que cette date n’est pas antérieure à celle du 31 octobre 2017, où elle a reçu la décision de refus de garantie de la société Generali IARD, la commune est fondée à demander que les intérêts au taux légal sur la somme qui lui est due courent à compter du 12 novembre 2021.
Toutefois, il résulte de l’instruction que, le 26 juin 2024, la société Generali IARD a versé à la commune de Haguenau, en exécution de l’ordonnance n° 2305773 du 28 décembre 2023 du juge des référés provision, la somme de 128 780,66 euros, correspondant à la provision de 123 587,20 euros et aux intérêts de retard ordonnés par ce juge sur cette somme. Ce paiement ayant, dans cette mesure, éteint sa créance, en principal comme en intérêts, la commune est seulement fondée à réclamer les intérêts de retard sur la somme de 9 928,80 euros (133 516 - 123 587,20), lesquels courent depuis le 12 novembre 2021.
En second lieu, l’article 1343-2 du code civil dispose que « Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l’a prévu ou si une décision de justice le précise ». La capitalisation des intérêts a été demandée le 11 août 2023, date d’introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date, à laquelle il était dû au moins une année d’intérêts, dans la mesure indiquée au point précédent.
Sur les conclusions incidentes présentées par la société Generali IARD, fondées sur la responsabilité décennale des constructeurs :
La société Generali IARD, qui se prévaut d’une subrogation légale dans les droits de la commune de Haguenau sur le fondement de l’article L. 121-12 du code des assurances, demande la condamnation solidaire, ou à défaut in solidum, des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec à lui verser la somme totale de 128 220,66 euros sur le fondement de leur responsabilité décennale.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de l’absence de subrogation :
Aux termes de l’article L. 121-12 du code des assurances : « Sans préjudice du deuxième alinéa de l’article L. 121-2, l’assureur qui a payé l’indemnité d’assurance est subrogé, jusqu’à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l’assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l’assureur. (…) ». Il appartient à l’assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions de justifier par tout moyen du paiement d’une indemnité à son assuré, au plus tard à la date de clôture de l’instruction. La circonstance qu’une telle indemnité n’a été accordée qu’à titre provisionnel n’est pas, par elle-même, de nature à faire obstacle à la subrogation.
Ainsi qu’il a été dit au point 10, la société Generali IARD a versé à la commune de Haguenau une indemnité d’assurance d’un montant de 123 587,20 euros. Dans cette mesure, elle est légalement subrogée dans les droits de la commune de Haguenau. Par suite, les conclusions présentées par la société Generali IARD contre les constructeurs sont recevables et la fin de non-recevoir opposée par la société Ixo Architecture ne peut qu’être écartée.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d’épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l’ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité.
Il est constant qu’à compter de l’année 2010, un défaut d’évacuation des eaux de ruissellement a été constaté au niveau de l’ascenseur de l’ouvrage, entraînant, d’une part, un phénomène important de corrosion sur l’ossature métallique soutenant les paliers au niveau des portes de cet ascenseur (désordre n° 1), et, d’autre part, des dysfonctionnements récurrents de l’ascenseur, dont les équipements électriques et électroniques se sont trouvés en contact avec l’eau (désordre n° 2). Ces désordres, qui sont de nature à causer une gêne anormale dans l’utilisation de l’ouvrage, lequel a notamment vocation à véhiculer des personnes à mobilité réduite, sont de nature à le rendre impropre à sa destination. En outre, il résulte du rapport d’expertise, qui précise que la corrosion de la structure métallique continuera jusqu’à la rupture du support métallique et l’affaissement des paliers, que le désordre n° 2 menace la solidité de l’ouvrage. Dans ces conditions, les désordres revêtent un caractère décennal.
En ce qui concerne l’imputabilité des désordres :
Il résulte de l’instruction que les sociétés Ixo Architecture, mandataire du groupement solidaire de maîtrise d’œuvre, Demathieu Bard, titulaire du lot n° 4 « gros œuvre », Riess, titulaire du lot n° 11 « passerelles – structures métalliques », Schindler, titulaire du lot n° 15 « ascenseur » et Socotec, contrôleur technique, ont toutes participé à la construction de l’ouvrage affecté des désordres. La circonstance qu’elles n’auraient pas commis de faute n’est pas de nature à les exonérer en tout ou partie de leur responsabilité décennale. Par suite, les désordres doivent être regardés comme leur étant imputables.
En ce qui concerne la faute du maître d’ouvrage :
Les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard et Riess font valoir, d’une part, que seule l’utilisation par le maître d’ouvrage de produits de nettoyage agressifs ou de sel de déneigement pour entretenir le parc de stationnement a pu avoir pour effet de corroder les éléments métalliques inoxydables de l’ascenseur et de sa structure, et, d’autre part, qu’il appartenait à la commune de renouveler le traitement antirouille de la cornière corrodée.
En premier lieu, alors que l’expert a écarté cette hypothèse comme étant « insuffisamment fondée et totalement gratuite », les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard et Riess n’apportent aucune précision sur la nature des « produits de nettoyage agressifs » qu’ils évoquent, ni sur leurs effets. Par ailleurs, il ne résulte pas de l’instruction que la commune, qui a fait usage de sel de déneigement pendant les trois premières années suivant la prise de possession du parc de stationnement, était à même de savoir qu’un tel produit ne devait pas y être utilisé. Dans ces conditions, le caractère fautif de l’utilisation, par la commune, des produits de nettoyage et de déneigement mis en œuvre, n’est pas établi.
En second lieu, il résulte de l’instruction, notamment du rapport d’expertise, que le renouvellement de la peinture antirouille n’aurait pas empêché, ni même ralenti le phénomène de corrosion de la cornière. Il suit de là que les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard et Riess ne sont pas fondées à soutenir que l’abstention de la commune de Haguenau à procéder à ce renouvellement est de nature à les exonérer de leur responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices et leur réparation :
S’agissant de la garantie d’un montant de 1 440 euros pour des infiltrations au niveau de la place de stationnement n° 221 :
La société Generali IARD demande l’indemnisation d’une somme de 1 440 euros au titre de l’indemnisation d’infiltrations d’eau au niveau de la place de stationnement n° 221. Toutefois, il n’est pas établi, ni même allégué que ce désordre, qui est dépourvu de tout lien avec ceux qu’évoque la société Generali IARD dans ses écritures, revêtirait un caractère décennal. Par suite, il n’y a pas lieu de faire entrer la somme afférente dans le coût des réparations des désordres.
S’agissant des intérêts au taux légal versés en exécution de l’ordonnance de référé du 28 décembre 2023 :
La société Generali IARD demande l’indemnisation de la somme de 3 193,46 euros au titre des intérêts au taux légal qu’elle a été condamnée à verser en exécution de l’ordonnance du juge des référés provision du 28 décembre 2023. Toutefois, dès lors que ces intérêts découlent exclusivement de son propre retard à activer sa garantie, la réparation de ce préjudice, qui est dépourvu de tout lien direct avec les désordres, ne saurait être mise à la charge des constructeurs.
S’agissant des travaux de reprise des désordres :
Il résulte de l’instruction que l’expert a chiffré le montant total des travaux de reprise des deux désordres à 133 516 euros TTC, comprenant, d’une part, 32 934 euros de remplacement des éléments corrodés et 8 400 euros de reprise de la peinture de l’ossature métallique, et, d’autre part, 74 184 euros de travaux de réparation de l’ascenseur et 1 920 euros de travaux d’installation de grilles de ventilation sur la cage de cet ascenseur, ainsi que des frais annexes d’un montant de 16 078 euros, comprenant les frais de maîtrise d’œuvre, une enveloppe couvrant les imprévus et aléas, la rémunération du bureau de contrôle et la coordination SPS.
Quant au désordre n° 1 :
Il résulte de l’instruction que la corrosion des éléments métalliques des portes, de la gaine de l’ascenseur, des garde-corps et de la cornière rend nécessaire leur remise en état, chiffrée à la somme totale de 41 334 euros TTC par l’expert (32 934 + 8 400).
En premier lieu, comme le soutiennent les sociétés Demathieu Bard et Riess, la mise en place d’un caniveau entre les paliers et la cage d’ascenseur, inscrite dans le devis de 32 934 euros retenu par l’expert, n’était pas prévue par le marché et constitue une amélioration par rapport à l’ouvrage initial. Ces travaux, chiffrés à 5 280 euros TTC, ne peuvent être mis à la charge des constructeurs et doivent rester à celle du maître d’ouvrage.
En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que le devis sur lequel s’est appuyé l’expert prévoit le remplacement d’un poteau de structure métallique et de ses platines en acier galvanisé, pour un montant de 9 600 euros. Or, ainsi que le font valoir les sociétés Demathieu Bard et Riess, les stipulations du marché ne prévoyaient pas la galvanisation de ces éléments. Dans ces conditions, et dès lors que l’allégation selon laquelle cette amélioration peut être estimée à 15 % du montant des travaux n’est pas sérieusement contestée et n’apparaît pas déraisonnable en l’état de l’instruction, il sera fait une juste appréciation de la plus-value à déduire du montant des travaux de reprise à la charge des constructeurs en la fixant à la somme de 1 440 euros (15 % de 9 600 euros).
En dernier lieu, les sociétés Demathieu Bard et Riess ne sont pas fondées à soutenir que le coût du traitement antirouille des garde-corps devrait être écarté du montant de ces travaux de reprise, dès lors que, eu égard à ce qui a été dit au point 20, la faute alléguée du maître d’ouvrage à cet égard n’est pas établie. Par ailleurs, si elles font valoir qu’il appartenait à la commune de procéder régulièrement à la remise en peinture de l’ossature métallique de l’ascenseur en raison de son exposition aux intempéries, elles ne contestent pas que cette ossature a été affectée par les désordres et que sa remise en état, d’un montant non contesté de 8 400 euros, entre ainsi dans la réparation intégrale des désordres.
Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le montant des travaux de reprise du désordre n° 1 à la somme de 34 614 euros TTC (32 934 + 8 400 – 5 280 – 1 440).
Quant au désordre n° 2 :
Il n’est pas contesté que la reprise des dysfonctionnements de l’ascenseur implique la réparation de cet ascenseur. Il résulte du rapport d’expertise que les travaux correspondants se chiffrent à la somme totale de 76 104 euros TTC (74 184 + 1 920).
Or, il résulte de l’instruction que l’expert a admis, en réponse à un dire de la société Demathieu Bard, que la mise en place d’une protection d’étanchéité supérieure des portes d’ascenseur et des installations électriques, d’indice IP 54 au lieu de l’indice IP 51 prévu par le marché, constituait une plus-value. De même, la mise en place de grilles de ventilation non prévues par le marché sur la cage d’ascenseur constitue une amélioration par rapport aux prescriptions contractuelles. L’expert ayant chiffré à 1 920 euros TTC le montant des travaux de pose de ces grilles de ventilation et à 2 256 euros TTC le coût de la mise en place d’une étanchéité IP 54, il y a lieu d’écarter ces deux montants de la somme sollicitée au titre de la réparation du désordre n° 2.
Il suit de là qu’il y a lieu de fixer le montant des travaux de reprise du désordre n° 2 à la somme de 71 928 euros TTC (76 104 – 1 920 – 2 256).
Quant aux frais de maîtrise d’œuvre, aux imprévus et aléas et à la rémunération du bureau de contrôle et de la coordination SPS :
En premier lieu, il sera fait une juste appréciation des frais de maîtrise d’œuvre et des frais occasionnés par les imprévus et aléas, rendus nécessaires pour réparer les désordres, en fixant chacune de ces séries de frais à 5 % du montant des travaux, soit au total, pour le désordre n° 1, la somme de 3 461,40 euros (deux fois 5 % de 34 614 euros), et, pour le désordre n° 2, la somme de 7 192,80 euros (deux fois 5 % de 71 928 euros).
En second lieu, l’expert évalue les frais relatifs à la rémunération du bureau de contrôle et de la coordination SPS à, respectivement, 2 880 euros et 1 764 euros. Compte tenu du montant de chacun des désordres et selon un calcul au prorata, ces montants seront évalués, pour le désordre n° 1, à 935 euros pour le bureau de contrôle et à 573 euros pour la coordination SPS, et, pour le désordre n° 2, à 1 945 pour le bureau de contrôle et à 1 191 euros pour la coordination SPS.
Il résulte de ce qui précède que la société Generali IARD est fondée à demander la condamnation solidaire des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec à lui verser la somme de 39 583,40 euros TTC au titre du désordre n° 1 (34 614 + 3 461,40 + 935 + 573) et la somme de 82 256,80 euros TTC au titre du désordre n° 2 (71 928 + 7 192,80 + 1 945 + 1 191).
Sur les dépens :
Aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative : « Les dépens comprennent les frais d’expertise, d’enquête et de toute autre mesure d’instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l’Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l’affaire justifient qu’ils soient mis à la charge d’une autre partie ou partagés entre les parties. (…) ».
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, de mettre la somme non contestée de 11 000 euros, correspondant aux frais d’expertise, à la charge définitive des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec, in solidum.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Haguenau ou de la société Generali IARD, qui ne sont pas les parties perdantes pour l’essentiel du litige, les sommes demandées par les autres parties à ce titre.
En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec, in solidum, les deux sommes de 2 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions, à verser à la commune de Haguenau pour la première, et à la société Generali IARD pour la seconde.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne le désordre n° 1 :
Il résulte de l’instruction que la corrosion de l’ossature métallique de l’ascenseur, de ses parties palières et des garde-corps résulte du ruissellement des eaux pluviales, qui se déversent en direction de l’ascenseur, conjugué à la faible protection de certains éléments métalliques.
En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société Ixo Architecture, il est établi que le ruissellement ayant entraîné la corrosion est lié à la mauvaise évacuation des eaux pluviales, qui affleurent les portes de l’ascenseur en suivant l’inclinaison du sol, lequel présente, à certains étages, une pente se déversant vers cet ascenseur, et à d’autres, une absence de pente qui entraîne leur stagnation. La même société soutient que la société Demathieu Bard, titulaire du lot n° 4 « gros œuvre », ne l’a pas conseillée s’agissant de ces pentes, et qu’elle les a aggravées au stade de l’exécution des travaux.
D’une part, la société Demathieu Bard ne conteste pas n’avoir fait aucune remarque sur les plans des paliers en béton, sur lesquels figuraient les niveaux de pente. Eu égard à la spécialisation de cette entreprise dans le gros œuvre et au caractère manifeste de ce problème de conception au stade de la réalisation des travaux, la société Ixo Architecture est fondée à soutenir que la société Demathieu Bard a méconnu son obligation de conseil à ce titre. En revanche, sa part de responsabilité ne saurait excéder celle du maître d’œuvre, lequel est responsable de la faute de conception.
D’autre part, la faute alléguée de la société Demathieu Bard au stade de l’exécution, qui est retenue par l’expert, n’est pas contestée. Par suite, il y a lieu de retenir des manquements de la part de la société Demathieu Bard à son obligation de conseil et dans l’exécution des travaux.
En deuxième lieu, comme le fait valoir la société Ixo Architecture, s’agissant d’une structure métallique sujette aux intempéries, ce qui était précisé dans le cahier des clauses techniques particulières, la société Riess, titulaire du lot n° 11 « passerelles et structures métalliques » et spécialisée notamment dans le domaine du métal, aurait dû attirer l’attention du maître d’œuvre sur le trop faible degré de la protection envisagée pour les métaux. Sa part de responsabilité ne saurait cependant excéder celle du maître d’œuvre, responsable du choix des matériaux et de leur niveau de protection. Par ailleurs, la société Riess ne conteste pas n’avoir pas mis en place de cornière support de palier en acier galvanisé. Dans ces conditions, la société Ixo Architecture est fondée à se prévaloir de manquements de sa part à son obligation de conseil et dans l’exécution des travaux.
En troisième lieu, les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard et Riess expliquent que la société Socotec, contrôleur technique, n’a pas contrôlé les plans sur lesquels figuraient les pentes, et qu’elle a commis un défaut de surveillance lors de ses visites de chantier. Il est constant que le contrôleur technique n’a à aucun moment alerté la maîtrise d’œuvre sur le sujet de ces pentes, ni sur celui du faible indice de protection des éléments métalliques utilisés, qu’il était pourtant en mesure de détecter dès la phase de conception, dans le cadre de son contrôle sur pièces. Si la société Socotec se prévaut d’un avis défavorable qu’elle a émis et qui n’a pas été suivi, cet avis ne concerne pas les pentes litigieuses et il ne résulte pas de l’instruction que son objet entretiendrait un quelconque rapport avec les désordres en cause. En revanche, la faute du contrôleur technique pour défaut de surveillance du chantier n’est pas constituée, dès lors que les visites de ce dernier sur le chantier ne revêtent aucun caractère exhaustif et que son contrôle s’établit essentiellement sur pièces.
En quatrième lieu, les sociétés Demathieu Bard et Riess soutiennent que la société Ixo Architecture, titulaire de la mission EXE (Etudes d’exécution) et rédactrice du cahier des clauses techniques particulières (CCTP), est à l’origine des préconisations techniques sur la base desquelles les travaux ont été exécutés, et notamment la définition des niveaux de pente, la prescription d’un simple traitement antirouille ou encore le choix de ne pas galvaniser les éléments métalliques de la structure de l’ascenseur.
La société Ixo Architecture fait valoir que les pièces contractuelles des différents lots ont été exclusivement rédigées par un autre membre du groupement de maîtrise d’œuvre, le BET ICAT. Toutefois, le groupement de maîtrise d’œuvre était solidaire et le tableau annexé à l’acte d’engagement, détaillant la répartition des honoraires entre ses membres, ne peut s’analyser comme répartissant les missions de maîtrise d’œuvre entre eux. Du reste, chacun des membres était rémunéré pour chacune de ces missions, ce qui est de nature à contredire les affirmations de société Ixo Architecture. Seule à même de produire les éléments permettant de justifier qu’elle a été étrangère à la définition des préconisations techniques sur la base desquelles les travaux ont été exécutés, cette dernière n’en apporte aucun. Dès lors, il y a lieu de considérer que les manquements invoqués par les sociétés Demathieu Bard et Riess lui sont imputables.
Dans ces conditions, et dès lors qu’aucune faute de la part de la société Schindler n’est invoquée à ce titre par les autres parties, il sera fait une juste appréciation des responsabilités des constructeurs dans la survenance du désordre n° 1 en fixant à 50 % la part de la société Ixo Architecture, à 20 % celle de la société Demathieu Bard, à 20 % celle de la société Riess et à 10 % celle de la société Socotec.
Il résulte de ce qui précède qu’au titre du désordre n° 1, la société Ixo est seulement fondée à demander la condamnation des sociétés Demathieu Bard, Riess et Socotec à la garantir à hauteur, respectivement, de 20 %, 20 % et 10 %. Les sociétés Demathieu Bard et Riess sont seulement fondées à demander la condamnation des sociétés Ixo et Socotec à les garantir à hauteur, respectivement, de 50 % et de 10 %. La société Socotec est seulement fondée à demander la condamnation des sociétés Ixo, Demathieu Bard et Riess à la garantir à hauteur, respectivement, de 50 %, 20 % et 20 %.
En ce qui concerne le désordre n° 2 :
En premier lieu, il résulte du rapport d’expertise que les dysfonctionnements de l’ascenseur proviennent notamment du ruissellement des eaux pluviales qui, une fois infiltrées dans la gaine de l’ascenseur, se retrouvent au contact de tous les équipements et pièces permettant son fonctionnement, notamment les câblages électriques. Les sociétés Demathieu Bard et Riess soutiennent que la définition des niveaux de pente incombait à la société Ixo Architecture, chargée de la conception de l’ouvrage. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 46, cette dernière, qui ne conteste pas l’existence de cette faute de conception, n’est pas fondée à soutenir qu’elle n’en serait pas à l’origine.
En deuxième lieu, la société Ixo Architecture se prévaut de fautes de la part de la société Schindler, titulaire du lot n° 15 « ascenseur », dès lors qu’elle n’a pas respecté les pièces écrites ni les normes en vigueur, et que l’accomplissement de ses missions relevait par endroits du « bricolage », ainsi que l’a retenu l’expert. Comme le suggère la société Schindler, dès lors que ce dernier point n’est assorti d’aucune précision et qu’il ne résulte pas de l’instruction que son travail se serait apparenté à du « bricolage », aucune faute de sa part ne peut être retenue à ce titre. Toutefois, si elle soutient avoir respecté les prescriptions du marché et les normes en vigueur, il résulte de l’instruction que l’expert a considéré qu’elle a méconnu les règles de l’art en n’ayant pas prévu de ventilation de la cage d’ascenseur, ce qui a entraîné des dysfonctionnements et mises en arrêt de l’ascenseur. La société Schindler n’apporte aucune contradiction sur ce point. Par suite, il y a lieu de retenir une faute de la société Schindler dans l’exécution des travaux.
En dernier lieu, ainsi que le font valoir les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard et Riess et compte tenu de ce qui a été exposé au point 44, le contrôleur technique, quoiqu’aucun défaut de surveillance de chantier ne puisse lui être reproché, a commis une faute en n’alertant pas la maîtrise d’œuvre sur le sujet des pentes, qu’il était en mesure de détecter dès la phase de conception, dans le cadre de son contrôle sur pièces.
Dans ces conditions, dès lors qu’aucune faute de la part des sociétés Demathieu Bard et Riess n’est invoquée à ce titre par les autres parties, il sera fait une juste appréciation des responsabilités des constructeurs dans la survenance du désordre n° 2 en fixant à 55 % la part de la société Ixo Architecture, à 30 % celle de la société Schindler et à 15 % celle de la société Socotec.
Il s’ensuit qu’au titre du désordre n° 2, la société Ixo Architecture est seulement fondée à demander la condamnation des sociétés Schindler et Socotec à la garantir à hauteur, respectivement, de 30 % et 15 %. La société Socotec est seulement fondée à demander la condamnation des sociétés Ixo Architecture et Schindler à la garantir à hauteur, respectivement, de 55 % et 30 %.
En ce qui concerne les frais de l’instance :
Eu égard au montant total des préjudices résultant des désordres et à leur part de responsabilité dans chacun d’entre eux, il y a lieu de laisser à la charge des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec, respectivement, 53 %, 7 %, 7 %, 20 % et 13 % des dépens et des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, la société Ixo Architecture est fondée à demander la condamnation des sociétés Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec à la garantir à hauteur, respectivement, de 7 %, 7 %, 20 % et 13 % à ce titre. Les sociétés Demathieu Bard et Riess sont fondées à demander la condamnation des sociétés Ixo Architecture et Socotec à la garantir au même titre à hauteur, respectivement, de 53 % et de 13 %. Enfin, la société Socotec est fondée à demander la condamnation des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Schindler à la garantir à hauteur, respectivement, de 53 %, 7 %, 7 % et 20 %.
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit au surplus des conclusions présentées par les sociétés Ixo et Socotec sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’intervention de la société Generali Vie n’est pas admise.
Article 2 : La société Generali IARD est condamnée à verser à la commune de Haguenau la somme de 133 516 (cent trente-trois mille cinq cent seize) euros, sous déduction de la somme de 123 587,20 euros versée à titre de provision, ainsi que les intérêts au taux légal sur la somme de 9 928,80 euros à compter du 12 novembre 2021. Les intérêts échus à compter du 11 août 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec sont condamnées in solidum à verser à la société Generali IARD la somme de 39 583,40 euros (trente-neuf mille cinq cent quatre-vingt-trois euros et quarante centimes).
Article 4 : Les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec sont condamnées in solidum à verser à la société Generali IARD la somme de 82 256,80 euros (quatre-vingt-deux mille deux cent cinquante-six euros et quatre-vingts centimes).
Article 5 : Les frais d’expertise, liquidés et taxés à la somme de 11 000 (onze mille) euros, sont mis à la charge définitive et solidaire des sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec.
Article 6 : Les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec, in solidum, verseront la somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros à la commune de Haguenau et la somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros à la société Generali IARD en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : La société Ixo Architecture sera garantie par les sociétés Demathieu Bard, Riess et Socotec à hauteur, respectivement, de 20 %, 20 % et 10 % de la condamnation prononcée à l’article 3 du présent jugement.
Article 8 : La société Ixo Architecture sera garantie par les sociétés Schindler et Socotec à hauteur, respectivement, de 30 % et 15 % de la condamnation prononcée à l’article 4 du présent jugement.
Article 9 : La société Ixo Architecture sera garantie par les sociétés Demathieu Bard, Riess, Schindler et Socotec à hauteur, respectivement, de 7 %, 7 %, 20 % et 13 % des condamnations prononcées aux articles 5 et 6 du présent jugement.
Article 10 : La société Demathieu Bard sera garantie par les sociétés Ixo Architecture et Socotec à hauteur, respectivement, de 50 % et 10 % de la condamnation prononcée à l’article 3 du présent jugement.
Article 11 : La société Demathieu Bard sera garantie par les sociétés Ixo Architecture et Socotec à hauteur, respectivement, de 53 % et 13 % des condamnations prononcées aux articles 5 et 6 du présent jugement.
Article 12 : La société Riess sera garantie par les sociétés Ixo Architecture et Socotec à hauteur, respectivement, de 50 % et 10 % de la condamnation prononcée à l’article 3 du présent jugement.
Article 13 : La société Riess sera garantie par les sociétés Ixo Architecture et Socotec à hauteur, respectivement, de 53 % et 13 % des condamnations prononcées aux articles 5 et 6 du présent jugement.
Article 14 : La société Socotec sera garantie par les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard et Riess à hauteur, respectivement, de 50 %, 20 % et 20 % de la condamnation prononcée à l’article 3 du présent jugement.
Article 15 : La société Socotec sera garantie par les sociétés Ixo Architecture et Schindler à hauteur, respectivement, de 55 % et 30 % de la condamnation prononcée à l’article 4 du présent jugement.
Article 16 : La société Socotec sera garantie par les sociétés Ixo Architecture, Demathieu Bard, Riess et Schindler à hauteur, respectivement, de 53 %, 7 %, 7 % et 20 % des condamnations prononcées aux articles 5 et 6 du présent jugement.
Article 17 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 18 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Haguenau, à la SA Generali IARD, à la SARL Ixo Architecture, à la SA Schindler, à la SAS Demathieu Bard Construction, à la SAS Riess et à la société Socotec Construction.
Délibéré après l’audience du 15 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Rees, président,
- Mme Brodier, première conseillère,
- Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.
La rapporteure,
L. Poittevin
Le président,
P. Rees
La greffière,
V. Immelé
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,