jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2400579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | EGLOFF-CAHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2024, et un mémoire en réplique, enregistré le 20 février 2024, M. A B et Mme C B, représentés par Me Verdin, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 novembre 2023 par laquelle le directeur de l'Etablissement public foncier d'Alsace a préempté la parcelle cadastrée section AA n° 68 située à Eberbach-Seltz ;
2°) de mettre à la charge de l'Etablissement public foncier d'Alsace une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'urgence est présumée dans la mesure où ils ont la qualité d'acquéreur évincé du bien préempté ; cette situation d'urgence est en outre renforcée par les circonstances particulières de l'espèce ;
- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision, et sont tirés de ce que :
* la décision est entachée d'incompétence dans la mesure où le conseil municipal d'Eberbach-Seltz, pourtant dessaisi du droit de préemption urbain en vertu d'une délibération du 25 mai 2020 portant délégation au maire sur ce point, a autorisé le maire à déléguer le droit de préemption par une délibération du 24 novembre 2023 ;
* en tout état de cause, l'arrêté de délégation du droit de préemption du maire du 24 novembre 2023 n'a pas force exécutoire en l'absence de preuve de publication et de transmission de l'acte au contrôle de légalité ;
* le maire s'est à tort estimé lié par la délibération du 24 novembre 2023 pour déléguer l'exercice du droit de préemption à l'Etablissement public foncier d'Alsace ;
* le caractère exécutoire de la délibération du 26 septembre 2011 instituant le droit de préemption urbain sur le ban communal n'est pas établi ;
* le droit de préemption a été exercé au-delà du délai prévu à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme, de sorte qu'en vertu de l'article R. 213-7 du même code, le titulaire du droit de préemption doit être regardé comme ayant renoncé à l'exercice de ce droit ;
* la décision n'est pas motivée ;
* la décision ne repose pas sur un projet d'action ou d'opération d'intérêt général suffisant, en méconnaissance de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dès lors qu'aucun élément du plan local d'urbanisme applicable ne permet d'identifier un projet de création de logements aidés, que la commune avait même émis le souhait de ne pas exercer le droit de préemption urbain pour densifier son tissu urbain, et qu'elle dispose au contraire, d'après le document d'urbanisme, de réserves foncières mobilisables pour des projets de cette nature.
Par un mémoire, enregistré le 7 février 2024, l'association Croix-Rouge française, représentée par Me Egloff-Cahen, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'Etablissement public foncier d'Alsace de la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son intervention est recevable ;
- l'urgence est présumée pour l'acheteur évincé, et en l'espèce, l'administration souhaite démolir la maison se situant sur la parcelle préemptée, renforçant ainsi l'urgence ;
- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision, et sont tirés de ce que :
* la décision est intervenue au-delà du délai prévu à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme dès lors que la demande de visite du bien a été formalisée le 23 octobre 2023, alors que la déclaration d'intention d'aliéner a été présentée pour la première fois en mairie le 23 août 2023 ;
* en outre, la décision de préemption lui a été notifiée tardivement, et sa transmission au préfet n'est pas établie, en méconnaissance également de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;
* les délibérations déléguant le droit de préemption n'ont pas été notifiées à l'association Croix-Rouge française, entachant la décision d'incompétence ;
* le conseil municipal n'était plus investi du droit de préemption, de sorte qu'il ne pouvait légalement à nouveau déléguer ce droit au maire d'Eberbach-Seltz ;
* la décision est insuffisamment motivée ;
* la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le projet de création de logements aidés, pour lequel le droit de préemption est exercé, n'existe pas ;
* le projet de création de logements aidés ne constitue pas une action ou un projet d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;
* il n'y a aucun motif d'intérêt général suffisant permettant de fonder la décision en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, l'Etablissement public foncier d'Alsace conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la présomption d'urgence peut en l'espèce être renversée, et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
A l'issue d'une première audience publique tenue le 14 février 2024, des pièces complémentaires ont été produites par l'Etablissement public foncier d'Alsace le 15 février 2024 et le 16 février 2024. Ces pièces ont été communiquées à l'ensemble des parties le 16 février 2024, et une nouvelle audience a été fixée le 21 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête en annulation présentée par M. et Mme B le 27 décembre 2023 sous le n° 2309262.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Strasbourg a désigné M. Pouget-Vitale, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 21 février 2024, tenue en présence de Mme Brosé, greffière d'audience, M. Pouget-Vitale a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Verdin représentant les requérants, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et rappelle, s'agissant des moyens de nature à créer un doute sérieux, que la décision de préemption vise des éléments ne permettant pas de fonder la décision ; que la justification réglementaire de la décision de préemption tient dans le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale de la bande Rhénane Nord, qui ne peut valoir politique locale de l'habitat ; qu'au contraire, les éléments du plan local d'urbanisme local mettent en évidence l'absence de projet préexistant de logements locatifs aidés, les auteurs du document d'urbanisme ayant même explicitement indiqué au sein du projet d'aménagement et de développement durables que l'usage du droit de préemption n'était pas envisagé pour assurer le développement maîtrisé de la commune ; qu'au regard de l'exploitation agricole assurée par les requérants, la règle de distance par rapport aux constructions à usage d'habitation ne pourra être ultérieurement assurée, mettant davantage en doute le caractère réel du projet ;
- les observations de Me Pelé, représentant l'Etablissement public foncier d'Alsace, qui conclut au rejet de la requête par les mêmes moyens, et précise, s'agissant des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, qu'un document d'urbanisme est par nature prospectif, que le plan local applicable date en l'espèce de 2011, et que le besoin de logements locatifs est justifié par un document d'urbanisme plus récent, en l'occurrence le schéma de cohérence territoriale de la bande Rhénane Nord ; que ces éléments traduisent une politique locale de l'habitat visant à augmenter dans ce type de secteur, dans les villages, les constructions à usage d'habitation ; que l'exploitation agricole des requérants n'empêchera pas de réaliser le projet conformément aux normes opposables.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 août 2023, la commune d'Eberbach-Seltz a réceptionné une déclaration d'intention d'aliéner établie par l'association Croix-Rouge française, concernant la parcelle cadastrée section AA n° 68, située au 11 rue Calvin. Par décision du 27 novembre 2023, le directeur de l'Etablissement public foncier d'Alsace a exercé le droit de préemption sur la parcelle en cause. M. et Mme B, qui ont réceptionné cette décision le 1er décembre 2023, tout comme l'association Croix-Rouge française, partie à l'instance, demandent la suspension des effets de cette décision.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
4. Dans ces conditions, dès lors que l'une des deux conditions posées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 27 novembre 2023 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Selon l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
6. Les dispositions précitées s'opposent à ce que les sommes réclamées par M. et Mme B et l'association Croix-Rouge française au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soient mises à la charge l'Etablissement public foncier d'Alsace, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par l'Etablissement public foncier d'Alsace au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'association Croix-Rouge française tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions de l'Etablissement public foncier d'Alsace tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et Mme C B, à l'Etablissement public foncier d'Alsace et à l'association Croix-Rouge française.
Fait à Strasbourg, le 22 février 2024.
Le juge des référés,
V. POUGET-VITALE
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026