lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2402562 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | PEREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 et 16 avril 2024,
M. A C, représenté par Me Perez, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 9 avril 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a rejeté sa demande de titre de séjour présentée en qualité de parent d'enfant français ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable durant ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- la préfète du Bas-Rhin a méconnu l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur de fait ;
- elles sont contraires aux dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles sont contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent celles de de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés d'infliger à M. C une amende sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que M. C ne fait état d'aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de sa décision.
La procédure a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 15 avril 2024, en présence de Mme Adjacent, greffière d'audience :
- le rapport de M. Stéphane Dhers qui a informé les parties, en application des dispositions des articles R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par la préfète du Bas-Rhin au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative, la faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge,
- les observations de Me Perez, avocate de M. C.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
Le juge des référés a indiqué que l'instruction était close à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 21 octobre 1992, est entré en France le 15 décembre 2020. Il est père d'une fille de nationalité française qui est née le 16 août 2023. Après qu'il a fait l'objet d'une interpellation pour usage de faux documents et usurpation d'identité, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et interdit de retourner sur le territoire français, par un arrêté du 27 octobre 2023. Par un arrêté du 6 février 2024, la préfète l'a assigné à résidence. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 28 février suivant. Le 12 janvier 2024, le requérant a présenté une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français via le téléservice de l'administration numérique des étrangers en France. Par une décision du 9 avril 2024, formalisée par courrier électronique, la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à sa demande. Le requérant demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées par la préfète du Bas-Rhin sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la préfète du Bas-Rhin tendant à l'application de ces dispositions sont irrecevables.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
5. L'exécution de la décision litigieuse induit le départ de M. C D, ce qui aurait pour effet de priver sa fille de sa présence. Dans ces conditions, le requérant justifie de l'urgence de l'affaire.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée :
6. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, la préfète du Bas-Rhin ne contestant, en particulier, pas que les conditions posées par l'article
L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont réunies. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
9. Eu égard à l'office du juge des référés défini par les dispositions précitées, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, d'une part, de procéder au réexamen de la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard et, d'autre part, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour valable pendant toute la durée ce réexamen, dans le délai de 10 jours à compter de la même date et sous la même astreinte.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
10. M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par la présente ordonnance. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Perez, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Perez de la somme de 1 500 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.
ORDONNE :
Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 9 avril 2024, par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour valable pendant toute la durée du réexamen de sa situation dans le délai de 10 (dix) jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous une astreinte de 100 (cent) euros par jour de retard.
Article 5 : L'Etat versera à Me Perez, avocate de M. C, une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros hors taxes au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme précitée sera versée au requérant.
Article 6 : Les conclusions présentées par la préfète du Bas-Rhin au titre de l'article R. 741-12 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Perez et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.
Fait à Strasbourg le 22 avril 2024.
Le juge des référés,
S. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,