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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2404820

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2404820

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2404820
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELAS ELIDE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la demande d'un avocat visant à obtenir la décharge d'impositions sur une plus-value de cession de parts de SCP au titre de 2019. Le tribunal a jugé que la vente de l'intégralité des parts ne constituait pas la transmission d'une "branche complète d'activité" au sens de l'article 238 quindecies du code général des impôts, car elle ne s'accompagnait pas du transfert effectif des éléments essentiels, notamment du personnel, nécessaires à une exploitation autonome. L'exonération fiscale n'était donc pas applicable en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juillet 2024 et 4 février 2025, M. B... A..., représenté par Me Foussadier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l’année 2019 ;

2°) de condamner l’État au versement des intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l’administration a méconnu les dispositions de l’article 238 quindecies du code général des impôts qui instaure un régime d’exonération des plus-values professionnelles en cas de transmission d’une entreprise individuelle, dès lors qu’il remplissait les conditions pour en bénéficier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2025, le directeur régional des finances publiques du Grand Est et du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Deffontaines,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., exerçant la profession d’avocat, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l’année 2019 à raison de la plus-value réalisée lors de la vente le 20 décembre 2019 de l’ensemble des parts qu’il détenait dans la société civile professionnelle (SCP) Dumur A... et Geny La Rocca pour un montant de 165 000 euros.

Sur le bien-fondé des impositions :

Aux termes de l’article 238 quindecies du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : « I. – Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies et réalisées dans le cadre d'une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale ou agricole à l'occasion de la transmission d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité autres que celles mentionnées au V sont exonérées pour : / 1° La totalité de leur montant lorsque la valeur des éléments transmis servant d'assiette aux droits d'enregistrement mentionnés aux articles 719,720 ou 724 ou des éléments similaires utilisés dans le cadre d'une exploitation agricole est inférieure ou égale à 300 000 € ; / (…) / III. – Est assimilée à une branche complète d'activité l'intégralité des droits ou parts détenus par un contribuable qui exerce son activité professionnelle dans le cadre d'une société dont les bénéfices sont, en application des articles 8 et 8 ter, soumis en son nom à l'impôt sur le revenu et qui sont considérés comme des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession au sens du I de l'article 151 nonies. / (…) / IX. – Les dispositions du présent article s'appliquent aux transmissions réalisées à compter du 1er janvier 2006. ».

En cas de cession d’une branche complète d’activité, la plus-value n’est exonérée, en application de ces dispositions, que si la branche d’activité cédée est susceptible de faire l’objet d’une exploitation autonome chez la société cédante comme chez la société cessionnaire, sous réserve que cet apport opère un transfert complet des éléments essentiels de cette activité tels qu’ils existaient dans le patrimoine de la société cédante et dans des conditions permettant à la société cessionnaire de disposer durablement de tous ces éléments. Pour l’application de ces dispositions, la transmission d’une branche complète d’activité est, au regard de la finalité poursuivie par le législateur, subordonnée au transfert effectif du personnel nécessaire, eu égard à la nature de l’activité et à la spécificité des emplois requis qui lui sont affectés, à la poursuite d’une exploitation autonome de l’activité. Le transfert des contrats de travail en cours, dans les conditions prévues par l'article L. 1224-1 du code du travail, assure, en principe, un tel transfert effectif du personnel.

La seule vente d’une clientèle et des contrats qui lui sont attachés, en l’absence de cession des moyens en matériel et, le cas échéant, en personnel nécessaire à l’exercice de la branche d’activité dont il est le support, ne peut être regardée comme la transmission d’une branche complète d’activité au sens des dispositions précitées, dès lors que la clientèle ainsi que les contrats qui lui sont attachés ne peuvent être regardés comme susceptibles d’avoir fait l’objet d’une exploitation autonome chez le cédant.

Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l’impôt, au vu de l’instruction et compte tenu, le cas échéant, de l’abstention d’une des parties à produire les éléments qu’elle est seule en mesure d’apporter et qui ne sauraient être réclamés qu’à elle-même, d’apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l’assujettissement à l’impôt ou, le cas échéant, s’il remplit les conditions légales d’une exonération.

En l’espèce, pour contester la remise en cause de l’exonération prévue à l’article 238 quindecies du code général des impôts, M. A... soutient qu’il remplissait l’ensemble des conditions pour en bénéficier. Il expose particulièrement, et sans être contesté, que concomitamment à la cession de l’ensemble de ses parts, il s’est engagé à ne plus exercer la profession d’avocat, via la sollicitation de son omission du tableau de l’ordre des avocats près la cour d’appel de Metz, à ne pas intervenir dans les dossiers actuellement ouverts au cabinet pendant deux ans, qu’il a cédé l’ensemble de sa clientèle qui a été reprise par la SCP et a ainsi procédé à un transfert juridique et économique de son activité. Il ajoute, sans être davantage contesté, que la cession de ses parts ne s’est pas accompagnée de la rupture de contrats de travail de personnels, et que quand bien même il a pu conserver son ordinateur et son téléphone portable professionnels, son véhicule professionnel a été restitué à la SCP, son nom a été enlevé de celui de la SCP et que les résultats dégagés par l’exploitation de son portefeuille de clients font partie de l’activité principale de la SCP.

En se bornant pour sa part à soutenir que la cession des parts s’assimile à un rachat par la société de ses titres compte tenu de la réduction du capital social par l’annulation des titres détenus par M. A... et de l’absence d’arrivée d’un nouvel associé, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l’administration n’établit pas qu’un transfert complet des éléments essentiels de l’activité n’a pas été réalisé au sens des dispositions précitées. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu’il remplissait les conditions pour bénéficier de l’exonération de plus-value prévue par l’article 238 quindecies du code général des impôts.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est fondé à demander la décharge de l’imposition en litige.

Sur les intérêts moratoires :

Aux termes de l’article L. 208 du livre des procédures fiscales : « Quand l’État est condamné à un dégrèvement d’impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l’administration à la suite d’une réclamation tendant à la réparation d’une erreur commise dans l’assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d’intérêts moratoires (…) ». En vertu de l’article R. 208-1 du même livre, les intérêts moratoires prévus par l’article L. 208 sont payés d’office en même temps que les sommes remboursées par le comptable chargé du recouvrement des impôts.

Dès lors qu’il n’existe aucun litige né et actuel entre le comptable chargé du recouvrement des impôts et M. A... quant au versement des intérêts moratoires, les conclusions de ce dernier présentées sur le fondement de l’article L. 208 du livre des procédures fiscales ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à M. A... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :



Article 1er : M. A... est déchargé des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l’année 2019 à raison de la plus-value réalisée lors de la vente le 20 décembre 2019 des parts qu’il détenait dans la société civile professionnelle (SCP) Dumur A... et Geny La Rocca.

Article 2 : L’État versera à M. A... une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.



Délibéré après l'audience du 4 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.


La rapporteure,

L. Deffontaines
Le président,

T. Gros



Le greffier,




P. Haag



La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,


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