vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2405824 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | AARPI ADVEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 août 2024, la SAS Immobilière Gelain, représentée par Me Lang, demande au tribunal d'annuler la délibération du 29 mai 2024 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes du canton d'Erstein a décidé de la résolution de la vente de deux parcelles de terrain situées dans le lotissement dénommé " lotissement parc d'activités économiques intercommunal des nations - 3ème phase ", d'ordonner la reprise des relations contractuelles et de mettre à la charge de la communauté de communes du canton d'Erstein la somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le litige relève de la compétence de la juridiction administrative, dès lors que la décision contestée constitue une mesure d'exécution d'un contrat qui, eu égard aux clauses exorbitantes du droit commun qu'il comporte, constitue un contrat administratif ;
- sa requête n'est pas tardive ;
- la délibération a été prise en méconnaissance de la procédure de mise en demeure préalable stipulée au contrat ;
- les conseillers communautaires n'ont pas reçu une information suffisante ;
- les accords entre les parties intervenus en 2019 n'ont pas été respectés ;
- la communauté de communes du canton d'Erstein a manqué à son obligation de loyauté dans les relations contractuelles ;
- la décision, qui ne repose sur aucun motif d'intérêt général, est abusive ;
- les conditions d'une reprise des relations contractuelles sont remplies.
Par un mémoire enregistré le 24 septembre 2024, la communauté de communes du canton d'Erstein, représentée par Me Marcantoni, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Immobilière Gelain la somme de 1 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le litige ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de () formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () ".
2. Par acte de vente du 22 septembre 2010, la communauté de communes de Benfeld et environs, aux droits de laquelle est depuis venue la communauté de communes du canton d'Erstein, a vendu à la SAS Immobilière Gelain deux parcelles de terrain lui appartenant, situées à Benfeld, dans le lotissement dénommé " lotissement parc d'activités économiques intercommunal des nations - 3ème phase ", afin de lui permettre d'édifier un garage automobile sur l'une, et un restaurant sur l'autre. Par une délibération du 29 mai 2024, le conseil communautaire de la communauté de communes du canton d'Erstein a décidé de la résolution de cette vente. La SAS Immobilière Gelain conteste cette délibération et demande que soit ordonnée la reprise des relations contractuelles.
3. La délibération contestée, prise sur le fondement des stipulations du contrat de vente, constitue une mesure d'exécution de ce dernier. Le juge judiciaire étant seul compétent pour connaître des litiges relatifs à l'exécution des contrats de droit privé, le litige que soulève cette délibération ne peut relever de la compétence du juge administratif que si le contrat en cause constitue un contrat administratif.
4. Le contrat par lequel une personne publique cède des biens immobiliers faisant partie de son domaine privé est en principe un contrat de droit privé, sauf si ce contrat a pour objet l'exécution d'un service public ou s'il comporte des clauses qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, impliquent, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs.
5. D'une part, le contrat en litige n'a pas pour objet l'exécution d'un service public.
6. D'autre part, le contrat comporte, notamment, une clause intitulée " résolution de plein droit ", prévoyant l'intervention de cette résolution " si bon semble au vendeur ", après mise en demeure infructueuse et " à défaut de paiement de tout ou partie des sommes dues en vertu des stipulations [précédentes] ou d'exécution même partielle d'une seule des clauses du présent acte ", l'acquéreur n'ayant droit à aucune indemnité et devant supporter les éventuels frais engagés par le vendeur. Il comporte également une clause intitulée " droit de résolution ", prévoyant qu'à défaut d'achèvement de la construction du garage et du restaurant dans les délais maximaux, respectivement, de deux et quatre ans à compter de la date de l'acte de vente, " et sauf cas de force majeure dont l'appréciation appartiendra à la seule communauté de communes de Benfeld et environs ", cette dernière " aura le droit de résilier la présente vente, partiellement ou totalement, si bon lui semble ", l'acquéreur ayant alors droit à une indemnité de résolution. Cette même clause prévoit, en outre, que le terrain ne pourra pas être revendu sans l'accord préalable et écrit du vendeur tant que les constructions ne seront pas achevées.
7. Contrairement à ce que soutient la requérante, ces clauses, dont la mise en œuvre est subordonnée à des conditions objectives, et qui ne font pas naître entre les parties des droits et obligations étrangers par leur nature à ceux qui sont susceptibles d'être consentis par quiconque dans le cadre des lois civiles et commerciales, n'impliquent pas que, dans l'intérêt général, le contrat en litige relève du régime exorbitant des contrats administratifs. Aucune autre clause de ce contrat ne justifie qu'il relève de ce régime.
8. Il résulte de ce qui précède que le contrat en litige est un contrat de droit privé. Par suite, il n'appartient manifestement pas à la juridiction administrative de connaître du recours de la requérante contestant la validité de la mesure de résolution de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. En conséquence, il y a lieu de faire application des dispositions du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité pour rejeter ces conclusions.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : Les conclusions de la SAS Immobilière Gelain contestant la validité de la délibération du 29 mai 2024 et tendant à la reprise des relations contractuelles sont rejetées comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SAS Immobilière Gelain et à la communauté de communes du canton d'Erstein.
Fait à Strasbourg, le 25 octobre 2024.
Le président de la 2ème chambre,
P. REES
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
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