Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2301635 du 24 janvier 2025, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par le syndicat mixte d'études et d'aménagement des Portes de l'Orne.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Nancy les 31 mai et 5 décembre 2023, le syndicat mixte d'études et d'aménagement (SMEA) des Portes de l'Orne, représenté par la SCP Iochum & Guiso, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle la société Réseau de transport d'électricité (RTE) a refusé de procéder au retrait de l’ensemble des lignes haute tension situées dans la zone du projet de la zone d’aménagement concerté (ZAC) des Portes de l’Orne Amont ;
2°) d’enjoindre à la société RTE de démolir ou déplacer les pylônes électriques situés sur les parcelles cadastrées section 30, numéros 259/104 et 268/104 à Vitry-sur-Orne ;
3°) de mettre à la charge de la société RTE la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
les ouvrages litigieux sont irrégulièrement implantés faute d’inscription au livre foncier d’une servitude ou du contrat de bail mentionné dans l’acte de vente des parcelles ;
la teneur de ce contrat de bail n’est pas connue et il doit être considéré comme caduc ;
aucune régularisation n’est possible ;
la mise en balance de l’intérêt général qu’il y a à construire la ZAC, le projet ne pouvant se faire avec le maintien de la ligne haute tension, et de l’intérêt privé de la société Réseau de transport d’électricité à maintenir en l’état sa ligne haute tension, dont l’utilité n’est pas établie, doit conduire à la démolition ou au déplacement des pylônes concernés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif de Nancy, la société Réseau de transport d'électricité, représentée par la SCP Lebon & Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du SMEA des Portes de l’Orne la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’implantation des pylônes est régularisable ;
la mise en balance des intérêts ne peut que mener au maintien des pylônes.
Par ordonnance du 20 août 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Dobry,
les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,
et les observations de Me Ercole, avocate de la société RTE.
Le SMEA des Portes de l’Orne n’était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Le SMEA des Portes de l’Orne a approuvé, par délibération de son comité syndical du 15 juillet 2022, la création de la ZAC des Portes de l’Orne Amont. Le terrain d’assiette du projet comprend notamment des terrains acquis par l’établissement public foncier de Lorraine le 21 janvier 2013, dont deux parcelles cadastrées section 30 numéros 259/104 et 268/104 à Vitry-sur-Orne. Ces parcelles sont traversées par la ligne haute tension de 63 kilovolts Montois-Richemont. Par la présente requête, le SMEA des Portes de l’Orne demande au tribunal d’annuler la décision de refus par la société RTE de démolir ou déplacer la partie de la ligne haute tension traversant le terrain d’assiette de son projet, et plus spécifiquement d’enjoindre à la société RTE de démolir ou déplacer les pylônes situés sur les parcelles cadastrées section 30, numéros 259/104 et 268/104 à Vitry-sur-Orne.
Sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction :
Lorsqu’il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d’un ouvrage public dont il est allégué qu’il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l’implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l’administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l’ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l’irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l’écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que le livre foncier de Thionville comporte la mention, par renvoi à la rubrique « C1 », d’une charge grevant le droit de propriété exercé sur les parcelles cadastrées section 30 numéros 259/104 et 268/104 à Vitry-sur-Orne. La rubrique « C1 » de la liste des hypothèques et autres charges fait état de l’inscription au livre foncier d’un contrat de bail conclu le 18 juillet 1952 au bénéfice de la centrale de Richemont pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, dont le libellé est : « Bail – sur les parties occupées par les installations de gaz et d’électricité au sol, au sous-sol et en l’air – Ci-reporté le 06/04/1998 ». Il résulte en outre de l’instruction que cette charge, telle qu’inscrite au livre foncier, a été reproduite dans l’acte de vente des parcelles du 21 janvier 2013. Ces éléments suffisent à établir l’existence d’un bail, en vigueur, régissant l’implantation des pylônes sur le terrain d’assiette du projet de zone d’aménagement concertée. Si le requérant soutient que le bail mentionné dans l’acte de vente du 21 janvier 2013 serait caduc ou que ses conditions d’application ne seraient pas réunies, il ne produit aucun élément susceptible d’étayer ses allégations, notamment en s’abstenant de produire ce contrat de bail ou en ne faisant état d’aucune démarche effectuée en vue d’obtenir ce document. Par suite, le SMEA des Portes de l’Orne n’est pas fondé à soutenir que les pylônes situés sur les parcelles cadastrées section 30 numéros 259/104 et 268/104 à Vitry-sur-Orne y sont irrégulièrement implantés.
Le requérant ne faisant valoir aucune autre implantation irrégulière que celle des pylônes situés sur les parcelles cadastrées section 30, numéros 259/104 et 268/104 à Vitry-sur-Orne, il résulte de tout ce qui précède que, tant ses conclusions à fin d’annulation de la décision refusant le retrait de l’ensemble des lignes de haute tension situées sur le terrain d’assiette du projet de ZAC, que celles tendant spécifiquement à ce qu’il soit enjoint à la société RTE de démolir ou déplacer les pylônes situés sur ces deux parcelles, doivent être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société RTE, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, verse au SMEA des Portes de l'Orne les sommes que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge du SMEA des Portes de l'Orne une somme de 1 500 euros à verser à la société RTE en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête du SMEA des Portes de l'Orne est rejetée.
Article 2 : Le SMEA des Portes de l'Orne versera à la société RTE une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat mixte d'études et d'aménagement des Portes de l'Orne et à la société Réseau de transport d'électricité.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
Mme Deffontaines, première conseillère,
Mme Dobry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.
La rapporteure,
S. Dobry
Le président,
T. Gros
Le greffier,
P. Haag
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,