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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2502482

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2502482

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2502482
TypeDécision
Avocat requérantECA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet de la Moselle du 22 janvier 2025 retirant l'habilitation de M. A pour instruire les demandes d'immatriculation des véhicules. Le juge des référés a estimé que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'était pas remplie, faute pour le requérant de démontrer une atteinte grave et immédiate à sa situation économique, malgré ses allégations sur la perte de 99 % de son activité. La requête a été introduite plus de deux mois après la notification de la décision, ce qui a également été pris en compte pour écarter l'urgence. Aucune suspension n'a donc été ordonnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2025, M. C A, représenté par Me Eca, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, la suspension de la décision du 22 janvier 2025 par laquelle le préfet de la Moselle a prononcé le retrait de son habilitation pour instruire les demandes d'immatriculation des usagers et leur télétransmission dans le système d'immatriculation des véhicules ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Sur l'urgence : la décision a été exécutée et il n'a plus accès au système d'immatriculation des véhicules ; des milliers des dossiers qu'il traitait ne peuvent plus être transmis à la préfecture ; ses clients sont mécontents ; son activité génère à l'Etat français plus de 5 millions d'euros par an, ce qui démontre que le volume des dossiers traités est très important ;

- Sur l'existence d'un doute sérieux sur légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des termes de la convention d'habilitation qu'il avait signée ; le préfet n'a pas respecté la procédure d'avertissement prévue à l'article X.1 de cette convention ;

- la décision est manifestement disproportionnée par rapport aux faits qui lui sont reprochés et à l'objet poursuivi par cette mesure ;

- compte tenu de sa bonne foi et de l'absence d'intention frauduleuse, le préfet a entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de l'urgence ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 29 janvier 2025 sous le numéro 2500706 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Dorffer, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de Me Eca et de M. A, qui ont repris les conclusions et moyens de la requête et qui ont indiqué que, du fait de la décision litigieuse, M. A a dû cesser l'activité d'immatriculation des véhicules qui représente 99% de son activité et qu'il ne peut plus travailler.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour demander la suspension de la décision en date du 22 janvier 2025, par laquelle le préfet de la Moselle a prononcé le retrait de son habilitation pour instruire les demandes d'immatriculation des usagers et leur télétransmission dans le système d'immatriculation des véhicules, M. A se borne à faire valoir dans ses écritures qu'il n'a plus accès au système d'immatriculation des véhicules, que " des milliers des dossiers [qu'il] traitait ne peuvent plus être transmis à la préfecture ", que ces dossiers sont " en souffrance ", que " les clients deviennent ingérables, puisqu'ils râlent ", et que le volume des dossiers traités est très important. Ces circonstances, à les supposer établies, ne sont pas, à elles-seules, de nature à démontrer l'existence d'une situation d'urgence. Si le requérant a fait valoir à l'audience qu'il ne peut plus travailler et que l'activité pour laquelle l'habilitation retirée est nécessaire constitue 99 % de son activité, il n'apporte aucun élément, relatif notamment à son activité ou à son chiffre d'affaires, de nature à démontrer que cette mesure porte effectivement gravement atteinte à sa situation économique. En outre, la présente requête a été introduite plus de deux mois après la notification de la décision litigieuse. Ainsi, le requérant ne justifie pas, en l'espèce, de l'urgence pour lui de bénéficier d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision qu'il conteste. Dans ces conditions, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A, est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, et à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.

Fait à Strasbourg, le 10 avril 2025.

La juge des référés,

G. B

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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