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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2506193

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2506193

mardi 10 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2506193
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGHARZOULI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B... A... visant à annuler l'arrêté préfectoral de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que le refus était suffisamment motivé, que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, et que le respect de sa vie privée et familiale, au regard de l'article 8 de la CEDH et de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, n'était pas méconnu compte tenu de la brièveté et de l'instabilité des liens allégués en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Gharzouli, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 4 juillet 2025 par lequel le préfet de la Moselle lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, dans cette attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la même date ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l’illégalité du refus de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.

M. B... A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Rees a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

M. A... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle en cours d’instance, il n’y a pas lieu de statuer sur sa demande d’admission provisoire à cette aide.
Sur les autres demandes :

En ce qui concerne le refus de séjour :
En premier lieu, l’arrêté en litige comporte un énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s’est fondé pour refuser d’admettre au séjour M. A.... La décision de refus de séjour est ainsi régulièrement motivée.

En deuxième lieu, les énonciations de l’arrêté en litige permettent de vérifier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. A....

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (…) ».

M. A..., ressortissant algérien né en juillet 1995, est entré en France en décembre 2022, soit deux ans et demi seulement avant l’arrêté en litige. Il se prévaut de son mariage conclu en janvier 2025 avec une ressortissante française et de la nécessité de sa présence à ses côtés en raison de son état de santé. Toutefois, le mariage n’a été conclu que le 11 janvier 2025, six mois avant l’arrêté en litige, et le requérant, qui se borne à faire état d’une communauté de vie depuis plus d’un an à cette date, sans l’établir, n’apporte aucun autre élément permettant d’apprécier l’ancienneté et la stabilité de sa relation avec son épouse. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que l’état de santé de cette dernière rendrait indispensable sa présence à ses côtés. Dans ces conditions, et alors que l’obtention d’un titre de séjour en qualité de conjoint de Français, subordonnée à une entrée régulière sur le territoire, n’implique qu’une séparation temporaire d’avec son épouse, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a refusé de l’admettre au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et, à plus forte raison, de l’erreur manifeste d’appréciation, ne peuvent qu’être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l’obligation de quitter le territoire français :


En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l’illégalité du refus de séjour.

En deuxième lieu, l’arrêté en litige comporte un énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s’est fondé pour obliger M. A... à quitter le territoire français. La décision contestée est ainsi régulièrement motivée.

En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A..., ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu’être rejetées.


D E C I D E :

Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle de M. A....
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Moselle et à Me Gharzouli. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 15 janvier 2026 à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,
Mme Brodier, première conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.


Le rapporteur,





P. Rees
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,




H. Brodier

La greffière,




V. Immelé

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
Le greffier,


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