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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2509518

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2509518

mardi 30 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2509518
TypeDécision
RecoursInterprétation
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur la demande du préfet de la Moselle, ordonne l’expulsion de M. D..., Mme B... et M. C... du logement qu’ils occupent sans titre au sein d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) à Metz. La solution retenue se fonde sur les articles L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 521-3 du code de justice administrative. Le juge constate que le maintien des intéressés, dont les demandes d’asile ont été définitivement rejetées, fait obstacle à l’accueil de nouveaux arrivants, ce qui caractérise l’urgence et l’utilité de la mesure. Aucune contestation sérieuse n’étant soulevée, l’expulsion est autorisée avec le concours de la force publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2025, le préfet de la Moselle demande au juge des référés :

1°) d’enjoindre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A... D..., Mme F... B... et M. A... E... C... de libérer sans délai le logement qu’ils occupent, au sein du centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) géré par l’association AMLI, situé 23 avenue de Blida à Metz (Moselle) ;

2°) de l’autoriser à procéder à l’évacuation des lieux avec le concours de la force publique ;

3°) de l’autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s’y trouvant, aux frais et risques de M. D..., Mme B... et M. C... à défaut pour eux de les avoir emportés.

Il soutient que :
la mesure sollicitée revêt un caractère d’urgence et d’utilité dès lors que le maintien indu des intéressés dans les lieux entrave l’accueil de nouveaux arrivants dans le contexte d’un nombre limité de places dans les lieux d’accueil pour demandeurs d’asile ;
la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la mise en demeure de quitter les lieux, adressée aux intéressés, est restée infructueuse et qu’ils ne justifient d’aucune circonstance exceptionnelle de nature à justifier leur maintien dans la structure qui les héberge.

La requête a été communiquée à M. D..., Mme B... et M. C..., qui n’ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Michel, magistrat honoraire inscrit sur la liste prévue à l’article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

M. Michel, juge des référés, a lu son rapport au cours de l’audience publique du 15 décembre 2025, tenue en présence de Mme Trinité, greffière d’audience.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Moselle demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner l’expulsion de M. D..., Mme B... et M. C... du logement qu’ils occupent, situé 23 avenue de Blida à Metz.

2. D’une part, aux termes de l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles (…) ». Aux termes de l’article L. 552-2 dudit code : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ». Aux termes de l’article L. 552-15 du même code : « Lorsqu’il est mis fin à l’hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l’autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d’hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu’il soit enjoint à cet occupant sans titre d’évacuer ce lieu. / (…) / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l’ordonnance est immédiatement exécutoire ».
3. D’autre part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile d’un occupant sans titre, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.
5. En l’espèce, M. D... et Mme B..., ressortissants rwandais nés respectivement le 1er janvier 1978 et le 1er janvier 1976, ainsi que leur fils majeur, M. C..., né le 5 janvier 2006, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d’asile, au sein du CADA géré par l’association AMLI, situé 23 avenue de Blida à Metz. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par trois décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, en date du 27 novembre 2023 et notifiées le 12 février 2024. Ces décisions ont été confirmées par des décisions du 24 juin 2025 de la Cour nationale du droit d’asile, notifiées le 27 juin 2025. Ils ont été avisés, par des courriers du 7 juillet 2025 de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui leur ont été remis en mains propres le 15 juillet 2025, de la fin de leur droit au logement le 31 juillet 2025 et de l’obligation de libérer le logement avant cette date. Par un courrier du 4 septembre 2025, notifié le 11 septembre 2025, le préfet de la Moselle les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Il est constant que la mise en demeure est restée infructueuse.
6. Eu égard à l’important nombre de demandeurs d’asile en attente d’hébergement dans le département, l’évacuation de ce logement, dédié au seul accueil des demandeurs d’asile, présente un caractère d’urgence et d’utilité certain. Les intéressés n’invoquent aucune circonstance de nature à justifier leur maintien dans la structure qui les héberge. Il y a lieu, par suite, de leur enjoindre d’évacuer sans délai le logement dont s’agit.


O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint à M. D..., Mme B... et M. C..., ainsi qu’à tout autre occupant de leur chef, de libérer sans délai le logement qu’ils occupent, au sein du CADA géré par l’association AMLI, situé 23 avenue de Blida à Metz.

Article 2 : À défaut pour les intéressés de libérer immédiatement les lieux et d’évacuer les biens leur appartenant, le préfet de la Moselle pourra faire procéder à leur expulsion et à l’évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur, à M. A... D..., à Mme F... B... et à M. A... E... C.... Copie en sera adressée au préfet de la Moselle et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.


Fait à Strasbourg, le 30 décembre 2025.


Le juge des référés,




C. Michel


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,




G. Trinité

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