Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B..., ressortissant guinéen, qui sollicitait la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour. Le juge a constaté que le préfet du Bas-Rhin avait pris, le 30 juillet 2025, un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, dans le cadre de l'exécution d'un précédent jugement. Cette décision administrative postérieure fait obstacle à la mesure sollicitée, car la délivrance d'un récépissé ne peut intervenir lorsqu'une obligation de quitter le territoire français a été notifiée. La requête a donc été rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence ou l'utilité de la mesure.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mars 2026 et un mémoire en réplique enregistré le
8 avril 2026, M. A... B..., représenté Me Burkatzki, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au titre de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour et procéder au renouvellement du récépissé jusqu’à ce que sa situation soit réexaminée par une décision régulièrement notifiée, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) subsidiairement, d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de le convoquer à un rendez-vous afin que lui soit remis un récépissé de sa demande de titre de séjour et de procéder au renouvellement du récépissé jusqu’à ce que sa situation soit réexaminée par une décision régulièrement notifiée, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administratives et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les conditions d’urgence et d’utilité sont remplies dès lors que la délivrance d’un document provisoire de séjour intervient dans le cadre de l’exécution d’un jugement rendu par le tribunal administratif et est obligatoire jusqu’à ce que sa situation soit réexaminée et qu’il n’a obtenu aucune réponse de la préfecture malgré ses relances, que son dossier est complet et qu’il se trouve actuellement et de manière injustifiée en situation de séjour irrégulier ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative dès lors que la délivrance d’un récépissé ne préjuge pas de la décision finale prise sur une demande de titre de séjour et que l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne lui a pas été régulièrement notifiée ;
- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que le requérant a fait l’objet d’une décision de refus de titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C... pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».
Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de M. B....
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
M. B..., ressortissant guinéen, né le 26 février 1996, a déposé le
5 septembre 2023 une demande d’admission au séjour fondée sur sa vie privée et familiale, ayant été déclarée irrecevable par décision du 15 novembre 2023. Par un jugement du
27 mars 2025, le tribunal administratif a annulé cette décision et a enjoint au préfet du
Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. M. B... a été muni d’autorisations provisoires de séjour régulièrement renouvelées, dont la dernière était valable jusqu’au
24 septembre 2025. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et de renouveler ce récépissé jusqu’à ce que sa situation soit réexaminée et fasse l’objet d’une décision régulièrement notifiée.
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision. ».
Saisi, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
Il résulte de l’instruction, et notamment des pièces versées par le préfet du
Bas-Rhin, que ce dernier a pris à l’encontre de M. B..., dans le cadre de l’exécution du jugement du tribunal administratif de Strasbourg, rendu le 27 mars 2025, un arrêté du
30 juillet 2025 portant refus de délivrance d’un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qui a été notifié par voie postale le 4 août 2025 mais non réclamé à la poste. Si M. B... soutient avoir déclaré son changement d’adresse à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), il ne l’établit pas, et s’il soutient également avoir sollicité la transmission de cette décision, par le biais de son conseil, aux services préfectoraux, sans qu’aucune réponse ne lui ait été apportée, dès lors que le pli a été avisé le 4 août 2025 à l’adresse qu’il avait alors déclarée et qui est indiquée dans sa requête et n’a pas été réclamé à la poste, par ce dernier, dans le délai prévu, cet arrêté doit être considéré comme lui ayant été notifié. La circonstance, à la supposer établie, que M. B... n’ait pas réceptionné l’avis de passage l’invitant à retirer le pli au bureau de poste, ne remet pas en cause l’existence de cette décision, dès lors que, en tout état de cause, il en a pris connaissance dans le cadre du présent recours. Dans ces conditions, la décision du 30 juillet 2025 prise par le préfet du Bas-Rhin sur sa situation fait obstacle au prononcé des mesures sollicitées sur le fondement de l’article L.521-3 du code de justice administrative et tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé dans l’attente du réexamen de sa situation.
Il résulte de tout ce qui précède, et alors que l’intervention de la décision du
30 juillet 2025 ne rend pas sans objet la requête, que les conclusions de M. B... présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées ainsi que par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... à Me Burkatzki et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.
Fait à Strasbourg, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
M. C...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot