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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2601940

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2601940

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2601940
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par M. A..., ressortissant camerounais, d'une demande sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative visant à enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant invoquait l'urgence et l'utilité de la mesure face à une situation de précarité persistante. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le silence gardé par l'administration sur la demande de titre de séjour, déposée en 2019, avait fait naître une décision implicite de rejet, et que la demande de référé, qui tendait à contourner cette décision, se heurtait à une contestation sérieuse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2026 et un mémoire enregistré le 24 mars 2026, M. C... A... doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner au préfet de la Moselle de lui délivrer son titre de séjour en application des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il soutient que les conditions d’urgence et d’utilité sont remplies dès lors qu’en l’absence de délivrance d’un titre de séjour, il se trouve dans une situation de précarité et d’instabilité permanente depuis sept ans, étant placé sous récépissés d’une durée de trois mois, que cette situation l’empêche de trouver un logement stable, de bénéficier des aides sociales auxquelles il aurait droit, de s’inscrire au permis de conduire et, par suite, d’obtenir un emploi.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mars 2026 et le 8 avril 2026, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne sont pas remplies, notamment les conditions d’urgence et d’utilité, dès lors que la demande de M. A... reste incomplète malgré les relances effectuées par les services de la préfecture, et qu’il est placé sous récépissé, valable jusqu’au 9 juin 2026, ce qui implique que l’absence de titre de séjour n’a pas d’incidence immédiate sur sa situation administrative.

Par un mémoire en réplique enregistré le 9 avril 2026, M. A... soutient qu’il n’est pas en possession du dernier récépissé valable jusqu’au 9 juin 2026, que son récépissé actuel a expiré le 11 mars 2026 et qu’il a transmis les documents nécessaires à la poursuite de l’instruction.

Un mémoire a été enregistré le 27 mai 2026 pour M. A... et n’a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B... pour statuer sur les demandes de référés.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant camerounais né le 2 janvier 2001, a déposé, le 8 janvier 2019, une demande d’admission au séjour en qualité d’ancien mineur non accompagné pris en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance (ASE) avant l’âge de 16 ans sur le fondement de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour laquelle il a bénéficié d’une attestation de dépôt de dossier. Il est bénéficiaire de récépissés dont le dernier est valable jusqu’au 9 juin 2026. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Moselle de prendre toute mesure utile tendant à ce que lui soit délivré son titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision. ».

Saisi, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

D’autre part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois (…). ».

La circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer ou renouveler un récépissé ou une attestation de prolongation de l’instruction pour une durée supérieure au délai mentionné à l’article R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou postérieurement à l’expiration de ce délai ne fait pas obstacle à la naissance ou au maintien de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'administration au terme de ce délai.

Enfin, aux termes de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (…) ».
Il résulte de l’instruction que M. A... a sollicité en 2019 son admission au séjour en qualité d’ancien mineur non accompagné pris en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance avant l’âge de 16 ans sur le fondement de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. En application des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ainsi qu’il a été dit au point 5, le silence gardé par le préfet de la Moselle sur sa demande a fait naître, au terme d’un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet. Il en résulte que la mesure sollicitée aurait pour effet de faire obstacle à l’exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, la délivrance de récépissés permettant de conclure au caractère complet de la demande de titre de séjour au regard de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et une telle mesure ne saurait, dès lors, être prononcée par le juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

En tout état de cause, la mesure sollicitée, tendant à ce que le juge des référés ordonne au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour, ne présente pas de caractère provisoire ou conservatoire et n’est ainsi pas au nombre des mesures qui peuvent être présentées au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Il est toutefois loisible à M. A..., s’il s’y croit fondé, de contester devant le tribunal la décision implicite de refus de titre de séjour qui lui a été opposée par les voies de droit appropriées.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A... sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées ainsi que par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A..., et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Strasbourg, le 1er juin 2026.

Le juge des référés,

M. B...


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


C. Lamoot

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