Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme C..., ressortissante géorgienne. Celle-ci demandait qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de lui remettre un dossier de demande de titre de séjour pour raison médicale. Le juge a estimé que cette mesure était dépourvue d’utilité, car la demande de titre de séjour de l’intéressée avait déjà été clôturée par une décision du 15 janvier 2026 pour dossier incomplet, ce qui faisait obstacle à l’injonction sollicitée. La condition d’urgence n’a pas été examinée en raison de ce défaut d’utilité.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2026, Mme A... D... épouse C..., représentée par Me Berry, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au titre de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui remettre un dossier comprenant une notice explicative l’informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 200 euros au profit de son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que son état de santé s’est aggravé depuis le dépôt de sa demande, qu’elle est placée dans une situation d’incertitude quant à son droit au séjour, qu’elle ne dispose pas de solution effective pour obtenir la régularisation de son statut en France ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’elle lui permettra de voir sa demande de régularisation enregistrée et instruite, qu’elle ne dispose d’aucune autre voie de recours, qu’elle remplit toutes les conditions pour se voir attribuer le titre de séjour demandé, qu’elle nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait des conséquences d’une exceptionnelle gravité, et dont elle ne pourrait bénéficier effectivement en Géorgie ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d’urgence n’est pas remplie et que la décision du
15 janvier 2026 clôturant la demande de l’intéressée fait obstacle à ce que le juge des référés statue sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B... pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».
En application de ces dispositions, il y a lieu d’admettre Mme C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
Mme C..., ressortissante géorgienne née le 13 mars 1965, est entrée en France le 10 novembre 2021. Elle a été déboutée de sa demande d’asile par une décision du
10 mars 2022 puis elle a fait l’objet d’un arrêté du 28 décembre 2022 portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Le 25 juin 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour portant la mention « étranger malade », au moyen du téléservice de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui remettre un dossier comprenant une notice explicative l’informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge dans un délai de 48 heures.
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 511-1 de ce code : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ».
Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
Il résulte de l’instruction que, par une décision du 15 janvier 2026, la demande de titre de séjour portant la mention « étranger malade » déposée le 25 juin 2024 sur la plateforme de l’ANEF par Mme C... a été clôturée en raison de l’incomplétude de son dossier. Dès lors, la mesure tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de remettre à l’intéressée un dossier comprenant une notice explicative l’informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge afin que l’instruction de sa demande de titre puisse se poursuivre est dépourvue d’utilité. En tout état de cause, la décision de clôture du 15 janvier 2026 fait obstacle à ce que le juge des référés enjoigne une telle mesure au préfet du Bas-Rhin.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C... sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à A... D... épouse C..., à
Me Berry et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.
Fait à Strasbourg, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
M. B...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot