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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2602430

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2602430

mardi 7 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2602430
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantGAUDRON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé-suspension, a rejeté la demande de suspension d'une décision implicite de rejet de titre de séjour pour raisons de santé. Le juge a estimé que la requérante, Mme A..., n'avait pas justifié de l'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en ne démontrant pas de circonstances particulières créant une nécessité immédiate. En revanche, il a prononcé son admission provisoire à l'aide juridictionnelle au titre de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2026, Mme B... A..., représentée par Me Gaudron, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Bas-Rhin pendant quatre mois sur sa demande de titre de séjour du 28 février 2025 pour raisons de santé ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de l’ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente de l’examen de sa demande, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Me Gaudron, son avocat, au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l’urgence :
- la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à son droit de se maintenir en France et à son droit à la vie privée et familiale ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure en l’absence de saisine de la commission du titre de séjour au regard de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d’urgence n’est pas remplie et qu’il n’existe, en l’état de l’instruction, aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2602396 tendant à l’annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Bas-Rhin sur la demande de titre de séjour du 28 février 2025 ;

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gros, vice-président, comme juge des référés sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 1er avril 2026 en présence de Mme Markosyan, greffière d’audience :
- le rapport de M. Gros, juge des référés ;
- les observations de Me Carraud substituant Me Gaudron, avocate de Mme A....

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante ivoirienne née le 16 octobre 1979, est entrée en France le 21 février 2022 aux fins de solliciter l’asile. Sa demande a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 17 septembre 2024, puis par la Cour nationale du droit d’asile, le 5 mars 2025. Le 28 février 2025, elle a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. Par sa requête, elle demande la suspension de la décision de rejet implicite née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet du Bas-Rhin sur sa demande.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence (…), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».

Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de Mme A....

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes des dispositions de l’article 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».

Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

En l’espèce, en se bornant à faire valoir que le refus opposé à sa demande de titre de séjour « retarde, voire empêche son processus de régularisation » et « la laisse dans la plus grande incertitude quant à son droit séjour », Mme A... ne justifie d’aucune circonstance particulière de nature à mettre en évidence une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, alors qu’il résulte de ce qui a été énoncé au point 1 qu’elle ne s’est pas vu opposer, à la suite du rejet de sa demande d’asile, un refus de renouvellement de titre de titre séjour auquel s’attache la présomption précitée au point 5. Par suite, la condition d’urgence n’est pas remplie.

Dès lors, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme A... doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également les conclusions aux fins d’injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :


Article 1er : Mme A... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A... est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A..., à Me Gaudron et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Fait à Strasbourg, le 7 avril 2026


Le juge des référés,





T. Gros



La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier


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