Le Tribunal Administratif de Strasbourg, statuant en référé sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme C..., ressortissante sud-africaine, afin d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de la convoquer pour déposer une demande de titre de séjour. En cours d'instance, le préfet a convoqué la requérante, rendant sans objet les conclusions principales à fin d'injonction. Le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur ces demandes, tout en admettant provisoirement Mme C... à l'aide juridictionnelle et en réservant les conclusions relatives aux frais d'instance présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 avril 2026, Mme A... C..., représentée par Me Hentz, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au titre de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de la convoquer à un rendez-vous afin de faire enregistrer sa demande de titre de séjour et de fixer comme date de dépôt la date du
8 décembre 2025, date à laquelle elle a sollicité un rendez-vous, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
5°) en cas de rejet de la demande d’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle a sollicité un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour après l’obtention de sa majorité et qu’en l’absence de réponse à cette demande et notamment de document provisoire l’autorisant à séjourner régulièrement en France, elle se trouve dans l’impossibilité de trouver un emploi ou de poursuivre une formation ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative dès lors que sa demande de titre de séjour n’a pas encore pu être enregistrée.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2026, le préfet du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que la requérante a été convoquée à un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour.
Par un mémoire, enregistré le 20 avril 2026, Mme A... C..., représentée par Me Hentz, déclare que dans l’hypothèse où un non-lieu à statuer serait prononcé, elle maintient ses conclusions présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B... pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Mme C..., ressortissante sud-africaine, née le 2 février 2007, a sollicité un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l’article L.423-21 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en tant que mineure entrée en France, au plus tard, à l’âge de 13 ans, le 8 décembre 2025, au moyen de la plateforme numérique « démarches numériques ». Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour, de fixer la date d’enregistrement de sa demande de titre de séjour au
8 décembre 2025 et de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».
Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de Mme C....
Sur les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de la convoquer à un rendez-vous :
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision. ». Aux termes de l'article L.511-1 du même code : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ».
Saisi, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
Aux termes de l’article R.431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu’il précise. (…) ».
Il résulte de l’instruction que, postérieurement à l’introduction de la présente requête, le préfet du Bas-Rhin a convoqué Mme C... à un rendez-vous, le 12 juin 2026, afin de déposer et faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Par suite, les conclusions de Mme C... tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour ont perdu leur objet.
Il résulte de ce qui précède qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme C... sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative et tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour, laquelle donnera lieu à la délivrance du récépissé prévu par les dispositions précitées de l’article R.431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans l’hypothèse où le dossier de demande de titre de séjour de Mme C... serait complet.
Sur les conclusions tendant à ce que sa demande soit considérée comme enregistrée à la date du 8 décembre 2025 :
Si Mme C... demande à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de considérer sa demande de titre de séjour comme enregistrée le 8 décembre 2025, date à laquelle elle a sollicité un rendez-vous en préfecture dans le but de déposer sa demande de titre de séjour, il n’entre pas dans l’office du juge des référés, lequel ne peut prononcer que des mesures à caractère provisoire et statuant en application des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’administration de fixer l’enregistrement d’une demande de titre de séjour à une date qu’il détermine sans que cela ne conduise à ce qu’il fasse œuvre d’administrateur.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme C... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative et tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de considérer sa demande de titre de séjour comme étant enregistrée à la date du 8 décembre 2025 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Mme C... étant admise provisoirement à l’aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, en application de ces dispositions, sous réserve que Mme C... soit admise définitivement au bénéfice de l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hentz, son avocate, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État la somme de 800 euros à verser à Me Hentz.
ORDONNE :
Article 1er : Mme C... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative et tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de la convoquer à un rendez-vous.
Article 3 : Les conclusions de la requête de Mme C..., présentées sur le fondement des dispositions de l’article L.521-3 du code de justice administrative et tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet du Bas-Rhin de fixer la date d’enregistrement de sa demande de titre de séjour au 8 décembre 2025 sont rejetées.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin, si son dossier est complet et sous réserve que les conditions légales soient réunies, de délivrer à Mme C... un récépissé de sa demande de titre de séjour, l’autorisant à travailler.
Article 5 : L’État versera en application du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du
10 juillet 1991, une somme de 800 euros à Me Hentz, sous réserve de l’admission définitive de Mme C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Hentz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C..., à Me Hentz et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.
Fait à Strasbourg, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
M. B...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Lamoot