mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2105534 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KAMMOUSSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2021 et 23 mars 2022, M. C A, représenté par Me Kamoussi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mai 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaire d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté son recours à l'encontre de la décision de la directrice adjointe du centre de détention de Roanne du 2 avril 2021 prononçant un encellulement disciplinaire de vingt jours, dont quinze avec sursis, ainsi que le déclassement de son emploi ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité totale de 5 662,74 euros en réparation des conséquences dommageables des sanctions illégales ainsi prononcées ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de poursuite devant la commission de discipline est entachée d'incompétence ;
- la convocation devant la commission de discipline n'énonce pas l'intégralité des droits mentionnés à l'article R. 57-7-17 du code de procédure pénale ;
- la procédure suivie n'a pas respecté les droits de la défense ; les délais de préparation de la défense et de convocation n'ont pas respecté les exigences de l'article R. 57-7-16 du même code ni celles de la circulaire du 9 juin 2011 ; le refus de renvoi du conseil de discipline est entaché d'illégalité ; le droit au contradictoire a été méconnu dès lors qu'il n'a pu avoir accès à l'intégralité des pièces du dossier disciplinaire ;
- la suspension d'exercice de l'activité professionnelle prononcée en application de l'article R. 57-7-22 du code précité est illégale ;
- la décision prononçant les sanctions attaquées est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait ; les faits reprochés ne peuvent être regardés comme constitués ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir ;
- l'illégalité de la décision attaquée engage la responsabilité fautive de l'Etat ;
- ses préjudices peuvent être évalués à :
* 2 062,74 euros s'agissant de ses pertes de revenus ;
* 600 euros s'agissant des troubles dans ses conditions de détentions du fait de la perte de revenus ;
* 1 000 euros s'agissant des troubles liés à sa privation d'activité ;
* 2 000 euros s'agissant de ses pertes de chances de bénéficier d'aménagements de peine et de libération anticipée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;
- les moyens d'annulation soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- la réalité des préjudices invoqués n'est pas établie ; en tout état de cause, les montants de ces préjudices sont excessifs.
Par ordonnance du 25 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 avril 2022.
M. A a été admis au bénéfice d'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, écroué depuis le 20 janvier 2018 au centre de détention de Roanne, a fait l'objet de poursuites disciplinaires à raison d'un incident intervenu au sein des ateliers de ce centre. Par une décision du 12 mai 2021, la directrice interrégionale par intérim des services pénitentiaire d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé les sanctions prononcées à son encontre par la directrice adjointe du centre de détention de Roanne le 2 avril 2021. M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser des conséquences dommageables de ces sanctions qu'il estime illégales.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 8° La mise en cellule disciplinaire ". L'article R. 57-7-34 suivant dispose que : " Lorsque la personne détenue est majeure, les sanctions disciplinaires suivantes peuvent également être prononcées : () 2° Le déclassement d'un emploi ou d'une formation lorsque la faute disciplinaire a été commise au cours ou à l'occasion de l'activité considérée ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, pour infliger une sanction de vingt jours d'encellulement disciplinaire, dont quinze avec sursis, et le déclassement de son emploi au sein des ateliers du centre de détention, l'autorité compétente a retenu que M. A avait exercé des violences physiques à l'encontre d'un autre détenu, l'avait insulté et menacé et qu'il en avait résulté une entrave dans le fonctionnement des activités de travail au sein de cet atelier. Toutefois, il ressort des termes mêmes du constat d'incident du 25 mars 2021, sur lequel est fondée la décision attaquée, que l'ensemble des faits reprochés n'ont pas été constatés personnellement par le surveillant rédacteur de ce compte rendu, lequel se borne à faire état de la seule version des faits rapportée par l'autre détenu impliqué dans l'altercation. Il apparaît que ce dernier a seul été entendu lors de la rédaction du rapport d'incident en cause. Si le ministre de l'intérieur verse des éléments complémentaires, par ailleurs non versés au dossier disciplinaire, faisant état de témoignages non identifiables ni spécifiques corroborant la version de la victime, de tels éléments n'apparaissent pas cohérents avec les témoignages écrits produits par le requérant émanant pour partie de témoins de l'incident. Enfin, la seule production d'un certificat médical indiquant une interruption temporaire de travail d'un jour de l'autre détenu impliqué, constatant une anxiété et une dermabrasion du nez, ne saurait établir la matérialité des faits, le rapport d'incident caractérisant pour sa part une absence de saignements ou d'hématomes. Dans ces conditions, les faits reprochés à M. A ne peuvent être tenus pour établis ni, en conséquence, justifier des poursuites disciplinaires qui l'ont visé.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens d'annulation invoqués, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code précité n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
7. Par un courrier du 23 mars 2022, M. A a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait de la décision en litige, l'administration ayant implicitement rejeté cette demande avant la date du présent jugement. Dans ces conditions, et en application des principes ci-dessus analysés, les conclusions indemnitaires de la requête sont recevables et la fin de non-recevoir opposée par le ministre doit être écartée.
8. D'autre part, l'illégalité de la décision attaquée engage la responsabilité fautive de l'Etat à en réparer les conséquences dommageables, pour autant que les préjudices invoqués sont en lien direct et certain avec cette décision.
9. Il résulte de l'instruction que la décision de déclassement illégale annulée par le présent jugement a privé M. A des revenus qu'il tirait de son emploi dans les ateliers du centre de détention de Roanne. L'intéressé établit, par la production de bulletins de paie, qu'il aurait perçu 2 062,74 euros de salaire entre l'intervention de la décision annulée et sa date de libération, le 21 septembre 2021. Il y a ainsi lieu de condamner l'Etat à lui verser cette somme en réparation de son préjudice financier.
10. M. A fait également valoir qu'il a subi un isolement social, une perte de confort en détention ainsi qu'une perte de chance de bénéficier de remise de peine et d'une meilleure insertion du fait de la perte de son emploi dans les ateliers. Il sera fait une juste appréciation de ses troubles de toute nature dans les conditions d'existence en évaluant un tel préjudice à hauteur de 500 euros.
11. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser une somme de 2 562,74 euros à M. A en réparation des conséquences dommageables de la décision en litige.
Sur les frais du litige :
12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kamoussi, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au profit de Me Kamoussi.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du 12 mai 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaire d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté le recours de M. A à l'encontre de la décision disciplinaire de la directrice adjointe du centre de détention de Roanne du 2 avril 2021 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une indemnité de 2 562,74 euros (deux mille cinq cent soixante-deux euros et soixante-quatorze centimes).
Article 3 : L'Etat versera à Me Kamoussi une somme de 1 000 (mille) euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Kamoussi et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026