mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2201409 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHESNEY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E K, Mme I K, M. H F et Mme G F ont demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 janvier 2019 par laquelle le maire de la commune de Rillieux-la-Pape a, au nom de la commune, tacitement délivré à M. J B et Mme D A un permis de construire une maison individuelle et une piscine, qui a été transféré le 7 janvier 2020 à M. L C.
Par un jugement n° 1905421 du 10 décembre 2020, le tribunal administratif de Lyon a annulé cette décision.
Par une décision n° 449496 du 31 janvier 2022, le Conseil d'État statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi de M. L C, a annulé ce jugement et renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Lyon.
Procédure devant le tribunal :
Par une requête et quatre mémoires, enregistrés le 27 juin 2019, le 12 juillet 2019, le 19 août 2019, le 4 décembre 2019 et le 22 juin 2020, M. E K, Mme I K, M. H F et Mme G F, représentés par Me Chesney, avocat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 janvier 2019 par laquelle le maire de Rillieux-la-Pape a, au nom de la commune, tacitement délivré à M. J B et Mme D A un permis de construire une maison individuelle et une piscine, qui a été transféré le 7 janvier 2020 à M. L C ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rillieux-la-Pape une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir contre le permis de construire tacitement délivré à M. B et Mme A ;
- la demande de permis de construire aurait dû faire l'objet d'un sursis à statuer en application de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 12 avril 2018 de non-opposition à la déclaration préalable de division du terrain d'assiette du projet de construction est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le maire de la commune de Rillieux-la-Pape " n'a pas opposé un sursis à statuer au titre de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme sur cette déclaration préalable ", alors que le projet objet de la déclaration préalable de division est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, dès lors que le règlement de ce futur plan protège les espaces verts présents sur le terrain en cause par un classement en espace boisé classé et en espace végétalisé à valoriser ;
- le permis de construire attaqué méconnaît la prescription contenue dans l'arrêté du 12 avril 2018 de non-opposition à la déclaration préalable de division selon laquelle " il s'avère nécessaire de garantir a minima la préservation des conifères ", dès lors que le diagnostic paysager du dossier de demande de permis de construire précise que les arbres présents sur la parcelle d'assiette du projet seront, pour l'essentiel, abattus.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 12 septembre 2019, le 28 février 2020 et le 19 avril 2022, la commune de Rillieux-la-Pape, représentée par la SELARL ATV Avocats associés, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge in solidum des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 12 avril 2018 de non-opposition à la déclaration préalable de division est irrecevable, dès lors que cette décision est devenue définitive avant l'introduction de la requête ;
- ce moyen et les autres moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 2 mars 2020, le 28 avril 2020 et le 7 avril 2022, M. L C, représenté par l'association d'avocats Jakubowicz et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge in solidum des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 12 avril 2018 de non-opposition à la déclaration préalable de division est irrecevable, dès lors que cette décision est devenue définitive avant l'introduction de la requête ;
- ce moyen et les autres moyens présentés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Drouet, président,
- les conclusions de Mme Reniez, rapporteure publique,
- les observations de Me Haxaire, avocat (SELARL ATV Avocats associés), pour la commune de Rillieux-la-Pape,
- et les observations de Me Grisel, avocat (association d'avocats Jakubowicz et Associés), pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 avril 2018, le maire de la commune de Rillieux-la-Pape ne s'est, au nom de la commune, pas opposé à la déclaration préalable de lotissement pour la division d'un terrain. Le 5 janvier 2019, le maire a, au nom de la commune, tacitement délivré à M. B et Mme A un permis de construire une maison individuelle et une piscine sur une parcelle issue de cette division. Ce permis de construire a ensuite été transféré à M. C le 7 janvier 2020. M. et Mme K et M. et Mme F demandent l'annulation pour excès de pouvoir de ce permis de construire.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme prévoit les différentes hypothèses permettant à l'autorité compétente de surseoir à statuer sur des demandes d'autorisations concernant des travaux, constructions ou installations. Parmi ces hypothèses, le deuxième alinéa de cet article renvoie notamment aux cas prévus à l'article L. 153-11 du même code, dont le troisième alinéa dispose que : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. "
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 442-14 du même code : " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date. " Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente ne peut légalement surseoir à statuer, sur le fondement de l'article L. 424-1 du même code, sur une demande de permis de construire présentée dans les cinq ans suivant une décision de non-opposition à la déclaration préalable de lotissement au motif que la réalisation du projet de construction serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme.
4. Il est constant que le maire de la commune de Rillieux-la-Pape a, le 12 avril 2018, pris une décision de non-opposition à la déclaration préalable de lotissement pour la division d'un terrain et a, le 5 janvier 2019, soit moins de cinq ans après cette décision de non-opposition, tacitement délivré un permis de construire une maison individuelle et une piscine sur une parcelle issue de cette division. Dans ces conditions, le maire n'a pas entaché sa décision tacite attaquée d'illégalité en n'opposant pas un sursis à statuer à la demande de permis de construire présentée sur une parcelle du lotissement ainsi autorisé. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que le permis de construire contesté aurait dû faire l'objet d'un sursis à statuer en application de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.
5. En deuxième lieu, il est constant que la déclaration préalable de division déposée le 20 mars 2018 a pour objet de détacher de la parcelle cadastrée section d'une contenance de quinze ares et un centiare un terrain à bâtir d'une superficie de six ares et quatre-vingts centiares. Si le projet de plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon arrêté le 11 septembre 2017 classait ce terrain en espace boisé classé pour une moitié de sa surface environ et en espace végétalisé à valoriser pour environ un quart, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet objet de la déclaration préalable litigieuse, qui consiste seulement à détacher un lot à bâtir sans emporter construction de bâtiment ni d'équipements et sans comporter de précision sur la consistance de la construction ultérieurement envisagée, serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme et de l'habitat de la métropole de Lyon, alors que le zonage envisagé par ce futur plan permettait la construction d'une habitation individuelle dans un secteur en comportant déjà de nombreuses. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de la commune de Rillieux-la-Pape, en s'abstenant d'opposer un sursis à statuer au titre de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme sur la déclaration préalable de division déposée le 20 mars 2018, aurait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation son arrêté du 12 avril 2018 portant non-opposition à cette déclaration préalable.
6. En dernier lieu, il est notamment mentionné dans l'arrêté du 12 avril 2018 de non-opposition à la déclaration préalable de division : " Le lot à bâtir projeté est concerné, dans sa quasi-totalité, par des protections végétales : espace boisé classé (EBC) et espace végétal à valoriser (EVC). / Compte tenu des caractéristiques paysagères et végétales du site, et à l'appui de l'avis du service Arbres et Paysages, il s'avère nécessaire de garantir a minima la préservation des conifères. / Dans cet objectif, et afin de garantir les droits du futur acquéreur, il conviendrait dès à présent que le dossier de déclaration de division précise une zone d'implantation de la future construction située en dehors de l'EBC inscrit au projet de PLU-h. ". Eu égard à ses termes, cette mention, qui vise le contenu du seul dossier de déclaration préalable de division et qui constitue une simple recommandation sans valeur prescriptive, ne saurait constituer une prescription opposable à la demande de permis de construire déposée ultérieurement le 5 novembre 2018 et à la décision attaquée du 5 janvier 2019 prise sur cette demande. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de la méconnaissance de cette mention par le permis de construire litigieux.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. K et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 5 janvier 2019 par laquelle le maire de la commune de Rillieux-la-Pape a, au nom de la commune, tacitement délivré à M. B et Mme A un permis de construire une maison individuelle et une piscine.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rillieux-la-Pape, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants les sommes demandées par la commune de Rillieux-la-Pape et par M. C au même titre.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête n° 2201409 est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Rillieux-la-Pape et par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E K en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Rillieux-la-Pape et à M. L C.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Drouet, président,
- Mme Maubon, première conseillère,
- Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
Le président rapporteur,
H. DrouetL'assesseure la plus ancienne,
G. Maubon
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026