jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MERAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mai 2022 et 5 mai 2023, Mme A F, épouse C, et M. H C, représentés par Me Vray, demandent au tribunal :
1°) d'annuler :
- l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le maire de Villeurbanne a délivré à M. D un permis de construire pour la surélévation d'une maison existante sur un terrain situé 7 B rue de Barcelone, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux ;
- l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de Villeurbanne a délivré un permis de construire modificatif ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Villeurbanne une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir ;
- leur requête n'est pas tardive ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors que l'accès à la construction n'est pas visible, que le dossier n'a pas permis au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement et que le traitement des espaces libres n'est pas mentionné ;
- le projet méconnaît les articles 2.2.1 et 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon applicables à la zone URi1, relatifs à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ;
- il méconnaît les articles 3.1 et 3.2.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicables à la zone URi1, relatifs au traitement des espaces libres et au coefficient de pleine terre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, M. B D, représenté par Me Meraud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les requérants ne disposent pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, la commune de Villeurbanne conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les requérants ne disposent pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Vray, représentant Mme F épouse C et M. C, requérants,
- et celles de Mme G, représentant la commune de Villeurbanne.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a déposé en mairie de Villeurbanne le 18 octobre 2021 une demande de permis de construire pour la surélévation d'une maison existante sur un terrain situé 7 B rue de Barcelone. Par un arrêté du 6 décembre 2021, le maire de Villeurbanne lui a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Par un arrêté du 15 avril 2022, le maire a ensuite délivré à M. D un permis de construire modificatif. Par la présente requête, Mme F, épouse C, et M. C demandent au tribunal l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2021, de la décision rejetant implicitement leur recours gracieux ainsi que de l'arrêté du 15 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Et aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".
3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
4. En l'espèce, la notice du dossier de demande de permis de construire initial, qui porte sur la surélévation d'une maison existante, précise que les accès à la parcelle existants ne sont pas modifiés. La notice du dossier de permis de construire modificatif précise également qu'il n'existe aucun espace planté sur la parcelle et que la surface résultant de la démolition du cabanon sera enherbée. En outre, le dossier comporte un plan de situation, un extrait du plan cadastral, un document d'insertion paysagère et six documents photographiques permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait de représenter, dans le dossier de demande de permis de construire, la maison des requérants dans sa totalité pour apprécier l'environnement proche du projet. Dans ces conditions, le service instructeur a pu apprécier le traitement de l'accès du projet, son insertion dans l'environnement et le traitement des espaces libres. Dès lors, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté dans toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 2.1 des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon, applicables à la zone URi1 : " Implantation des constructions par rapport aux voies et aux emprises publiques ou privées / Les présentes dispositions s'appliquent aux seules constructions de premier rang*. / 2.1.1 - Règle générale / Les constructions peuvent être implantées soit en limite de référence* ou en limite de la marge de recul*, soit en recul* de ces dernières. / Le choix d'implantation des constructions est apprécié au regard de l'implantation des constructions voisines afin de préserver une harmonie dans les séquences urbaines homogènes. / En cas de recul*, ce dernier est au maximum égal à 5 mètres (Rl = 5 m). " Et aux termes de l'article 2.1.2 des dispositions du règlement du PLU-H applicables à cette même zone : " Une implantation différente de celle prévue par la règle peut être appliquée dans les conditions et cas suivants : () / e. l'extension* d'une construction existante*, à la date d'approbation du PLU-H, dont l'implantation n'est pas conforme à la règle, dès lors qu'elle est réalisée dans le respect d'une harmonie d'ensemble de la construction. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 2.2 des dispositions du règlement du PLU-H applicables à la zone URi1 : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives / 2.2.1 - Règle générale / Les constructions peuvent être implantées soit sur les limites séparatives, soit en retrait* de ces dernières. / Le retrait* est au moins égal à : / - la moitié de la hauteur de façade* de la construction (R = Hf/2), avec un minimum de 2 mètres, par rapport aux limites séparatives latérales* ; / - 4 mètres (R = 4 m), par rapport aux limites séparatives de fond de terrain*. ". Et aux termes de l'article 2.2.2 des dispositions du règlement du PLU-H applicables à cette même zone : " Une implantation différente de celle prévue par la règle peut être appliquée dans les conditions et cas suivants : () / d. l'extension* d'une construction existante*, à la date d'approbation du PLU-H, dont l'implantation n'est pas conforme à la règle, dès lors qu'elle est réalisée dans le respect d'une harmonie d'ensemble avec la construction existante dans le prolongement des murs et qu'aucune baie* nouvelle n'est créée dans les parties de la construction qui ne respecteraient pas le retrait* minimal prévu par la règle. () ".
7. Les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de l'article 2.2.1 précité du règlement du PLU-H applicable à la zone URi1, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limite séparative, à l'égard de la façade ouest de l'extension projetée, cette façade étant implantée en recul par rapport à la limite de référence que constitue la rue de Barcelone. En revanche, le pétitionnaire est fondé à se prévaloir de la règle alternative prévue à l'article 2.1.2 des dispositions du règlement du PLU-H applicables à la zone URi1, laquelle autorise l'implantation de l'extension d'une construction existante dans la marge de recul dès lors qu'elle respecte une harmonie d'ensemble de la construction, les requérants ne contestant pas le respect de cette condition. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2.2.1 et 2.2.2 du règlement du PLU-H à l'égard de la façade ouest de la construction projetée ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3.1 des dispositions du règlement du PLU-H applicables à la zone URi1 : " Les principes d'aménagement des espaces libres / L'aménagement des espaces libres ne peut être réduit à un traitement des surfaces résiduelles de l'emprise du bâti, mais il est intégré dans la conception globale de tout projet comme un élément structurant, source de paysage et de biodiversité. Il concourt à : / - l'insertion des constructions dans leur paysage urbain et à la qualité des transitions entre espaces bâtis et espaces agricoles ou naturels ; / - l'amélioration du cadre de vie d'un point de vue paysager et bioclimatique ; / - l'enrichissement de la biodiversité en ville ; / - la gestion de l'eau pluviale et de ruissellement. () ". L'article 3.2.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone URi1 prévoit que le coefficient de pleine terre est différencié selon les secteurs. Il s'élève à 25 % en secteur URi1a, au sein duquel se situe le terrain litigieux, quelle que soit la superficie du terrain. Et aux termes de l'article 3.2.4 des dispositions du règlement du PLU-H applicables à cette même zone : " Les travaux, les extensions* et changements de destination affectant une construction existante*, à la date d'approbation du PLU-H, implantée sur un terrain ou partie de terrain, présentant une surface de pleine terre* inférieure à celle prévue par la règle, peuvent être admis dès lors qu'ils n'ont pas pour effet de réduire la surface de pleine terre* existante avant travaux. ".
9. D'une part, la notice du dossier de demande de permis de construire modificatif indique qu'il n'existe pas d'espace planté sur la parcelle et que la surface résultant de la démolition du cabanon sera enherbée. M. et Mme C n'établissent pas, par leurs seules allégations, que l'enherbement réalisé après la démolition du cabanon ne constituerait pas un aménagement des espaces libres intégré à la conception du projet, compte tenu en particulier de la superficie de 10 % du terrain d'assiette concernée par cette démolition et de la surface relativement limitée de 152 m² de ce terrain. D'autre part, la création d'une terrasse en bois ajourée d'une superficie de 11 m² est compensée par la démolition du cabanon, d'une superficie minimale de 13 m². S'il est vrai que les requérants soutiennent que la surface de pleine terre est en réalité réduite par le projet en litige, qui porte sur des travaux d'extension affectant une construction existante, il ressort toutefois des pièces du dossier de demande de permis de construire initial que les dimensions du cabanon dont ils se prévalent, d'une longueur de 4,20 mètres et d'une largeur de 2,20 mètres, ne correspondent pas aux dimensions du cabanon existant mentionnées sur le plan de masse, lequel fait apparaître une longueur de 5,24 mètres et une largeur comprise entre 2,49 et 2,71 mètres. Dans ces conditions, dès lors qu'ils n'établissent pas que le projet réduit la surface de pleine terre existante avant travaux, le pétitionnaire peut se prévaloir de l'application de la règle alternative prévue à l'article 3.2.4 précité du règlement du PLU-H. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3.1 et 3.2.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicables à la zone URi1, relatifs au traitement des espaces libres et au coefficient de pleine terre, ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 6 décembre 2021 et 15 avril 2022 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeurbanne qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme à verser à la commune de Villeurbanne et à M. D en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F, épouse C, et M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villeurbanne et M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, épouse C, à M. H C, à la commune de Villeurbanne et à M. B D.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
F.-M. ELe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026