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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2206066

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206066

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206066
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2022, M. A C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 juillet 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision portant refus d'admission au séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la signature électronique apposée sur cette décision ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation de la préfète de l'Ain, tant au regard de la promesse d'embauche qu'il a présentée que de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français manque de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi seront annulées par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire enregistré le 8 septembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 20 mai 1985, est entré en France le 3 septembre 2014 muni d'un passeport assorti d'un visa de court séjour. Il a épousé le 13 juillet 2019 une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident. Ils sont parents d'un enfant né le 14 avril 2020. Alors que son épouse a déposé, le 20 juillet 2020, une demande en vue d'un regroupement familial en sa faveur, M. C a sollicité la veille la délivrance d'un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale. Par arrêté du 19 octobre 2020, l'admission au séjour lui a été refusée et a été assortie d'une mesure d'éloignement. À la suite du rejet de la demande de regroupement familial le 1er juin 2022 et des observations que M. C a adressées, sur invitation de la préfète de l'Ain, le 16 juin 2022, celle-ci a, par des décisions du 7 juillet 2022, refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office. M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision attaquée portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision. "

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par l'apposition d'un fac-similé de la signature de Mme B, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain. Cette décision n'ayant pas fait l'objet d'une signature électronique au sens de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, le requérant ne peut utilement soutenir qu'elle méconnaît les règles du référentiel général prévu par l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 et les dispositions de l'article 1367 du code civil relatives à l'usage d'un procédé fiable d'identification lorsque la signature est électronique. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure entachant le refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. M. C, arrivé en France en 2014, vit depuis avril 2019 avec une ressortissante marocaine qu'il a épousée le 13 juillet 2019 et qui dispose d'un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'en 2028. Leur fils est né le 14 avril 2020 alors que son épouse est par ailleurs la mère de deux autres enfants nés en France, âgés de 13 et 11 ans, dont le père est décédé en 2014. Si les pièces produites par M. C permettent de justifier de la réalité de leur vie commune à la date de la décision litigieuse, ainsi que de sa participation à l'éducation et à l'entretien des trois enfants en qualité de père au foyer, il s'est toutefois maintenu sur le territoire français malgré une mesure d'éloignement prise à son encontre récemment, le 19 octobre 2020. Dans ces conditions, compte tenu du caractère encore récent de sa vie privée et familiale en France à la date à laquelle elle a été prise, la décision en litige refusant à M. C la délivrance d'un titre de séjour ne porte pas, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision contrevient aux stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième et dernier lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour comparables à celles de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Si M. C se prévaut de sa durée de résidence en France depuis huit ans, de son mariage depuis trois ans avec une ressortissante marocaine en situation régulière, de la naissance de leur fils en avril 2020 et de ce qu'il participe à l'éducation et à l'entretien des deux autres enfants de son épouse, il ne justifie pas ainsi de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Il n'en justifie pas davantage pour bénéficier d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", en se prévalant d'une promesse d'embauche du 20 mai 2022, transmise en préfecture le 16 juin 2022, pour un poste de plaquiste en contrat à durée indéterminée, alors que les statistiques de Pôle emploi auxquelles il renvoie ne démontrent aucune difficulté de recrutement dans ce type d'activités dans le bassin d'emploi concerné et qu'il ne conteste pas n'avoir aucune formation, ni expérience professionnelle dans ce domaine d'emplois. La préfète de l'Ain n'a dès lors pas entaché l'acte litigieux d'une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne les autres décisions contestées :

8. Aux termes de l'article 3-1 de de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

9. Ainsi qu'il a été dit, M. C contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien, non seulement de son fils, alors âgé de 2 ans, mais également des enfants de son épouse, nés en France les 5 septembre 2009 et 17 janvier 2011 et scolarisés au collège et école primaire à la date de la décision attaquée. Alors que ceux-ci n'ont pas vocation à quitter le territoire français, et compte tenu des liens d'affection développés avec M. C à la suite du décès de leur père en 2014, la mesure d'éloignement porte une atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants. Elle méconnaît ainsi les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, des décisions lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

12. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et des décisions refusant de fixer un délai de départ volontaire et désignant le pays de renvoi implique seulement que l'autorité administrative munisse le requérant d'une autorisation provisoire de séjour et qu'elle procède au réexamen de sa situation. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain, en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État le versement à M. C d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les décisions de la préfète de l'Ain du 7 juillet 2022 faisant obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 3 : L'État versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Karen Mège Teillard, première conseillère,

Mme Marine Flechet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

K. D

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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