mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207975 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 26 octobre et le 15 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail jusqu'au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur le risque de soustraction à une mesure d'éloignement ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité des décisions précédentes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Petit pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant albanais né le 30 avril 1994, entré en France le 25 janvier 2016 selon ses déclarations, a sollicité le 27 juillet 2022 son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 20 octobre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées.
3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions litigieuses, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé préalablement à leur édiction en estimant notamment qu'en raison de son mariage avec une compatriote en situation régulière, il rentrait dans une catégorie qui ouvre droit au regroupement familial, alors même que son épouse, qui poursuit ses études, et M. A, qui n'est pas autorisé à travailler du fait de sa situation administrative, seraient dépourvus de ressources financières.
Sur la décision de refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ()".
5. Il est constant, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. A a épousé le 7 mai 2022 une compatriote titulaire d'une carte de séjour valable jusqu'au 11 avril 2023. Par suite, M. A entre dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial et ne peut en conséquence utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le champ desquelles il n'entre pas, sans qu'ait d'incidence à ce titre la circonstance que son épouse ne disposerait pas de ressources suffisantes pour pouvoir lui faire effectivement bénéficier d'un regroupement familial.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".
7. M. A fait valoir que son épouse, née le 12 juillet 2001, est arrivée en France à l'âge de 11 ans où elle y poursuit des études en BTS comptabilité et gestion et qu'étant boursière et ne pouvant effectuer que quelques heures de travail par semaine, elle ne dispose pas de ressources suffisantes afin de lui permettre de bénéficier du regroupement familial, qu'ils n'ont aucune attache dans leur pays d'origine et qu'il justifie d'une promesse d'embauche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France au mois de janvier 2016, se maintient irrégulièrement en France en dépit de plusieurs mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 4 janvier 2017, 29 juin 2018 et 15 mai 2020 et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine, son père ayant également fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 9 mars 2017, ainsi que sa mère le 25 juillet 2022 et son frère le 11 avril 2019. Par ailleurs, son mariage avec une compatriote en situation régulière, intervenu le 7 mai 2022, est très récent à la date de la décision attaquée et il ne justifie pas d'une communauté de vie antérieure au prononcé de celui-ci par les quelques attestations produites. Enfin, l'intéressé, qui s'est prévalu au soutien de sa demande d'une promesse d'embauche en qualité de carreleur mosaïste, emploi pour lequel il ne fait d'ailleurs état d'aucun diplôme, ni de formation, ni d'une expérience professionnelle, ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle significative en France. Compte tenu de ces éléments, M. A n'est pas fondé en l'espèce à soutenir que la décision de refus de séjour en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
9. En second lieu, en l'absence d'autre élément propre à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment. La décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivant : ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement."
12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A s'est soustrait à l'exécution de trois précédentes mesure d'éloignement des 4 janvier 2017, 29 juin 2018 et 15 mai 2020. La préfète de l'Ain a pu en conséquence à bon droit estimer, au vu de ces éléments, et en l'absence de circonstances particulières, qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. En conséquence, les moyens tirés du défaut d'examen particulier, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sur le risque de soustraction à une mesure d'éloignement doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
14. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le rapporteur,
L. CLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2207975