jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209171 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CHARREL ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2022 et 24 avril 2023, M. F et Mme E B, représentés par Me Darson, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire de Genas a accordé à la SCCV Marianne un permis de construire portant sur la démolition de bâtiments existants et la construction d'un ensemble immobilier comprenant cinquante-trois logements, une résidence de services intergénérationnelle et des commerces sur un terrain situé 45 rue de la République/place du Dr A/ avenue Charles de Gaulle, ainsi que la décision du 14 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Genas la somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt à agir ;
- leur requête n'est pas tardive ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.1.3 du règlement de la zone Uc du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.1.5 du règlement de la zone Uc du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.4 du règlement de la zone Uc du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 3.1.2 du règlement de la zone Uc du plan local d'urbanisme et celles de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 février et 1er août 2023, la SCCV Marianne, représentée par la SELAS Cabinet Léga-Cité, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 mars et 5 octobre 2023, la commune de Genas, représentée par la SELAS Charrel et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par lettre du 11 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par l'émission d'une ordonnance de clôture à compter du 9 octobre 2023.
Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été émise le 24 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Darson, représentant M. et Mme B,
- les observations de Me Quiviger, substituant Me Charrel, représentant la commune de Genas,
- et celles de Me Le Priol, représentant la SCCV Marianne.
Considérant ce qui suit :
1. La SCCV Marianne a déposé en mairie de Genas le 31 décembre 2021 une demande de permis de construire portant sur la démolition de bâtiments existants et la construction d'un ensemble immobilier comprenant cinquante-trois logements, une résidence de services intergénérationnelle et des commerces sur un terrain situé 45 rue de la République/place du Dr A/ avenue Charles de Gaulle. Par arrêté du 8 août 2022, le maire de Genas lui a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 14 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 2.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uc au sein de laquelle est implanté le projet de construction litigieux, relatif à l'implantation par rapport aux voies publiques, aux voies privées et aux emprises publiques : " Le retrait s'applique en tout point de la construction à partir du point le plus proche de la " limite de référence " de la voie publique ou privée, ou de l'emprise publique. / En zone Uc : / Le long des voies et dans une profondeur de 15 m par rapport à la limite actuelle ou future par rapport aux voies privées et publiques et emprises publiques, les façades des constructions doivent s'implanter dans une bande de 0 à 4 m. / C d'une profondeur de 15 m comptée à partir de la limite actuelle ou future par rapport aux voies privées et publiques et emprises publiques, les constructions seront autorisées après achèvement ou simultanément à la réalisation de celles implantées dans la profondeur des 15 m. / () ".
3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article 2.1.3 du règlement que le retrait doit s'apprécier à partir de la limite actuelle ou future par rapport aux voies privées et publiques et emprises publiques. Ce faisant, les auteurs du plan local d'urbanisme ont notamment ainsi entendu imposer une appréciation des règles d'implantation par rapport aux voies privées à créer. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du plan de masse, que le projet prévoit l'implantation des façades ouest des bâtiments D, E et F à l'alignement de la voie de circulation interne à créer pour desservir les constructions projetées, cette voie comprenant une chaussée ouverte à la circulation des véhicules motorisés ainsi que des trottoirs réservés au passage des piétons. Par ailleurs, la circonstance qu'un emplacement réservé soit présent de l'autre côté de cette voie, en dehors du terrain d'assiette du projet, est sans incidence sur l'application de la règle relative à l'implantation par rapport aux voies publiques et privées et aux emprises publiques, compte tenu de la présence de cette voie interne à créer. Par ailleurs, en l'absence d'implantation en recul, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'absence de traitement particulier de l'espace en retrait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 2.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté dans toutes ses branches.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.1.5 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uc, relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété : " La distance entre deux bâtiments ne peut être inférieure à 2m. ".
5. D'une part, ces dispositions, qui fixent une règle minimale de distance entre deux constructions sur un même terrain, ne peuvent, en l'absence de toute autre précision dans le règlement du plan local d'urbanisme de la commune, s'appliquer qu'à des constructions non contiguës. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les bâtiments E et F sont composés de différents logements et services accolés partageant un jardin commun, qui ne constituent ainsi qu'une seule construction comprenant des bâtiments contigus. Ainsi, M. et Mme B ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article 2.1.5 du règlement du plan local d'urbanisme.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uc, relatif aux stationnements : " () / Stationnement des véhicules automobiles : / Constructions à destination d'habitation : / En zones Uc et Ue : - 1 place pour 50 m² de surface de plancher avec un minimum de 2 places par logement. / 1 place supplémentaire non affectée pour deux logements doit être ajoutée afin de pourvoir aux besoins des visiteurs ; pour toute opération impliquant la création d'au moins 5 places visiteurs, 30 % minimum de celles-ci devra être réalisé en surface. / Parmi les stationnements exigés, 1 place dite " du midi " devra être prévue pour les constructions à usage d'habitation, soit devant, soit derrière le portail. Ces dimensions seront de 2,4 m par 5 m minimum. Ces places ne seront pas exigées lorsque le projet prévoit des places visiteurs en surface. / Constructions à destination de commerces et activités de services : / Artisanat et commerce de détail : 1 place pour 60 m² de surface de plancher / () ". Et aux termes de l'article L. 151-35 du code de l'urbanisme : " Il ne peut, nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, être exigé pour les constructions destinées à l'habitation mentionnées aux 1° à 3° de l'article L. 151-34 la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement ". Le lexique du règlement du plan local d'urbanisme précise la notion de destination, qui est définie comme " l'usage d'une construction par les catégories suivantes, qui sont elles-mêmes composées de sous-destinations " : " () Destination : habitation / Sous-destination : logement ; hébergement / () ".
7. Le projet prévoit la création de seize places de stationnement pour les seize logements sociaux, les dispositions précitées de l'article L. 151-35 du code de l'urbanisme faisant obstacle à ce que soit exigée la réalisation de plus d'une place de stationnement par logement social, ainsi que douze places de stationnement pour les commerces, d'une surface de plancher totale de 691 m², les dispositions précitées de l'article 2.4 du règlement imposant la réalisation d'une place de stationnement pour 60 m² de surface de plancher. Le projet prévoit également la création de soixante-quatorze places de stationnement pour trente-sept logements ouverts à l'accession privée, d'une surface totale de plancher de 2 336 m², conformément aux dispositions précitées de l'article 2.4 qui exigent la réalisation d'une place de stationnement pour 50 m² de surface de plancher, avec un minimum de deux places par logement. Par ailleurs, il prévoit la réalisation de cent trois places de stationnement pour la résidence intergénérationnelle. Si les requérants font valoir que les quatre-vingt-quatre hébergements de la résidence intergénérationnelle auraient dû donner lieu à la réalisation de deux places de stationnement par logement, soit cent-soixante-huit places, les auteurs du plan local d'urbanisme n'ont toutefois pas imposé la réalisation de deux places de stationnement au minimum par hébergement mais uniquement par logement, les sous-destinations " logement " et " hébergement " étant distinctes, ainsi que le précise le lexique du règlement du plan local d'urbanisme. La résidence intergénérationnelle est donc soumise à la seule règle d'une place de stationnement pour 50 m² de surface de plancher, nécessitant ainsi la création de soixante-trois places de stationnement pour une surface de plancher de 3 158 m². Ainsi, ils n'établissent pas que le nombre de 224 places de stationnement prévu au projet au lieu des 185 places de stationnement exigées, incluant 19 places visiteurs, serait insuffisant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 2.4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Et aux termes de l'article 3.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uc, relatif à la voirie : " () Les voies publiques ou privées destinées à accéder aux constructions doivent avoir des caractéristiques techniques adaptées aux usages qu'elles supportent, aux opérations qu'elles doivent desservir et notamment à l'approche du matériel de lutte contre l'incendie, comme aux véhicules de collecte des ordures ménagères. () ".
9. D'une part, les voies d'accès et de desserte interne, d'une largeur comprise entre 3 et 6 mètres, sont suffisamment larges pour que les véhicules de lutte contre l'incendie et de secours puissent accéder au terrain litigieux, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que ces véhicules accèdent directement à chaque construction, ou à chaque façade de bâtiment. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration des lieux ferait obstacle à l'utilisation, le cas échéant, par les services de lutte contre l'incendie de leurs équipements, qui pourront être déployés jusqu'au fond du terrain d'assiette, et ne permettrait ainsi pas une approche adaptée du bâtiment G, implanté à une trentaine de mètres de la voie de desserte à créer et du bâtiment F, lui-même directement accessible depuis cette voie. En outre, il n'apparaît pas que le cheminement piétonnier, dont il n'est pas démontré qu'il comporterait des entraves pour les services de lutte contre l'incendie et de secours, ne serait pas utilisable par ceux-ci. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les aménagements paysagers prévus par le projet constitueraient des obstacles à l'intervention de ces services. Enfin, le service départemental-métropolitain d'incendie et de secours, consulté dans le cadre de l'instruction de la demande de permis, a rappelé, dans son avis du 13 mai 2022, les prescriptions relatives à la protection contre l'incendie, lesquelles doivent être strictement respectées, conformément à l'article 3 de l'arrêté contesté. Ainsi, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que le maire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et a méconnu les dispositions de l'article 3.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 et de la décision du 14 octobre 2022 rejetant le recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les conclusions présentées par les requérants, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de M. et Mme B la somme de 1 400 euros à verser à la SCCV Marianne, ainsi que la somme globale de 1 400 euros à verser à la commune de Genas, au titre des frais exposés par ces dernières et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : M. et Mme B verseront à la commune de Genas la somme globale de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. et Mme B verseront solidairement à la SCCV Marianne la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F et Mme E B, à la commune de Genas et à la SCCV Marianne.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La rapporteure,
F.-M. DLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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08/04/2026
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