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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209210

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209210

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209210
TypeDécision
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Robin, demande au tribunal :

1°) avant-dire droit, d'ordonner la communication du dossier médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que la documentation relative à la disponibilité des soins en République démocratique du Congo ;

2°) d'annuler les décisions du 5 octobre 2022 par lesquelles le préfet de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, subsidiairement de réexaminer sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être regardée comme le retrait d'un précédent titre de séjour accordé le 27 juillet 2022 ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; d'une part, elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; d'autre part, le préfet n'établit pas avoir régulièrement saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire est illégale en ce qu'elle est fondée sur un refus de séjour lui-même illégal ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Béligon, substituant Me Robin, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet de l'Ain n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, originaire de la République démocratique du Congo, est entrée irrégulièrement en France le 10 mai 2019, accompagnée de ses deux enfants mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 18 octobre 2021. Elle a par ailleurs sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Ain a refusé de lui délivrer le titre en cause, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. ". Aux termes de l'article L. 431-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 431-3, l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, suite au dépôt d'une demande de titre de séjour en raison de son état de santé par Mme A, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis le 10 mars 2022 par lequel il a estimé que l'intéressée nécessitait des soins dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont elle ne pourrait bénéficier effectivement dans son pays d'origine. L'avis précisait, par ailleurs, que les soins devaient être poursuivis pour une durée de trois mois. A la suite de cet avis, le préfet de l'Ain a renouvelé le récépissé de demande de titre de séjour de Mme A, d'abord jusqu'au 9 septembre 2022 puis jusqu'au 25 novembre 2022, l'assortissant de la mention autorisant l'intéressée à travailler. S'il est vrai, comme le soutient la requérante, que les dispositions de l'article L. 431-3 et L. 431-4 du code précité, pas plus que celles de l'article L. 425-9, ne pouvaient légalement fonder une telle mesure dérogatoire, le récépissé qui lui a été remis ne peut, pour autant, être regardé comme un titre de séjour valable un an pris en application de l'article L. 425-9. Dès lors, la décision en litige du 5 octobre 2022 ne saurait être regardée comme ayant retiré un tel titre de séjour. Les moyens par lesquels Mme A soutient que ce retrait aurait été pris en violation du principe du contradictoire doit donc être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, la décision en litige refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait ayant conduit le préfet à estimer que l'intéressée ne remplissait pas les conditions de nature à lui ouvrir un droit au séjour sur le territoire national. Elle est donc suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, le refus de séjour a été précédé d'un nouvel avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en date du 19 septembre 2022. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir qu'il a été décidé à l'issue d'une procédure irrégulière.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces médicales jointes par Mme A à son recours, que l'intéressée souffre d'un diabète de type 1, d'une hypertension artérielle, d'une rétinopathie en lien avec le diabète et d'une affection rénale chronique. Elle bénéficie d'un suivi régulier à Lyon et d'un traitement par insuline pour le diabète. Dans son dernier avis du 19 septembre 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si le défaut de prise en charge de l'état de santé de Mme A était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pouvait avoir accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. Si cet avis diverge avec les précédents, alors même qu'il n'apparaît pas que la pathologie ou le traitement de Mme A aurait évolué, il ressort des pièces produites par le préfet de l'Ain en défense, et plus particulièrement de la liste des médicaments disponibles en République démocratique du Congo, que le Coversyl, médicament antihypertenseur prescrit à Mme A, y est disponible, de même que plusieurs types d'insuline. Si la requérante produit par ailleurs de la documentation de diverses organisations internationales évoquant le coût élevé des médicaments et les difficultés d'accès aux soins, elle n'apporte pas d'éléments relatifs à sa situation personnelle en vue d'établir qu'elle serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement adapté alors qu'en outre, son diabète a été diagnostiqué en 2008 puis traité dans un premier temps en République démocratique du Congo avant son arrivée en France. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Ain, qui a procédé à un examen complet de sa situation personnelle, aurait méconnu l'article L. 425-9 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, Mme A ne réside habituellement en France que depuis 2019, après avoir vécu l'essentiel de son existence en République démocratique du Congo. Si elle se prévaut de la présence de son époux, celui-ci fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. La circonstance que les deux enfants mineurs du couple seraient scolarisés en France ne constitue pas davantage un obstacle à la reconstitution de la cellule familiale hors de France, rien ne faisant obstacle à la poursuite de leur scolarité dans le peur pays d'origine. Enfin, alors même que Mme A justifie avoir exercé un emploi d'agent de service hospitalier pendant quelques mois, l'intéressée n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

10. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait elle-même illégale.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 ci-dessus, le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-3 doit être écarté.

12. En troisième lieu, doit également être écarté le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 ci-dessus. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, la décision comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour ordonner l'éloignement de Mme A vers la République démocratique du Congo. Elle est donc suffisamment motivée, quand bien même elle ne ferait pas état du récit de l'intéressée.

14. En deuxième lieu, Mme A n'apporte aucun élément en vue de démontrer qu'elle serait exposée à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en République démocratique du Congo. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle au regard de ces stipulations.

15. En dernier lieu, la requérante n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait elle-même illégale.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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