mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209445 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2022, M. F G, M. A C et M. B E, représentés par Me Maillard, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a interdit, dans le périmètre défini par cet arrêté, la manifestation qu'ils ont déclarée en préfecture contre la suppression du marché Grandclément, prévue le 20 décembre 2022 de 14 h 30 à 18 h 30 ;
2°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il y a urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté litigieux, dès lors que la manifestation projetée doit avoir lieu le 20 décembre 2022, de 14 h 30 à 18 h 30 ;
- cette décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester et à la liberté d'expression, qui constituent des libertés fondamentales ; en effet :
. l'interdiction de manifester est intervenue avant toute procédure contradictoire préalable ;
. cette interdiction n'est pas nécessaire et est inadaptée et disproportionnée ; le préfet ne justifie pas de troubles à l'ordre public, a fortiori suffisamment graves, de nature à justifier une atteinte aussi grave et définitive à l'exercice desdites libertés fondamentales ; ils contestent les éléments relevés par le préfet dans son arrêté, qui en outre concernent des manifestations intervenues précédemment à Villeurbanne ; le préfet n'a pas étudié des solutions autres que l'interdiction totale de manifester, alors que d'autres moyens étaient susceptibles de limiter les troubles allégués à l'ordre public ; le préfet peut assurer la sécurité de la manifestation, d'une ampleur limitée, sans mobiliser de nombreux services de police.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique. / () ". Selon l'article L. 211-4 du même code : " Si l'autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l'ordre public, elle l'interdit par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu. / (). "
3. Par un arrêté du 19 décembre 2022, le préfet du Rhône a interdit, dans le périmètre défini par cet arrêté, la manifestation déclarée en préfecture par les requérants contre la suppression du marché Grandclément, prévue le 20 décembre 2022 de 14 h 30 à 18 h 30. Ce périmètre, précisé dans une cartographie annexée à cet arrêté, concerne le secteur de l'esplanade de la métropole de Lyon, délimité par les rues des Cuirassiers, Paul Bert, Garibaldi et du Docteur D. M. G, M. C et M. E demandent au juge des référés du tribunal de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, l'exécution de cet arrêté.
4. Il est constant que, comme le relève le préfet dans les motifs de son arrêté en litige, trente-huit déclarations de manifestation ont été déposées au cours de l'année 2022 contre la suppression du marché Grandclément, décidée par la commune de Villeurbanne. Même si les requérants contestent que des nuisances ont pu être précédemment constatées sur l'esplanade de la métropole de Lyon, toutefois, seul le rassemblement prévu dans le périmètre précité, autour de l'hôtel de la métropole, est interdit par l'arrêté litigieux, dans un secteur restreint, alors en outre que la métropole de Lyon n'est pas directement concernée par la suppression du marché Grandclément de Villeurbanne. En revanche, le préfet n'a pas interdit le déroulement de la manifestation sur le tracé déclaré par ses organisateurs, depuis l'avenue du Général Leclerc et la place Grandclément, sur le territoire de la commune de Villeurbanne. Dans ces conditions, les requérants ne sont manifestement pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué du 19 décembre 2022 du préfet du Rhône porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester et à la liberté d'expression.
5. Dès lors, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative tendant à la suspension de cet arrêté sont manifestement mal fondées et doivent, par suite, être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. G et autres est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F G, en qualité de représentant unique des requérants.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Rhône.
Fait à Lyon le 20 décembre 2022.
Le juge des référés
J.-P. Chenevey
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier