vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209486 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | BECHAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Bechaux, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision du 25 octobre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de regroupement familial présentée en faveur de son épouse, Mme A ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, dès lors en effet que cette décision a pour conséquence de prolonger la séparation avec son épouse, alors que le préfet a déjà mis plus de trois ans pour statuer sur sa demande ; en outre, alors qu'il élève seul sa fille issue d'une précédente relation avec une ressortissante française, la présence de son épouse permettrait de faciliter sa situation ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :
. aucune disposition n'habilite l'administration à considérer qu'il ne peut être regardé comme l'époux de Mme A, avec laquelle il s'est régulièrement marié en Algérie ; la décision litigieuse est par suite entachée d'une erreur de droit ;
. en estimant que son mariage avec Mme A présente le caractère d'une union polygamique, le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation et d'une erreur de fait.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée le 21 décembre 2022 sous le n° 2209485, par laquelle M. B demande au tribunal d'annuler la décision dont il demande la suspension dans la présente requête.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Chenevey, président de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ou le bénéfice d'une mesure de regroupement familial, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète du demandeur et de ses proches. Si cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas du retrait ou du refus de renouvellement d'un titre de séjour, il appartient en revanche au requérant, dans les autres cas, au nombre desquels figure le refus de regroupement familial, de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. M. B, qui soutient vivre en France depuis 2013, s'est marié en Algérie avec Mme A le 22 février 2017. Il reconnaît qu'il ne remplissait pas les conditions du regroupement familial et a dû attendre le 1er juillet 2019 pour déposer une demande de regroupement familial, après l'échec d'une première demande en raison de l'insuffisance de ses ressources. Même si le préfet du Rhône n'a, par la décision attaquée, explicitement statué sur cette demande que le 25 octobre 2022, cette décision n'emporte, par elle-même, aucune modification dans la situation tant du requérant que de son épouse, qui n'ont jamais vécu ensemble depuis leur mariage. Si M. B soutient que, alors qu'il élève seul sa fille issue d'une précédente relation avec une ressortissante française, la présence de son épouse permettrait de faciliter sa situation, en tout état de cause, il ne verse au dossier aucun élément de justification pour établir les difficultés ainsi alléguées, s'agissant notamment des problèmes qu'il rencontrerait pour venir chercher sa fille à l'heure imposée à la sortie de l'école. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Rhône.
Fait à Lyon le 23 décembre 2022.
Le juge des référés
J.-P. Chenevey
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier