mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300536 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | MESSAOUD |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 24 janvier 2023 et le 16 mai 2023, sous le n°2300536, M. B A, représenté par la SELARL Lozen Avocats, agissant par Me Messaoud, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de conclure au non-lieu à statuer sur ses conclusions initiales aux fins d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, conclusions à l'appui desquelles il a aussi présenté des conclusions à fin d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois du dépôt de sa demande en réparation de son préjudice subi résultant du refus implicite illégal de lui délivrer un titre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il appartient au tribunal de constater le non-lieu à statuer sur sa demande d'annulation dès lors que, par une décision du 17 mars 2023, la préfète du Rhône a fait droit à sa demande ;
- la décision initiale lui refusant implicitement la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'illégalité dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs, qu'elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , qu'elle méconnaît l'article L. 435-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'illégalité fautive ainsi commise par le préfet à son égard en lui refusant implicitement la délivrance d'un titre de séjour lui a causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence évalués à 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour à parfaire au jour de la liquidation de son préjudice.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 5 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.
II°) Par une requête enregistrée le 7 avril 2023 sous le n°2302816, M. B A, représenté par la SELARL Lozen Avocats, agissant par Me Messaoud, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser la somme provisionnelle de 12 000 euros en réparation du préjudice causé par l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision lui refusant implicitement la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de communication des motifs, est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît l'article L. 435-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est fondé, en raison de l'illégalité de cette décision, à solliciter le versement d'une provision de 12 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence subis.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'il a été fait droit à la demande de titre de M. A le 17 mars 2023 et que l'intéressé ne justifie pas des préjudices allégués.
Par une ordonnance du 5 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Segado, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant serbe né le 25 septembre 2002, a sollicité le 3 novembre 2021 la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ". Par une première requête enregistrée sous le n°2300536, M. A, qui a demandé initialement l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté sa demande, conclut dans le dernier état de ses écritures au non-lieu à statuer sur ses conclusions initiales aux fins d'annulation et sollicite la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices subis. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2302816, M. A demande au juge des référés du tribunal de condamner l'Etat à lui verser une provision de 12 000 euros au titre des préjudices ainsi subis.
2. Les requêtes de M. A qui concernent la même situation et présentent la même question à juger, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et injonction :
3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête n° 2300536, la préfète du Rhône a délivré à M. A une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 17 mars 2023 au 16 mars 2024 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a, dès lors, plus lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2300536 de M. A, ces conclusions ayant perdu leur objet en cours d'instance.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (.) ".
5. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en mars 2018 sur le territoire français à l'âge de 15 ans, avec son frère cadet Stefan, âgé de 13 ans, et son père, ressortissant serbe, qui s'est vu attribuer l'entretien, la garde et l'éducation des deux enfants. Il résulte également de l'instruction qu'il vit depuis en France avec son jeune frère, son père, qui est titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en qualité de conjoint d'une ressortissante française, et l'épouse de ce dernier, et qu'il suivait, à la date de la décision implicite née le 3 mars 2022, depuis quatre années sa scolarité avec sérieux, ayant obtenu par la suite en juin 2022 le baccalauréat professionnel spécialité " métiers de l'électricité et ses environnements connectés ", puis en septembre 2022 une inscription en CFA pour se perfectionner comme " technicien services de la maison connectée " avec un contrat d'apprentissage conclu avec une entreprise. Compte tenu de l'ancienneté de séjour de l'intéressé sur le territoire français, de l'intensité de ses attaches familiales et de son intégration caractérisée notamment par sa formation scolaire puis professionnelle, M. A est fondé à soutenir que la décision implicite litigieuse du 3 mars 2022 a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Cette décision a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est également entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces illégalités fautives engagent la responsabilité de l'Etat.
6. Il résulte de l'instruction que la décision rejetant implicitement la demande de titre de séjour déposée par M. A est née le 3 mars 2022. M. A s'étant vu accorder le titre de séjour temporaire sollicité " vie privée et familiale " pour une durée d'un an à compter du 17 mars 2023, il sera fait, dans les circonstances particulières de l'espèce et en dépit des récépissés qui lui ont été délivrés durant cette période, une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A ainsi que ses troubles ainsi causés dans ses conditions d'existence, par l'illégalité de la décision prise à son encontre en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 500 euros en réparation de ces préjudices.
Sur la demande de provision :
7. Le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires de M. A. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à condamner l'Etat au versement d'une provision au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme globale de 1 000 euros à M. A au titre de ces deux instances, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 500 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de M. A n°2300536.
Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2302816 de M. A tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une provision.
Article 4 : L'Etat versera une somme globale de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de ces deux instances.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2300536 et n° 2302816 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
Le président-rapporteur,
J. SegadoL'assesseur le plus ancien,
L. Delahaye
La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
2 - 2302816