mardi 1 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2301774 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BAUDY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée, le 6 mars 2023, la Sarl Ap City, représentée par Mme B A, gérante en exercice, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des intérêts de retard et des pénalités mis à sa charge au titre du mois de mars 2017, de prononcer la main-levée de l'hypothèque prise sur l'immeuble le 14 avril 2021 ou, à titre subsidiaire, de condamner l'administration au remboursement de la somme de 28 177 euros correspondant à un trop perçu ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la vente du 23 mars 2017 n'est pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elle porte sur des lots achevés depuis plus de cinq ans ; la composition des lots atteste de leur achèvement dès la fin de l'année 2011 ;
- elle n'est pas responsable des documents délivrés par la mairie et elle n'est pas l'auteur de l'acte de vente du 23 mars 2017 ;
- l'immeuble a été édifié dans une zone franche urbaine ouvrant à droit à exonération.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, la direction régionale des Finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La Sarl Ap City, dont le siège social est situé à Saint-Etienne (Loire), exerce une activité de promotion immobilière. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période allant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, prolongée jusqu'au 31 décembre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des rehaussements des bases imposables à l'impôt sur les sociétés. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été effectués d'une part, selon la procédure de taxation d'office prévue au 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales au titre de la période du 1er janvier 2016 au 28 février 2017 en l'absence de déclarations déposées dans le délai légal et d'autre part, de la procédure de contradictoire prévue par l'article L. 55 du même livre au titre de la période du 1er mars 2017 au 30 septembre 2017. En matière d'impôt sur les sociétés, la procédure de rectification contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales précité a été appliqué aux rehaussements notifiés au titre de l'exercice clos en 2017. Par la présente requête, la société Ap City demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités mis à sa charge au titre du mois de mars 2017 à raison de la cession immobilière qu'elle a réalisée le 23 mars 2017.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 257 du même code : " I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions qui suivent./ () 2. Sont considérés : / () / 2° Comme immeubles neufs, les immeubles qui ne sont pas achevés depuis plus de cinq années, qu'ils résultent d'une construction nouvelle ou de travaux portant sur des immeubles existants qui ont consisté en une surélévation ou qui ont rendu à l'état neuf : / a) Soit la majorité des fondations ; / b) Soit la majorité des éléments hors fondations déterminant la résistance et la rigidité de l'ouvrage ; / c) Soit la majorité de la consistance des façades hors ravalement ; / d) Soit l'ensemble des éléments de second œuvre tels qu'énumérés par décret en Conseil d'Etat, dans une proportion fixée par ce décret qui ne peut être inférieure à la moitié pour chacun d'entre eux. () ". Aux termes de l'article 266 de ce code : " 1. La base d'imposition est constituée : ()/ 2. En ce qui concerne les opérations mentionnées au I de l'article 257, la taxe sur la valeur ajoutée est assise : () / b. Pour les mutations à titre onéreux () sur : () / Le prix de la cession () ".
3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'absence d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée.
4. Il résulte de l'instruction que la société Ap City a acquis, le 28 octobre 2004, un terrain à bâtir situé au 15 Rue de la presse à Saint-Étienne, cadastré section CN 215, au prix de 91 500 euros hors taxe et 17 934 euros de taxe sur la valeur ajoutée, sur lequel elle a fait construire un immeuble à usage de bureau, pour lequel un permis de construire a été accordé par la mairie de Saint-Étienne, le 22 mars 2010, sous le numéro PC 4421809 APC 0248 PO. Ce bâtiment à usage de bureau a fait l'objet d'un état descriptif de division, le 25 novembre 2010, modifié les 28 juillet 2011 et 28 décembre 2012. Au 28 décembre 2012, l'immeuble était divisé en 66 lots, dont 19 plateaux et 47 parkings (43 en sous-sol et 4 en extérieur). Ce bâtiment a été achevé le 10 avril 2012, selon le récépissé de la déclaration d'achèvement des travaux délivré par la mairie de Saint-Étienne. La société requérante a vendu 61 lots entre le 25 novembre 2010 et le 25 avril 2013.
5. Par acte authentique du 23 mars 2017, la société Ap City a cédé cinq lots de ce bâtiment au prix de 480 000 euros hors taxe et 96 000 euros de taxe sur la valeur ajoutée, soit une somme de 576 000 euros toutes taxes comprises, payée comptant le jour de la vente, par l'acquéreur. Les lots cédés sont constitués d'une place de parking double au sous-sol (lot n° 18), une place de parking au sous-sol (lot n° 32), une place de parking au sous-sol (lot n°39), une place de parking au sous-sol (lot n° 43) et un plateau à aménager en bureaux situé au 1er étage (lot n° 63) d'une superficie de 284,50 m². L'acte authentique du 23 mars 2017 stipule que : " la présente mutation entre dans le champ d'application de la TVA, l'immeuble étant achevé depuis moins de cinq ans, tel qu'il résulte du récépissé de la déclaration d'achèvement des travaux délivré par la mairie de Saint-Étienne, le 10 avril 2012. () Le redevable de la taxe est le vendeur qui est une personne assujettie à cette taxe au sens de l'article 256-A du code général des impôts. La taxe sur la valeur ajoutée sera acquittée sur imprimé CA3 ". La société Ap City, en qualité de vendeur assujetti redevable de la taxe sur la valeur ajoutée au sens des dispositions de l'article 256 A du code général des impôts était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée liquidée sur cette cession, d'un montant de 96 000 euros. Toutefois, la société requérante n'ayant pas déclaré la taxe dont elle était redevable, le service vérificateur a rappelé au titre du mois de mars 2017, la taxe sur la valeur ajoutée collectée portant sur la cession des cinq lots constatée par l'acte authentique du 23 mars 2017 précité, pour un montant de 96 000 euros.
6. La société Ap City soutient que la cession du 23 mars 2017 n'était pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée dès lors que la composition des cinq lots à savoir un plateau nu et quatre places de parking atteste de leur achèvement dès la fin de l'année 2011. A l'appui de ses allégations, elle se prévaut d'une part, du règlement de copropriété, d'autre part, de l'état descriptif de division du 25 novembre 2010, modifié les 28 juillet 2011 et 28 décembre 2012 et, enfin, de la cession des 61 premiers lots entre le 25 novembre 2010 et le 25 avril 2013 réalisée avant la vente en litige. Toutefois, l'acte notarié du 23 mars 2017 et le récépissé de la déclaration d'achèvement des travaux délivré par la mairie de Saint-Étienne mentionnent que le bâtiment a été achevé le 10 avril 2012. La circonstance que la société requérante ne serait pas l'auteur de l'acte de vente ni responsable des déclarations de la mairie est sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition en litige dès lors qu'elle n'établit pas le caractère inexact de ces déclarations. Par ailleurs, l'administration fait valoir que l'intégralité des cessions de lots relatifs à ce bâtiment réalisées par la société Ap City, avant la date du 10 avril 2012, constituaient des ventes en l'état futur d'achèvement à savoir, les cessions du 25 novembre 2010, 14 janvier 2011, 11 février 2011, 25 février 2011, 28 juillet 2011, 3 août 2011, 2 septembre 2011, 5 octobre 2011 et 25 novembre 2011. Ces ventes en l'état futur d'achèvement attestent ainsi de l'absence d'achèvement de l'immeuble avant la date du 10 avril 2012, date à laquelle le récépissé de la déclaration d'achèvement des travaux a été délivré par la mairie de Saint-Étienne. En outre, en ce qui concerne toutes les cessions réalisées par la société requérante, postérieures à la date du 10 avril 2012 à savoir les ventes des 27 septembre 2012, 28 décembre 2012, 25 avril 2013, 24 juin 2013 et la cession du 23 mars 2017 en litige, les actes authentiques mentionnaient, de nouveau, une date d'achèvement de l'immeuble au 10 avril 2012 et précisaient que l'immeuble en cause était achevé depuis moins de cinq ans. Il résulte ainsi de l'instruction que l'immeuble était achevé depuis moins de cinq ans à la date de la cession du 23 mars 2017. Dans ces conditions, la cession des lots en litige était imposable à la taxe sur la valeur ajoutée conformément aux dispositions précitées du 2° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts. Par suite, c'est à bon droit que le service a rappelé la taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée par la société Ap City.
7. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que l'immeuble a été édifié dans une zone franche urbaine ouvrant à droit à exonération n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, et alors qu'il n'appartient pas, en tout état de cause, au tribunal de se prononcer sur la main-levée de l'hypothèque prise sur l'immeuble le 9 avril 2021, la requête de la société Ap City doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Ap City est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl Ap City et à la direction régionale des Finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience le 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.
La rapporteure,
N. BardadLe président,
J. Segado
La greffière,
E. Seytre
La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,