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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2302139

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302139

jeudi 3 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2302139
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOTTET-EMARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, M. A E et M. D F, représentés par Me Cottet-Emard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 novembre 2022 par laquelle le maire de Craponne a décidé de ne pas s'opposer à la déclaration préalable déposée par M. B pour la régularisation d'une clôture, d'une piscine et de travaux de remblais, ainsi que la décision du 24 janvier 2023 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Craponne et de M. B la somme de 1 500 euros, à leur verser à chacun d'eux, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils justifient d'un intérêt pour agir et qu'ils ont respecté le délai de recours ainsi que les obligations de notification de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- le permis d'aménager autorisant le lotissement ayant été délivré le 22 décembre 2016, sous l'empire des dispositions du plan local d'urbanisme (PLU) du Grand Lyon alors applicable, le projet en litige est réglementé par les dispositions de la zone UD2a de cet ancien document d'urbanisme ;

- l'autorisation d'urbanisme a été délivrée sur la base d'un dossier de déclaration préalable entaché d'inexactitudes et incomplétudes caractérisant une fraude ; le plan de masse ne comprend aucune cote NGF indiquant le niveau du terrain naturel avant travaux et le niveau du terrain après travaux, ce qui a empêché le service instructeur de vérifier l'amplitude réelle des mouvements de terre, hors emprise de la construction ; le plan de coupe CC joint à la déclaration préalable indique, de manière inexacte, une différence de 20 cm avec le terrain naturel, de part et d'autre de la limite séparative ; ce différentiel a uniquement pour objet de masquer l'émergence réelle de la piscine par rapport au terrain naturel avant travaux et de minimiser les remblais effectués sur cette partie du terrain par le pétitionnaire ; les mesures indiquées au dossier de déclaration préalable ont été prises au niveau du terrain fini, entretenant ainsi une confusion quant à l'ampleur de l'émergence de la piscine par rapport au terrain naturel et aux travaux de remblais et, par suite, à leur conformité aux règles d'urbanisme ;

- les travaux de mouvements de terre, qui ont eu pour objet de créer des remblais d'une hauteur variant de 1,18 mètres à 1,36 mètres, méconnaissent l'article 11.8 des dispositions du règlement applicables à la zone UD2a du PLU du Grand Lyon alors applicable, ainsi que l'article 4.1.3 des dispositions du règlement applicables en zone URi1 du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon ;

- la décision de rejet du recours gracieux est entachée d'erreur de droit dès lors que le maire a, pour l'application de l'article 11.8 du règlement de la zone UD2a de l'ancien PLU et de l'article 4.1.3 du règlement de la zone URi1 du PLU-H en vigueur, limité l'appréciation de la pente du terrain naturel à prendre en compte à la portion de terrain objet des travaux sans considérer la pente moyenne sur l'intégralité du terrain d'assiette ;

- la piscine, dont l'angle nord est dépasse de plus de 60 cm par rapport au terrain naturel avant travaux, est implantée à seulement 1,15 mètres de la limite séparative, méconnaissant ainsi les règles d'implantation des constructions depuis les limites séparatives prévues par l'article 7.3.1 des dispositions du règlement applicables à la zone UD2a du PLU du Grand Lyon, comme par l'article 2.2.1 des dispositions du règlement applicables à la zone URi1a du PLU-H de la métropole de Lyon.

Par un mémoire, enregistré le 1er juin 2023, la commune de Craponne, représentée par la SELARL ATV Avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Delzanno, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge solidaire des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 février 2025.

Des pièces, enregistrées le 26 février 2025, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, ont été produites pour les M. E et M. F et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Cottet-Emard, représentant M. E et M. F, requérants,

- les observations de Me Vincens-Bouguereau, représentant la commune de Craponne,

- et celles de Me Guillot, substituant Me Delzanno, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 octobre 2022, M. B a déposé une déclaration préalable pour la régularisation d'une clôture, d'une piscine et de travaux de remblai. Par décision du 28 novembre 2022, le maire de Craponne a délivré l'autorisation d'urbanisme ainsi sollicitée. M. E et M. F demandent au tribunal d'annuler cette autorisation, ainsi que la décision du 24 janvier 2023 de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : " () Lorsque le lotissement a fait l'objet d'un permis d'aménager, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de délivrance du permis d'aménager, et ce pendant cinq ans à compter de l'achèvement des travaux constaté dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ".

3. Il est constant que le terrain d'assiette du projet correspond à l'un des lots du lotissement autorisé par permis d'aménager du 22 décembre 2016, dont les travaux ont été achevés le 8 mars 2018. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme, l'autorisation d'urbanisme en litige est réglementée par les dispositions de l'ancien plan local d'urbanisme (PLU) du Grand Lyon, en vigueur jusqu'au 18 juin 2019. Sont en particulier opposables les dispositions du règlement annexé à ce PLU applicables en zone UD.

En ce qui concerne les moyens soulevés :

4. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

5. En premier lieu, aux termes de l'article UD 11 du règlement annexé au PLU du Grand Lyon, applicable en l'espèce : " 11.8 Les mouvements de terrain (déblais - remblais). Les mouvements de terrain (déblais, remblais) nécessaires à l'implantation de la construction doivent être limités aux stricts besoins techniques et ne doivent pas conduire à une émergence de la construction dans le paysage. / L'amplitude de mouvements de terrain ne doit pas excéder : a. 1 mètre pour les terrains dont la pente naturelle est inférieure ou égale à 15 % ; b. 1,50 mètre pour les terrains dont la pente naturelle est comprise entre 15 % et 30 % ; c. 2 mètres pour les terrains dont la pente naturelle est supérieure ou égale à 30 %. / Dans aucun cas, la pente du talus ne doit dépasser la plus forte des deux valeurs suivantes : 20 % ou 1,5 fois la valeur de la pente naturelle du terrain. / Toutefois, une amplitude de mouvements de terrain plus importante peut être admise dès lors qu'elle a pour objet une meilleure insertion de la construction dans le site. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, bien que le plan de masse des travaux projetés n'indique pas les cotes du terrain naturel avant travaux, les plans de coupe joints à la demande, qui indiquent le profil du terrain naturel ainsi que celui du terrain fini, permettent de connaître l'ampleur des remblais réalisés. La circonstance invoquée que les mesures inscrites sur les plans ont été prises depuis le terrain fini, et non depuis le terrain naturel, n'a pu être de nature à tromper le service instructeur dès lors que les points de référence de ces mesures sont clairement indiqués et les plans établis à l'échelle. Si les requérants soutiennent que le profil du terrain naturel matérialisé sur le plan de coupe CC, dont il est clair au dossier qu'il matérialise une coupe située dans la partie ouest de la piscine, est erroné en ce qu'il fait apparaître un terrain naturel qui a été artificiellement surélevé, ils n'établissent pas leurs dires en se bornant à produire des photographies du terrain dans son état existant avant les travaux et du terrain ensuite remblayé et à se référer aux cotes indiquées sur les plans du permis d'aménager et du permis de construire la maison du pétitionnaire en des emplacements distincts de ceux mentionnés sur les plans joints à la déclaration préalable de travaux. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas que le dossier de déclaration préalable serait entaché d'éléments erronés, en particulier s'agissant du profil du terrain naturel reporté sur les plans. Il en résulte que la fraude alléguée, en vue de contourner les dispositions du PLU réglementant la hauteur des remblais, n'est pas caractérisée.

7. Compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, les requérants, qui ne justifient pas du caractère erroné du profil du terrain naturel indiqué sur la déclaration préalable en litige, n'établissent pas que les travaux objet de la régularisation en cause auraient eu pour objet de créer des remblais d'une hauteur supérieure à un mètre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11.8 des dispositions applicables à la zone UD du règlement annexé au PLU du Grand Lyon doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 7.3.1 des dispositions applicables à la zone UD du règlement annexé au PLU du Grand Lyon : " Règle générale. Les règles d'implantation sont différentes selon que les constructions ou parties de construction ou pignons, comportent ou non des baies éclairant des pièces principales. a. limites latérales / Les constructions peuvent être implantées sur les limites latérales, ou en retrait de ces dernières. / Dans le cas d'une implantation en retrait des limites latérales, ce dernier ne peut être inférieur à : - 2 mètres dans les secteurs UD1 et UD2 et 1 mètre dans le secteur UD3, lorsque la façade ne comporte pas de baies éclairant des pièces principales ; - 3 mètres, lorsque la façade comporte des baies éclairant des pièces principales. / En outre, dans le secteur UD2 : - les constructions doivent respecter le gabarit de hauteur défini à l'article 10 du présent règlement. () / b. limites de fond de parcelle. Les constructions doivent être implantées avec un retrait au moins égal à : - 4 mètres dans les secteurs UD1 et UD3 ; - la moitié de la hauteur, en tout point, des constructions dans le secteur UD2. Toutefois, dans les secteurs UD1, UD2 et UD3, les constructions peuvent être implantées avec un retrait moindre ou en limite de fond de parcelle dès lors que leur hauteur est au plus égale à 4 mètres. " L'article 7.1 de ce règlement précise que : " Les dispositions du présent article régissent l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives du terrain, c'est-à-dire les limites latérales et de fond de parcelle qui ne sont pas concernées par l'application de l'article 6. () Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux constructions travaux ou ouvrages ayant une hauteur maximale de 0,60 mètre à compter du sol naturel. () "

9. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le contrôle de la hauteur des remblais ne doit être opéré que sur la partie du terrain d'assiette concernée par les exhaussements de terrain, en prenant en compte la pente du terrain naturel existante, dont le degré d'inclinaison est déterminé en prenant en compte la superficie, non pas de la totalité de la parcelle, mais de l'emprise des travaux. Par suite, en tout état de cause, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision de rejet de leur recours gracieux est à cet égard entachée d'erreur de droit.

10. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 6, les requérants, qui ne justifient pas du caractère frauduleux des mentions relatives au terrain naturel indiquées dans la déclaration préalable en litige, n'établissent pas que la piscine présente une hauteur, depuis le sol naturel, de plus de 60 cm. Par suite, les dispositions de l'article 7.3.1 n'étant pas applicables à la piscine, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Craponne et de M. B, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B à ce titre. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge solidaire des requérants une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Craponne en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et M. F est rejetée.

Article 2 : M. E et M. F verseront solidairement à la commune de Craponne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et M. D F, à la commune de Craponne et à M. C B.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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