mardi 11 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2303971 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL PETIT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 mai 2023 et 8 octobre 2024, la société YPN Immobilier, représentée par Me Metenier-Grand, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles la métropole Saint-Étienne Métropole et la commune de Saint-Chamond ont rejeté ses demandes indemnitaires préalables ;
2°) de condamner la métropole Saint-Étienne Métropole et / ou la commune de Saint-Chamond à lui verser une indemnité de 246 074,20 euros en réparation des préjudices résultant de l'implantation irrégulière de canalisations dans le lot n° 2 du lotissement situé rue Jules Vernes et du surdimensionnement des volumes des bassins de rétention des eaux pluviales exigés par les permis d'aménager accordés les 11 mai et 20 août 2020 ;
3°) de mettre solidairement à la charge de la métropole Saint-Étienne Métropole et de la commune de Saint-Chamond le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- des canalisations du réseau d'assainissement public sont irrégulièrement implantées dans le tréfonds du lot n° 2 du lotissement situé rue jules Vernes ;
- elle a réalisé des travaux de dévoiement d'une de ces canalisations pour un montant de 30 074,20 euros, dont la charge ne lui incombait pas ;
- elle a subi un préjudice financier à hauteur de 150 000 euros correspondant à l'impossibilité de commercialiser le lot n° 2 ;
- les permis d'aménager des 11 mai et 20 août 2020 sont assortis de prescriptions l'obligeant à créer de bassins de rétention des eaux pluviales dont les volumes ne sont aucunement justifiés ;
- cette illégalité fautive lui cause un préjudice financier de 66 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, la commune de Saint-Chamond et la métropole Saint-Étienne Métropole, représentées par Me Petit, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société YPN Immobilier la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors que la société requérante ne justifie pas de la qualité pour agir de son représentant, qu'elle n'a pas présenté de demande indemnitaire préalable auprès de la métropole ni produit la preuve que la commune ait effectivement reçu la demande qu'elle lui aurait adressée ;
- à titre subsidiaire, les arrêtés par lesquels la commune a délivré des permis d'aménager et accordé le transfert de ceux-ci n'ont pas été contestés et ne sont donc pas illégaux ;
- la société requérante se borne à solliciter une indemnisation sans invoquer le fondement juridique précis qui la justifierait ;
- il n'appartenait pas aux services instructeurs de vérifier le contenu des titres de propriété et l'existence d'une servitude préalablement à la délivrance du permis d'aménager du 20 août 2020, lequel mentionne, dans son dispositif, l'existence d'un réseau public d'assainissement ;
- la réalité des préjudices allégués résultant de l'existence des canalisations dans le tréfond du lot n° 2 n'est pas établie ;
- le volume de rétention des eaux pluviales réalisé par la société est sans commune mesure avec les volumes préconisés par le maire lors de la délivrance du permis d'aménager du 20 août 2020, alors en tout état de cause qu'il appartenait seule à la société pétitionnaire de déterminer le volume adapté à l'opération.
Par un courrier du 29 janvier 2025, la société YPN Immobilier a été invitée, sur le fondement de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser sa requête dans un délai de quinze jours en produisant la décision de l'administration refusant de faire droit à sa demande d'indemnisation ou la preuve du dépôt d'une réclamation indemnitaire préalable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, première conseillère,
- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,
- les observations de Me Cohendy, représentant Saint-Étienne Métropole et la commune de Saint-Chamond.
Considérant ce qui suit :
1. Les 9 et 22 novembre 2021, la société YPN Immobilier a obtenu le transfert des permis d'aménager délivrés initialement à M. B les 11 mai et 20 août 2020 en vue de l'aménagement de deux lotissements sur le territoire de la commune de Saint-Chamond, l'un situé impasse du Midi et dénommé " Le Clos des Roches 1 ", l'autre rue Jules Vernes, intitulé " Le Clos des Roches 2 ". Par la présente requête, la société YPN Immobilier demande au tribunal de condamner la métropole Saint-Étienne Métropole " et / ou " la commune de Saint-Chamond à lui verser une indemnité totale de 246 074,20 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
3. Il résulte de l'article R. 421-1 du code de justice administrative qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
4. Par un courrier du 16 janvier 2023, reçu le lendemain, M. B a demandé l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait de la découverte de deux canalisations dans le tréfonds du lot n° 2 du lotissement " Le Clos des Roches 2 ", et du surdimensionnement des volumes des bassins de rétention des eaux pluviales exigés par les permis d'aménager accordés les 11 mai et 20 août 2020. Ainsi, il ressort des termes de ce courrier qu'il a été expressément présenté au nom de M. A B. Ce dernier, qui rappelle être titulaire de deux permis d'aménager, expose avoir rencontré des difficultés lors de la mise en œuvre des permis d'aménager qui sont à l'origine de préjudices dont " il entend obtenir réparation ". Le courrier mentionne notamment qu'aucune servitude n'a été établie pour autoriser l'implantation des canalisations sur " la propriété de M. B ", que celui-ci demande le remboursement du " coût des travaux qu'il a payés " pour dévoyer les canalisations, que le volume des bassins de rétention des eaux pluviales imposé par les permis d'aménager " représente un surcoût " pour lui, " dont il est fondé à demander le remboursement ", avant de conclure que l'intéressé " sollicite l'indemnisation des préjudices subis ". Il n'est fait aucune mention de la société YPN Immobilier, ni de sa présidente, la société B Investissement, dont M. A B est le gérant. Il s'ensuit que la société YPN Immobilier ne peut être regardée comme ayant adressé, en son nom propre, une demande indemnitaire préalable à la commune de Saint-Chamond et à Saint-Étienne Métropole pour demander la réparation des préjudices qu'elle a personnellement subi et qu'elle impute à l'emprise irrégulière de canalisations sur le lot n° 2 du lotissement " Le Clos des Roches 2 " et à l'illégalité des prescriptions contenues dans les permis d'aménager des 11 mai et 20 août 2020, dont elle est devenue bénéficiaire. Ses conclusions indemnitaires, qui n'ont pas été régularisées malgré une demande adressée en ce sens le 29 janvier 2025 par le greffe du tribunal, sont dès lors irrecevables.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la société YPN Immobilier doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la métropole Saint-Étienne Métropole et par la commune de Saint-Chamond.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société YPN Immobilier est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Saint-Étienne Métropole et par la commune de Saint-Chamond sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société YPN Immobilier, à la métropole Saint-Étienne Métropole et à la commune de Saint-Chamond.
Délibéré après l'audience du 18 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Hervé Drouet, président,
M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Océane Viotti, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2025.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2303971
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026