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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2304861

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304861

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2304861
TypeDécision
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantLARABI-HADI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, Mme B A, représentée par la SELASU Intuitu Avocae, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation et de celle de son enfant ;

- elle est entachée d'erreurs de faits et d'une erreur d'appréciation, dès lors que la prise en charge médicale dont bénéficie son enfant en France ne pourra pas être poursuivie en Angola, que le traitement qui lui est prescrit n'est pas disponible dans ce pays, que l'accès aux soins est très difficile et onéreux et que son état de santé s'est dégradé ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle expose son enfant à une situation de torture et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour pour s'occuper de son fils gravement malade, pris en charge en France, et pour lequel les soins ne sont pas disponibles en Angola ;

- la décision est disproportionnée ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son enfant, dont l'état de santé nécessite son maintien sur le territoire français ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Des pièces ont été produites le 1er août 2023 par le préfet de la Loire.

Par une ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Maubon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante angolaise né le 17 janvier 1989, déclare être entrée sur le territoire français le 17 octobre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 8 février 2021, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 27 août 2021. Le 11 octobre 2021, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en invoquant l'état de santé de son enfant né en octobre 2018. Par un arrêté du 17 novembre 2022 dont la requérante demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. " Aux termes de l'article L. 425-9 de ce code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

3. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

4. Mme A produit une ordonnance du 7 septembre 2022 comportant la liste des spécialités pharmaceutiques nécessaires au traitement de son enfant né en octobre 2018, parmi lesquelles figurent cannabidiol 100 mg/L (EPIDYOLEX 100 mg/L) dont il ressort des pièces du dossier qu'il est prescrit pour limiter les crises d'épilepsie auxquelles cet enfant est sujet du fait de son encéphalopathie épileptique d'origine génétique et qu'il a conduit à une amélioration notable de son état en réduisant la fréquence des crises. Elle produit également une attestation de la société pharmaceutique commercialisant la spécialité EPIDYOLEX 100 mg/L, selon laquelle ce médicament n'est pas commercialisé en Angola. Le préfet de la Loire n'apporte en défense aucun élément de nature à établir la disponibilité de ce médicament, nécessaire à la prise en charge de l'état de santé de l'enfant, dans le pays d'origine de Mme A et de son enfant.

5. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la préfète de la Loire a méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant le 17 novembre 2022 de lui accorder le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour dont elle disposait en qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à solliciter l'annulation de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français adoptées sur son fondement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour erreur d'appréciation, implique qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivrée à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à cette délivrance, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à Me Larabi-Hadi, avocate de Mme A, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 novembre 2022 de la préfète de la Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de procéder au renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour de Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Larabi-Hadi, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Fatiha Larabi-Hadi et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

G. MaubonLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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