mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2307343 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CARON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août et 22 décembre 2023, Mme B D, représentée par Me Caron, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 11 juillet 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale faute pour la préfète du Rhône d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application du pouvoir de régularisation exceptionnelle détenu par la préfète ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente ;
- les observations de Me Caron, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 29 août 2004 et entrée en France le 26 avril 2017 avec ses parents et sa sœur mineure, munie d'un visa court séjour valable du 5 décembre 2016 au 2 juin 2017, a sollicité le 27 mars 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1988 et du titre III du protocole annexé à cet accord. Elle demande au tribunal d'annuler les décisions du 11 juillet 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme A C, directrice adjointe des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, titulaire d'une délégation de signature à cet effet en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, par un arrêté de la préfète du Rhône du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 1er juin 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations de l'accord franco-algérien applicables à la requérante et celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, alors que la préfète n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, la décision contestée précise les éléments déterminants de la situation de Mme D qui ont conduit la préfète du Rhône à refuser de lui délivrer un titre de séjour et indique à cet égard que la requérante ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable sur le territoire national et qu'en l'absence de visa de long séjour, elle ne peut bénéficier des dispositions du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien. Ainsi, la décision en litige comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de l'examen de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de Mme D.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1988 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ".
6. Pour contester le refus de titre de séjour qui lui a été opposé, Mme D se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français, de ses bons résultats tout au long de sa scolarité en France, de sa poursuite d'études en école d'infirmière, ainsi que de son insertion dans la société française. Elle fait également état de la présence en France de ses deux parents et de sa sœur mineure qui est scolarisée. Toutefois, les parents de la requérante se maintiennent de manière irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration du visa de court séjour avec lequel ils sont entrés en France et ils n'ont déposé une première demande de titre de séjour que le 20 mai 2022. Alors que Mme D pourrait poursuivre ses études d'infirmière en Algérie, son sérieux et sa volonté d'intégration, attestés par la note sociale et les appréciations reçues dans le cadre de ses stages pratiques comme élève infirmière qu'elle produit, ne suffisent pas à démontrer qu'elle aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1988 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent ainsi être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme D doit également être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. (). ". Aux termes du titre III du protocole annexé à cet accord : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". (). ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " est subordonnée à l'obtention d'un visa de long séjour.
8. Il est constant que Mme D, qui n'est entrée en France mineure que sous couvert d'un visa de court séjour, n'était pas en possession d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, à laquelle la délivrance d'un certificat de résidence " étudiant " est, en principe, subordonnée en vertu des stipulations précitées. Dès lors, la préfète du Rhône a pu légalement, pour ce seul motif tiré de l'absence de visa de long séjour et sans avoir à se prononcer sur les moyens d'existence dont faisait état la requérante, refuser la délivrance du certificat de résidence qu'elle avait sollicité.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ". Cette procédure est applicable aux ressortissants algériens dès lors que les hypothèses de délivrance de plein droit d'un titre de séjour visées dans cet article correspondent à des stipulations de portée équivalente de l'accord franco-algérien. Toutefois, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance d'un titre de séjour visées dans les stipulations dont ils se sont prévalus. En l'espèce, la requérante ne remplissant pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et du titre III du protocole annexé à cet accord, ainsi qu'il vient d'être dit aux points 6 et 8, la préfète du Rhône n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour.
10. En dernier lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Cependant, elles n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien ne remplissant pas l'ensemble des conditions auxquelles l'accord subordonne la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
11. En l'espèce, Mme D fait état de ses efforts d'intégration en France, notamment par sa participation bénévole aux activités du Secours Populaire, et de son investissement dans ses études. La requérante produit, à cet égard, une note sociale, des évaluations de stage en milieu infirmier ainsi que les bulletins de note de l'ensemble de son parcours scolaire qui soulignent ses qualités personnelles, son investissement et le sérieux de son travail. Elle se prévaut également de ce qu'elle a obtenu une bourse de la région Auvergne-Rhône-Alpes, d'un montant de 6 135 euros, pour la poursuite de sa formation et de ce que son père perçoit de modestes rétributions dans le cadre de son activité d'insertion. Toutefois, il ne ressort pas de ces éléments que la préfète du Rhône aurait entaché la décision contestée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de cette illégalité.
13. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Mme D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ni de celle lui faisant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office serait illégale du fait de cette illégalité.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Soubié, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Vaccaro-Planchet L'assesseure la plus ancienne,
A.-S. Soubié
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2512307
Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête d'un ressortissant algérien contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire (OQTF) et le délai de départ volontaire. Le tribunal a jugé que le préfet des Yvelines était compétent pour signer les décisions contestées et que le refus de titre de séjour, fondé sur l'absence de contrat de travail visé par l'administration, était légal. La décision s'appuie sur les dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nantes — N° CAA44-24NT02348
07/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nantes — N° CAA44-24NT01304
07/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nantes — N° CAA44-23NT02745
07/04/2026