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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2307960

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307960

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307960
TypeDécision
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la demande de M. A tendant à la décharge de l'obligation de payer une somme de 56 826,63 euros, correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux (2007-2008) ainsi qu'à une cotisation de contribution sociale généralisée (2005). Le tribunal a écarté le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement sur le fondement de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, estimant que la mise en demeure du 8 juin 2023 ne constituait pas le premier acte de poursuite permettant d'invoquer cette prescription. Il a également jugé que l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon déchargeant M. A de l'obligation de payer la cotisation de 2005 était sans incidence sur la validité de la mise en demeure contestée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 septembre 2023 et le 14 janvier 2025, M. B A demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant de la notification d'une mise en demeure du 8 juin 2023 tenant lieu de commandement de payer la somme de 56 826,63 euros correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2007 et 2008, et à une cotisation de contribution sociale généralisée mise à sa charge au titre de l'année 2005.

Il soutient que :

- les montants réclamés ont été mis en recouvrement plus de quatre ans après leur établissement ;

- en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, les créances mises à sa charge par l'administration fiscale sont prescrites ;

- les saisies administratives à tiers détenteurs relatives au paiement de ces créances ont été communiquées au siège de sa société d'avocat et non à son domicile, et n'ont ainsi pas pu interrompre la prescription ;

- la cour administrative d'appel de Lyon, par un arrêt du 15 décembre 2022, l'a notamment déchargé de l'obligation de payer la cotisation de contribution sociale généralisée au titre de l'année 2005 ;

- le débiteur des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu est la Selarl Cabinet européen d'avocat, qui a repris les dettes fiscales de M. A, et non M. A lui-même ;

- la Selarl Cabinet européen d'avocat a été placée en liquidation judiciaire et la somme réclamée de 56 826,63 euros n'a pas été déclarée au liquidateur, comme elle aurait dû l'être.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2024, le directeur régional des finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 28 février 2025, les parties ont été informées qu'en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen relatif à la prescription de l'action en recouvrement de la contribution sociale généralisée au titre de l'année 2005, dès lors que la mise en demeure de payer du 8 juin 2023 ne constitue pas le premier acte de poursuite permettant d'invoquer la prescription, en application de l'article R. 282-3-1 c) du livre des procédures fiscales.

Une réponse à ce moyen d'ordre public, enregistrée pour M. A le 6 mars 2025, a été communiquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Gros, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le pôle recouvrement spécialisé de Lyon adressé à M. A une mise en demeure datée du 8 juin 2023 tenant lieu de commandement de payer la somme de 56 826,63 euros correspondant à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2007 et 2008, et à une cotisation de contribution sociale généralisée mise à sa charge au titre de l'année 2005. Par un courrier du 18 juillet 2023, M. A a présenté la réclamation préalable prévue par l'article L.281 du livre des procédures fiscales aux fins de contester cette mise en demeure, rejetée par le service le 4 août 2023. Par sa requête M. A demande la décharge de l'obligation de payer qui lui a été notifiée par la mise en demeure du 8 juin 2023.

2. En premier lieu, si M. A fait valoir que la cour administrative d'appel de Lyon, par un arrêt du 15 décembre 2022, l'a notamment déchargé de l'obligation de payer la cotisation de contribution sociale généralisée au titre de l'année 2005, l'intervention de cet arrêt est sans incidence sur l'obligation de payer cette cotisation contestée par M. A dans la présente instance qui résulte de la notification de la mise en demeure du 8 juin 2023. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement invoquer, dans le cadre du présent contentieux du recouvrement, la prescription du délai de reprise relatif au contentieux de l'assiette.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. " L'article L. 277 du même livre dispose : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. / L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent () ". Aux termes de l'article 2244 du code civil : " Le délai de prescription ou le délai de forclusion est également interrompu par une mesure conservatoire prise en application du code des procédures civiles d'exécution ou un acte d'exécution forcée. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales : " La demande prévue à l'article R. * 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation au paiement ou sur le montant de la dette ; () ". Lorsque le redevable d'une imposition se prévaut de la prescription de l'action en recouvrement, il soulève une contestation qui ne porte pas sur l'obligation de payer mais qui a trait à l'exigibilité de l'impôt. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir. Lorsqu'une réclamation a été présentée à l'administration à l'encontre de ce premier acte de poursuite sans invoquer un tel motif, le contribuable, s'il conteste devant le juge le rejet de cette réclamation, peut néanmoins invoquer devant ce juge, eu égard au premier alinéa de l'article R. 281-5 du même livre, la prescription de l'action en recouvrement à la condition que celle-ci n'implique l'appréciation d'aucune autre pièce justificative ou circonstance de fait que celles qu'il a produites ou exposées dans sa réclamation.

6. S'agissant des suppléments de contribution sociale généralisée mis à la charge de M. A pour l'année 2005, il résulte de l'instruction qu'ils ont été mis en recouvrement le 31 juillet 2010. M. A a présenté à l'administration fiscale une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement, rejetée par le service, puis a saisi le tribunal administratif de Lyon le 1er février 2011. Ainsi, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, la prescription de l'action en recouvrement des impositions a été suspendue jusqu'à la date de notification du jugement du 18 décembre 2012 par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté la demande de décharge des impositions susvisées. Le service ne rapportant pas la preuve de la notification à M. A des saisies administratives à tiers détenteur notifiées le 30 janvier 2014 auprès de la caisse nationale des barreaux français et le 18 juillet 2017 auprès de l'établissement bancaire Crédit Agricole, ces actes de saisie à tiers détenteur ne peuvent avoir régulièrement interrompu la prescription de l'action en recouvrement à l'encontre du requérant, et le délai de prescription de l'action en recouvrement était expiré à la date à laquelle une mise en demeure lui a été régulièrement notifiée à son adresse personnelle le 20 février 2020, constituant le premier acte de poursuite à l'encontre duquel M. A pouvait invoquer la prescription de l'action en recouvrement. L'intéressé, qui n'a pas invoqué un tel motif à l'encontre de cet acte de poursuite dans sa réclamation préalable et en première instance, l'a cependant invoqué pour la première fois devant la cour administrative d'appel qui a admis la recevabilité de ce moyen dans son arrêt du 15 décembre 2022. En revanche, si M. A s'est de nouveau prévalu, devant le juge, de la prescription du délai de mise en recouvrement à l'encontre de saisies administratives à tiers détenteurs adressées à ses établissements bancaires en 2021, le tribunal administratif, par un jugement du 20 juin 2023, a écarté ce moyen comme étant irrecevable dès lors qu'il impliquait l'appréciation d'éléments de fait autres que ceux exposés dans sa réclamation. Dans ces conditions, M. A n'est plus recevable à se prévaloir de la prescription de l'action en recouvrement des créances correspondant aux impositions supplémentaires mises en recouvrement le 31 juillet 2010, pour contester la mise en demeure du 8 juin 2023, alors même qu'il a invoqué ce motif dans sa réclamation préalable du 18 juillet 2023. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. S'agissant des suppléments d'impôts sur le revenu mis à la charge de M. A pour les années 2007 et 2008, il résulte de l'instruction qu'ils ont été mis en recouvrement le 31 juillet 2012. Il est constant que, par un courrier du 16 août 2012, M. A a présenté à l'administration fiscale une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement puis a saisi le tribunal administratif de Lyon le 24 octobre 2013, avant l'expiration du délai prévu par l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales. Ainsi, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, la prescription de l'action en recouvrement des impositions a été suspendue jusqu'à la date de notification du jugement du 28 juin 2016 par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté la demande de décharge des impositions susvisées. Une mise en demeure du 18 février 2020 a ensuite été régulièrement notifiée à son adresse personnelle le 20 février 2020, dans le délai de prescription de l'action en recouvrement qui a recommencé à courir le 28 juin 2016, date de notification du jugement précité, interrompant de nouveau ce délai. Si l'administration fait valoir que le délai de prescription de l'action en recouvrement a été interrompu par la saisie à tiers détenteur réalisée auprès de l'établissement " Bourse Direct ", elle se borne à produire la preuve de la notification de cet acte de saisie datée du 20 avril 2022 mais ne produit pas la preuve de la notification de cet acte à M. A. Par suite, cet acte de saisie à tiers détenteur ne peut avoir régulièrement interrompu la prescription de l'action en recouvrement à l'encontre du requérant. Toutefois, nonobstant l'absence de notification de l'acte de saisie à tiers détenteur susvisé à M. A, le délai de prescription de l'action en recouvrement qui a recommencé à courir, ainsi qu'il a été dit, le 20 février 2020, n'était pas expiré à la date à laquelle la mise en demeure du 8 juin 2023 susvisée a été notifiée à M. A. Par suite, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2007 et 2008 doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. A soutient qu'il n'est pas le débiteur de la dette fiscale mise à sa charge dès lors que le débiteur réel est sa société d'avocat, désormais mise en liquidation, et qu'il appartenait au comptable public de déclarer sa créance au liquidateur. Toutefois, d'une part, M. A n'établit par aucune pièce avoir effectivement cédé ses dettes fiscales à sa société d'avocat au moment de sa création. D'autre part, une telle cession de dette ne serait en tout état de cause opposable à l'administration que si celle-ci y avait expressément consenti, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier. Le moyen doit donc être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des Finances publiques d'Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

La rapporteure,

M-L. VialletLe président,

M. Clément

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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