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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308225

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308225

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308225
TypeDécision
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSHIBABA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 septembre et 2 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Shibaba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 aout 2023 par laquelle la préfète du Rhône e refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ne lui sont pas opposables dès lors qu'elles visent une autre personne ;

- la décision portant refus d'admission au séjour n'est pas suffisamment motivée ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- compte tenu de sa situation privée et familiale, la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles 5 et 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle revêt un caractère disproportionné.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Mme C été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision en date du 26 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relatives aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Shibaba.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante somalienne née le 1er janvier 1983, déclare être entrée en France le 20 février 2018 afin de solliciter l'asile. Le 31 juillet 2020, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 janvier 2021. Le 4 mars 2021, Mme C a déposé une première demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA du 23 mars 2021 confirmée par la CNDA le 16 décembre suivant. Le 21 février 2022, la requérante a de nouveau sollicité le réexamen de sa demande. Cette demande a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA du 10 mars 2022 confirmée par la CNDA le 16 janvier 2023. Par un arrêté du 21 février 2022 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal en date du 11 mai 2022, le préfet du Rhône, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. Par un arrêté du 31 aout 2023, la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement du 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. La requérante demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. La circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que la décision du 31 août 2023 mentionne Mme D, au lieu de Mme A C, constitue une erreur matérielle qui est sans incidence sur la légalité de cette décision, dès lors qu'il n'existe aucun doute sur l'identité de son destinataire au regard des autres mentions contenues dans cet arrêté, que la requérante ne conteste pas. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme C aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

5. D'une part, en l'absence de toute décision portant refus d'admission au séjour, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé par voie d'exception, ne peut qu'être écarté.

6. D'autre part, la décision du 31 août 2023 comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. La préfète qui fait état de la situation familiale en France de Mme C, indique ainsi qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français suite au rejet, par la Cour nationale du droit d'asile de sa demande de réexamen au titre de l'asile, et l'absence de circonstances particulières justifiant une mesure dérogatoire. Elle satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Il ne ressort pas davantage des termes de la décision que le préfet se serait senti en état de compétence liée.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C, n'a contrairement à ce qui est soutenu, pas été privée de délai de départ volontaire, la préfète lui ayant accordé un délai de trente jours pour quitter le territoire français et ne justifie d'aucune circonstance de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait violé les dispositions des articles 5 et 7 de la directive du 16 décembre 2008 ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon les dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. En outre, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. D'une part, la décision prise en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte les éléments de droit et de fait qui la fonde. La préfète indique ainsi que l'intéressée réside en France depuis cinq ans, sans toutefois justifier d'une vie privée et familiale stable et intense et qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement du 21 février 2022 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par suite la décision est suffisamment motivée en droit et en fait.

11. D'autre part, alors que Mme C ne justifie pas de la relation maritale dont elle se prévaut, il ressort de la motivation de la décision en litige exposée au point précédent que la préfète du Rhône pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation, se borner à prendre en considération seulement la durée de la présence de l'intéressée sur le territoire français, ainsi que la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, pour prononcer une interdiction de retour d'une durée d'un an, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023

La présidente,

D. B

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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