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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309444

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309444

mardi 11 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309444
TypeDécision
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui accorder un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour et a refusé de lui accorder un titre de séjour, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous lui permettant le dépôt de sa demande de titre de séjour à la première date utile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans l'hypothèse où son dossier serait complet, d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de rendez-vous :

- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète a méconnu l'étendue de sa propre compétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 14 février 2025, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité partielle des conclusions en annulation de la requête, en tant qu'elles sont dirigées contre une décision implicite de refus de titre de séjour inexistante, la décision explicite de refus de rendez-vous du 21 juillet 2023 n'ayant pu faire naître une telle décision implicite.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viallet a été entendu au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Mme B, conjointe de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais né le 2 janvier 1985, est entré en France le 21 avril 2014. Le 15 juin 2023 il a sollicité un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de carte de séjour, sur le site " démarches simplifiées ". Le 21 juillet 2023, la préfète du Rhône a rejeté sa demande de rendez-vous. Par un courrier du 3 août 2023, M. C a formé un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejeté. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 21 juillet 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui accorder un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de titre de séjour et a refusé de lui accorder un titre de séjour, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur la légalité de la décision portant refus de rendez-vous :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 212-2 de ce code " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions ; () ".

3. Si la notification par l'intermédiaire d'un téléservice permet, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration, de déroger à l'obligation d'y faire figurer la signature de son auteur, elle ne dispense pas de l'obligation tenant à ce qu'elle comporte les prénom, nom et qualité de celui-ci ainsi que la mention du service auquel il appartient.

4. Il ressort des termes de la décision en litige que celle-ci a été prise par la " Direction des migrations et de l'intégration/Préfecture du Rhône ". Elle ne comporte donc pas les prénom, nom et qualité de son auteur, permettant de vérifier la compétence de son auteur. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigée contre la décision portant refus de rendez-vous, que cette décision doit être annulée ainsi que la décision rejetant le recours gracieux formé contre cette dernière.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

6. Alors que la décision explicite contestée n'a pu faire naître ni révéler une décision implicite de refus de délivrance du titre de séjour que M. C avait l'intention de solliciter, les conclusions de la requête dirigées contre une telle décision, inexistante, doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement, qui annule la décision du 21 juillet 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de fixer un rendez-vous à M. C en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour, implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, eu égard à ses motifs, que l'autorité préfectorale fixe à l'intéressé une date de rendez-vous en vue du dépôt de cette demande, et, si son dossier est complet, de procéder à son enregistrement et de lui remettre un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire français. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, par ailleurs, de prononcer contre l'État, à défaut pour la préfète du Rhône de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai d'un mois à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour, jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DECIDE:

Article 1er : La décision du 21 juillet 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé d'accorder un rendez-vous à M. C pour le dépôt de sa demande de titre de séjour ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux en tant qu'elle confirme ce refus de rendez-vous sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de fixer à M. C une date de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'État, s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans un délai d'un mois à compter de sa notification. La préfète du Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 février 2025 à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Viallet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2025.

La rapporteure,

M-L. VialletLe président,

M. Clément

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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