mardi 15 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309679 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SARL LACHENAUD AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 novembre 2023 et le 27 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé sa remise aux autorités italiennes ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- il n'a pas été en mesure de présenter des observations, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie d'une entrée régulière en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
La préfète du Rhône a transmis des pièces, enregistrées le 20 mars 2025, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
La demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 20 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Boulay, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant égyptien né le 1er juillet 1988, demande l'annulation de la décision du 14 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités italiennes sous réserve de l'accord de réadmission de ces autorités.
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2023, régulièrement publié au recueil le 1er septembre 2023, la préfète du Rhône a donné délégation à Mme C pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ".
4. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant remise de M. A aux autorités italiennes. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision de remise doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant d'ordonner sa remise aux autorités italiennes.
6. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, contrairement à ce qu'il soutient, M. A a été entendu, lors d'un entretien réalisé le 13 septembre 2023, préalablement à l'édiction de la décision en litige. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il aurait sollicité l'assistance d'un conseil lors de cet entretien. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter ses observations doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne () l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". L'article L. 311-1 du même code dispose que : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; () ".
8. Pour décider la remise de M. A aux autorités italiennes, la préfète du Rhône, après avoir relevé que l'intéressé dispose d'un titre de séjour italien valable jusqu'en 2031, a retenu qu'il ne disposait pas d'un document transfrontalier et qu'il ne justifiait ainsi pas de la régularité de ses conditions d'entrée et de séjour en France. Si M. A se prévaut de la possession d'un passeport et de ce qu'il a la possibilité de démontrer par d'autres moyens la régularité de son entrée en France, il ne justifie toutefois pas de la régularité de son entrée sur le territoire français. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées que la préfète du Rhône a prononcé sa remise aux autorités italiennes.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. A se prévaut de ce qu'il est marié depuis le 1er septembre 2023 et qu'il réside avec son épouse de nationalité marocaine et son beau-fils en France. Toutefois, son mariage était très récent à la daté de la décision attaquée et il ne justifie pas de l'ancienneté de sa relation. En outre, la seule circonstance qu'il a créé une société enregistrée à Paris le 1er décembre 2021 n'est pas seule de nature à établir la réalité de son activité professionnelle et de ses liens professionnels en France. Par ailleurs, il ressort des pièces versées en défense que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de blanchiment aggravé, transfert non déclaré de sommes d'au moins 10 000 euros vers ou en provenance d'un autre Etat et de blanchiment en bande organisé le 14 septembre 2023, de vols simples le 8 mars 2023, et qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement les 13 janvier 2015 et 17 juillet 2014. Enfin, le requérant ne justifie pas de l'ancienneté alléguée de son séjour en France. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 1er avril 2025, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.
La rapporteure,
P. Boulay
Le président,
J. Segado La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,