lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2310305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 29 novembre 2023 et le 12 février 2024, M. E C B, représenté par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de le munir sous deux jours d'une autorisation provisoire de séjour puis de lui délivrer dans le délai d'un mois un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros (HT) en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ;
- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de fait ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été entendu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le refus de séjour critiqué porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant son pays de renvoi portent atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 (4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit, la préfète s'étant estimée à tort en situation de compétence liée ;
- l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi ;
- la décision fixant son pays de renvoi méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant son pays de renvoi porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2023, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 novembre 2023.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant angolais né en 1988 et entré en France au mois d'octobre 2020, M. C B conteste l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il est constant que l'arrêté attaqué a été signé par Mme D, nommée préfète de l'Ardèche par un décret du 13 juillet 2023 publié le lendemain au Journal officiel de la République française. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. Traduisant un examen particulier de la situation du requérant, la décision critiquée fait état de façon circonstanciée des éléments de fait relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressé. Alors que l'erreur de fait alléguée par le requérant ne saurait se déduire de la seule contestation par celui-ci de l'appréciation portée par la préfète de l'Ardèche sur sa situation, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation du requérant et de l'erreur de fait commise par l'autorité préfectorale doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Si M. C B soutient que, faisant suite à l'annulation contentieuse d'une précédente mesure d'éloignement prise à l'initiative de la préfète de la Drôme, la décision attaquée est intervenue sans qu'il ait été mis à même de présenter ses observations, il ressort toutefois et en tout état de cause des pièces du dossier que le requérant avait connaissance de l'instruction de son dossier par les services de l'Etat en Ardèche, auxquels il s'est adressé notamment par un courrier électronique du 25 septembre 2023. Par suite, les moyens tirés par M. C B de la méconnaissance de son droit d'être entendu rappelé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou de la violation des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Pour soutenir que les dispositions législatives et les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, M. C B se prévaut de sa résidence et de sa bonne intégration en France depuis l'année 2020 ainsi que de la présence à ses côtés et en situation régulière de sa compagne et de leur fille A née en 2023 et dont l'état de santé requiert un suivi médical. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est entré irrégulièrement qu'au mois d'octobre 2020 sur le territoire national, où sa demande d'asile a été rejetée le 31 août 2022 et où il ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière, que sa compagne est également angolaise et il est constant que, comme le relève la décision en litige, les deux premiers enfants de M. C B demeurent en Angola. Dans ces conditions, compte tenu également de la nature et des effets de la décision en litige et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de l'enfant Ayana, dont le kyste bronchogénique a d'ailleurs été traité au mois de janvier 2024, impliquerait un suivi particulier faisant obstacle à un retour en Angola, le moyen tiré, d'une part, de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant Ayana protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Les circonstances dont il est fait état et tirées notamment, outre sa situation familiale, de l'engagement bénévole du requérant et de son attente d'une inscription dans une formation d'électrotechnique ainsi que de ses perspectives professionnelles ne suffisent pas davantage pour considérer que la décision en litige résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences du refus critiqué sur la situation personnelle de M. C B.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.
8. Alors que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige trouve son fondement dans le refus de titre de séjour opposé au requérant et les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée, que la préfète se serait estimée à tort en situation de compétence liée pour éloigner le requérant en raison du rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par l'autorité préfectorale doit être écarté.
9. Si M. C B soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant exposés au point 6.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. Eu égard à ce qui précède, M. C B n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire qu'il conteste entache d'illégalité la décision prise sur leur fondement et fixant son pays de renvoi.
11. Si M. C B soutient que la décision fixant son pays de renvoi méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et s'il soutient également que cette décision résulte d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant exposés au point 6.
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". En se bornant à invoquer le bénéfice de ces stipulations, le requérant n'assortit pas le moyen qu'il entend soulever des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. C B dirigées contre l'arrêté du 3 octobre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. C B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C B et à la préfète de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le rapporteur,
F-X. Richard-RendoletLe président,
A. Gille
La greffière,
F. de Biasi
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026