mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2311244 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | PENIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Penin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 décembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet doit justifier d'une délégation de signature ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- En ce qui concerne le refus de départ volontaire :
- il méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le risque de soustraction à la mesure d'éloignement n'est pas établi ;
- En ce qui concerne l'interdiction de retour d'une durée de trente-six mois :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'inscription dans le système d'information Schengen entraîne l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique de tout l'espace Schengen ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est manifestement disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;
- les observations de Me Penin, avocat de M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né le 13 janvier 1987, est irrégulièrement entré en France, en 2009. Par un arrêté du 29 décembre 2023, notifié le 30 décembre 2023, la préfète du Rhône a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de 36 mois. Par un second arrêté du 29 décembre 2023, notifié le 30 décembre 2023, la préfète l'a placé en rétention administrative. Par une ordonnance du 1er janvier 2024, le juge des libertés et de la détention a ordonné la mise en liberté de M. C. Par un arrêté du 29 décembre 2023, notifié le 1er janvier 2024, la préfète du Rhône a assigné l'intéressé à résidence dans le département du Rhône pour une durée maximale de 45 jours. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 29 décembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour d'une durée de 36 mois.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, les décisions en litige ont été signées par Mme E D, attachée, chef du bureau de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 novembre 2023, publié, le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions contestées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. L'autorité administrative n'était pas tenue d'indiquer, de manière exhaustive, l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et notamment professionnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes des décisions attaquées que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".
7. M. C serait entré irrégulièrement en en France en 2009. Il a fait l'objet d'un arrêté de remise aux autorités italiennes, le 23 avril 2011, qui a été exécuté sous la contrainte, le 27 avril 2011. Une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été prise à l'encontre de l'intéressé, le 17 janvier 2012, qu'il n'a pas contestée. Le requérant a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail, le 28 juin 2017, qui a fait l'objet d'un refus avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours assorti d'une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois, le 8 décembre 2021. Le recours exercé à l'encontre de cette décision a été rejeté, en dernier lieu, par la cour administrative d'appel de Lyon, le 27 septembre 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de six signalements auprès des services de police. Il a été condamné, le 4 octobre 2021, par le tribunal correctionnel de Lyon, à trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours. Il a été également condamné, le 4 octobre 2021, par le tribunal judiciaire de Lyon, à une peine de quinze mois d'emprisonnement dont sept mois avec sursis probatoire de deux ans, pour des faits de menace de mort réitérée et violence avec usage d'une arme. Il a été écroué, le 2 octobre 2021. Enfin, M. C a été condamné, le 3 août 2022, par le tribunal correctionnel de Lyon, à une peine de deux ans d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle et violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours. Il a été, de nouveau, écroué le 6 juillet 2022 et la levée d'écrou est intervenue, le 30 décembre 2023. En l'espèce, M. C, célibataire et sans charge de famille, ne justifie d'aucune intégration particulière en France. En outre, l'intéressé a été condamné à trois reprises et une partie de son séjour sur le territoire national s'est ainsi déroulée en détention. M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Il s'est également soustrait aux précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
9. Il ressort des pièces du dossier et, en particulier, des termes de la décision attaquée que le comportement de M. C constitue une menace pour l'ordre public compte tenu des différentes condamnations prononcées à son encontre, qu'il ne dispose pas de garanties de représentation suffisantes notamment en l'absence de moyens d'existence effectifs et qu'il s'est déjà soustrait à de précédentes de mesures d'éloignement. En l'espèce, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour décider de refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Contrairement à ce qu'il soutient, le risque de soustraction, à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, est suffisamment caractérisé pour justifier le refus de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit les décisions portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
11. Compte tenu de ce qui a été précédemment exposé à propos de la situation personnelle de M. C et du fait que son comportement représente une menace pour l'ordre public, l'intéressé, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français ni que cette mesure d'une durée de trente-six mois serait disproportionnée au regard de sa situation personnelle y compris en ce qui concerne sa vie privée et familiale. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
12. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige produit des effets sur un éventuel droit au séjour dans un autre État membre de l'espace Schengen en ce que cette décision, qui emporte une inscription dans le système d'information Schengen et l'impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen, une telle assertion relève d'une conséquence de l'interdiction de retour en litige, mais demeure sans incidence quant à la légalité de cette mesure.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.
La magistrate désignée,
N. BARDAD
La greffière,
F. GAILLARD
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604297
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 février 2026, considérant que la motivation était insuffisante, notamment sur l'absence de réel examen de la situation personnelle et familiale du requérant au regard de l'article 8 de la CEDH. Les décisions ont été prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2603734
Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. C... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai et son interdiction de retour de dix-huit mois. Le tribunal estime que l'administration était fondée à prendre cette mesure, car le requérant reconnaît être en situation irrégulière et ne démontre pas disposer d'attaches personnelles suffisantes en France pour rendre la mesure disproportionnée. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604300
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté d'éloignement. Le requérant, un ressortissant algérien, contestait l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour de trois ans prononcées par le préfet de l'Ain. Le tribunal a annulé l'arrêté attaqué, considérant que la décision était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une insuffisance de motivation, notamment au regard de l'examen de la situation personnelle et de l'état de santé de l'intéressé, en application des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604550
Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant soudanais, qui contestait le refus d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment la violation présumée de la confidentialité de la procédure d'asile et les conditions de l'entretien, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions internationales pertinentes.
03/04/2026