Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée, le 4 janvier 2024, la société Trigano MDC, représentée par Me Piquot-Joly, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté de la préfète de l’Ardèche du 7 novembre 2023 fixant des servitudes d’utilité publique applicables au site anciennement exploité par la société Trigano MDC sur le territoire de la commune de Tournon-sur-Rhône ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Ardèche de faire droit à sa demande tendant à ce qu’il soit mis fin aux opérations de surveillance du site mises à sa charge, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il présente un caractère excessif en ce qu’il lui impose de nouvelles obligations sans limite de durée, et ce alors qu’elle ne dispose plus du droit d’accéder au site, et en ce qu’il concerne le site dans son intégralité.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2025, le préfet de l’Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun moyen soulevé n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Eymaron, rapporteure publique,
- les observations de Me Piquot-Joly, pour la société Trigano MDC.
Considérant ce qui suit :
1. La société Trigano MDC exploitait, sur un terrain situé 4, rue Labâtie à Tournon-sur-Rhône, une activité de fabrication de matériels de camping relevant de la législation sur les installations classées, dont elle a déclaré la cessation en août 2000. Elle demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 7 novembre 2023 par lequel la préfète de l’Ardèche a fixé des servitudes d’utilité publique applicables à ce site.
2. En premier lieu, par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l’Ardèche a délégué à Mme Isabelle Arrighi, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l’arrêté litigieux, la signature de l’ensemble des arrêtés relevant des attributions de l’Etat dans le département, à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Le moyen tiré de ce que l’arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente manque donc en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que la société Trigano MDC, en sa qualité d’ancienne exploitante du site susvisé, est tenue de procéder à la surveillance de la pollution de ses eaux souterraines, obligation mise à sa charge par un arrêté préfectoral du 3 janvier 2005. Contrairement à ce qu’elle fait valoir, l’arrêté litigieux n’a ni pour objet ni pour effet de renforcer les obligations de surveillance lui incombant. Elle ne peut donc utilement faire valoir, à ce titre, que ces obligations sont fixées sans limite de durée et qu’elle ne dispose plus du droit d’accéder au site, et ce d’autant que l’article 4 de l’arrêté attaqué impose précisément qu’un accès aux ouvrages permettant la réalisation d’investigations des eaux souterraines soit assuré à la société Trigano.
4. En dernier lieu, l’article L. 515-12 du code de l’environnement dispose : « Afin de protéger les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1, les servitudes prévues aux articles L. 515-8 à L. 515-11 peuvent être instituées sur des terrains pollués par l'exploitation d'une installation, sur l'emprise des sites de stockage de déchets ou dans une bande de 200 mètres autour de la zone d'exploitation, ou sur l'emprise des sites d'anciennes carrières ou autour de ces sites sur des surfaces dont l'intégrité conditionne le respect de la sécurité et de la salubrité publiques ou dans le voisinage d'un site de stockage géologique de dioxyde de carbone. Ces servitudes peuvent, en outre, comporter la limitation ou l'interdiction des modifications de l'état du sol ou du sous-sol, la limitation des usages du sol, du sous-sol et des nappes phréatiques, ainsi que la subordination de ces usages à la mise en œuvre de prescriptions particulières, et permettre la mise en oeuvre des prescriptions relatives à la surveillance du site. (…) »
5. Il résulte de l’instruction, et notamment de l’étude des sols remise le 6 février 2001 à la suite de la cessation de l’activité de la société Trigano, que les investigations réalisées ont révélé une pollution des sols du site, dont la plus marquée était localisée sous la dalle béton de l’atelier de traitement de surface. Les résultats de contrôle des eaux souterraines reçus en septembre 2022, dans le cadre de leur surveillance continue, ont confirmé l’existence de cette pollution à plusieurs endroits du site, de sorte que l’inspection des installations classées, dans son dernier rapport du 2 juin 2023, a préconisé, ainsi qu’elle l’avait déjà fait dans son précédent rapport du 28 septembre 2018, d’étendre le périmètre des servitudes d’utilité publiques concernant les sols et les eaux souterraines à l’ensemble du site. La société requérante, qui se borne à faire valoir que le périmètre des servitudes pourrait être réduit au point S8 du site sans produire aucun élément à l’appui de ces allégations, n’établit pas que le périmètre tel que fixé par l’arrêté litigieux présenterait un caractère excessif. Le moyen soulevé sur ce point doit donc être écarté.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Trigano MDC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Trigano MDC et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.
Copie en sera adressée au préfet de l’Ardèche.
Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Viotti, première conseillère,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2026.
La rapporteure,
L. Lahmar
Le président,
H. Drouet
La greffière,
L. Khaled
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,