mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400112 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS ASTERIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 26 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me Bracq, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre communal d'action sociale (CCAS) de Lyon, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision de 36 684 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle reconnue imputable au service ;
2°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Lyon la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner le CCAS de Lyon aux entiers dépens en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le 28 février 2023, conseil médical a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie, avec un taux d'IPP de 25% ;
- le 12 avril 2023, son employeur a reconnu cette imputabilité avec effet du 9 octobre 2018 ;
- certains de ses préjudices sont d'ores et déjà incontestables et son employeur est tenu de les réparer, même sans faute ;
- le médecin agréé a chiffré son déficit fonctionnel permanent à 30% ;
- pour une valeur de point de 1 760 euros, alors qu'elle est âgée de 64 ans en 2023, elle peut prétendre à l'indemnisation de son préjudice à hauteur de 52 800 euros pour une IPP de 30% et de 37 475 euros pour une IPP de 25% ;
- des frais médicaux tous imputables à son affection restent à sa charge pour un montant de 1 684 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 janvier et 9 février 2024, le CCAS de Lyon, représenté par Me Vergnon, conclut :
1° au rejet de la requête ;
2° à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- par une décision en date du 12 avril 2023, Mme A a été informée de son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au Service (CITIS) à compter du 9 octobre 2018 ;
- l'état de santé de Mme A n'est pas encore consolidé ;
- les différents avis médicaux qui ont été rendus sont insuffisants pour fonder une demande de provision de 40 000 euros ;
- le médecin agréé ne s'est pas fondé sur le déficit fonctionnel permanent mais sur le taux d'IPP, ces deux notions étant différentes ;
- le déficit fonctionnel permanent de Mme A n'est pas connu ;
- il n'est pas établi que les frais médicaux sont en lien avec la pathologie imputable au service.
Par ordonnance du 13 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 13 novembre 1959, aide-soignante territoriale, a contracté une maladie professionnelle, reconnue imputable au service par décision du 12 avril 2023 du président du centre communal d'action sociale de Lyon. Le 28 février 2023, la commission de réforme, qui s'est prononcée en faveur de la mise à la retraite pour invalidité de la requérante, a estimé le taux de son incapacité permanente partielle imputable au service à au moins 25%. Aucune décision n'a encore fixé la date de consolidation de l'état de santé de Mme A. Par la présente requête, Mme A demande, dans le dernier état de ses écritures au juge des référés de condamner le CCAS de Lyon à lui payer une somme de 35 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent et de 1 684 euros au titre de frais médicaux, restés à sa charge.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il
appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur le caractère non sérieusement contestable de l'obligation :
3. Les dispositions et principes généraux relatifs à l'obligation qui incombe aux employeurs publics de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions ne font obstacle ni à ce que l'agent public qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de son employeur, même en l'absence de faute de celui-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre l'employeur, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
4. Le centre communal d'action sociale de Lyon a admis l'imputabilité au service de l'état de santé de Mme A. En revanche il conteste le caractère non sérieusement contestable de la créance au titre du déficit fonctionnel permanent de Mme A, au motif que son état de santé n'a pas été déclaré consolidé et que si une IPP de 25%, voire 30% lui a été reconnue, aucun expert ne s'est prononcé sur son déficit fonctionnel permanent.
5. Il résulte néanmoins de l'instruction que la commission de réforme a estimé que Mme A était définitivement inapte à exercer toute fonction. Ainsi, la requérante apporte la preuve d'un préjudice lié à une incapacité physique et psychique définitive en lien avec l'accident de service. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner le CCAS de Lyon à verser au titre du déficit fonctionnel permanent dont souffre Mme A, une indemnité provisionnelle de 20 000 euros.
6. En revanche la créance que Mme A estime détenir au titre des frais médicaux qui sont restés à sa charge pour un montant de 1 684 euros, n'apparaît pas non sérieusement contestable.
Sur les dépens :
7. En l'absence de dépens il n'y a en tout état de cause pas lieu de faire droit à la demande de Mme A au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, à verser au CCAS de Lyon. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CCAS de Lyon, le versement à Mme A d'une somme de 1 200 euros au titre de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : Le CCAS de Lyon est condamné à verser à Mme A une provision de 20 000 euros.
Article 2 : Le CCAS de Lyon versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au CCAS de Lyon.
Fait à Lyon, le 19 mars 2024.
La juge des référés,
A. Wolf
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°240011